Victimologie  : une spécificité bien sioniste

Victimologie  : une spécificité bien sioniste

Par Jacob Cohen

Les sionistes sont passés maîtres dans l’art de la propagande et en particulier pour inverser les rôles, notamment celui de passer pour la victime innocente face à un ennemi retors et implacable.

Il est intéressant de noter, avant d’en venir au régime sioniste, que la même démarche est appliquée avec succès dans la diaspora et notamment en France, par le lobby judéo-sioniste.

Ce n’est pas seulement une question rhétorique, car cette posture amène le gouvernement français à protéger cette population supposément démunie et innocente, livrée à une hostilité générale et permanente, et qui vit dans la hantise de l’antisémitisme, avec le rappel obsédant de l’holocauste, même si la tragédie remonte à près de 80 ans, mais suffisamment entretenue pour lui donner une actualité « brûlante ».

Le lobby judéo-sioniste a réussi, avec la complaisance des élites européennes, à faire adopter une législation faisant passer toute critique excessive contre Israël comme étant antisémite.

C’est ainsi que les actions du BDS sont quasiment interdites. La France fait emprisonner des critiques du sionisme ou du judaïsme, alors qu’il est de bon ton de se déclarer islamophobe et que le « droit au blasphème » autorises les caricatures contre le Prophète par Charlie-Hebdo.

Le CRIF ne cesse de crier au loup « antisémite » et d’exiger une législation punitive plus stricte. Ce dont les autres religions ne bénéficient évidemment pas.

À suivre les médias occidentaux, largement sous influence, le monde juif, qui domine outrageusement l’économie, la politique et la culture, serait aux abois, harcelé, agressé, par les forces du mal. Et les dirigeants ne cessent de prendre des mesures en sa faveur.

Le mouvement sioniste, qui a mené depuis un siècle une politique d’expansion, de nettoyage ethnique, d’emprisonnements et de destructions, s’est toujours mis dans une posture défensive, développant une « storytelling » humaniste, pacifique et tolérante. Ces malheureux juifs étaient venus chercher un havre de paix sans intentions belliqueuses, mais hélas ! face à l’intransigeance arabe et le péril de subir un nouvel holocauste, ils ont été amenés malgré eux à se défendre.

Rappelez-vous le film Exodus, autour de 1961 avec Paul Newman ! Ce film a formaté les consciences occidentales pour une génération, intégrant la doxa sioniste. Les Palestiniens seraient partis d’eux-mêmes malgré les appels des sionistes à rester. D’ailleurs cette terre était quasiment déserte ou très mal exploitée. C’est ainsi que les visiteurs s’extasient – l’occupant sioniste ayant pris soin de raser 450 villages palestiniens avec leurs fermes, leurs vergers, leurs mosquées ou églises, leurs cimetières, leurs ateliers  devant le travail fantastique accompli par les sionistes qui ont fait revivre un pays laissé à l’abandon.

Autre inversion fondamentale des rôles, d’agresseur à victime. L’Histoire aura retenu que les sionistes avaient accepté le plan de partage de 1947 et que les Palestiniens l’ont rejeté. On voit qui tient ouvertement le beau rôle. Mais ils avaient déjà anticipé le refus des Palestiniens et leur acceptation était de pure forme. Et pour lever tout doute sur leur objectif réel, ils avaient passé un accord secret dès 1947 avec le roi Abdallah de Jordanie pour se partager les dépouilles de la partie palestiniennes , l’armée jordanienne livrant au conquérant sioniste les villes de Lod et de Ramleh  et empêcher la réalisation de l’État palestinien.

Mais la manipulation sioniste la plus accomplie, l’arnaque médiatique et politique qui a sidéré le monde, fut l’agression de juin 1967 transformée en guerre défensive. Israël avait préparé cette guerre minutieusement depuis des années, plaçant les espions Elie Cohen à Damas et Wolfgang Lotz au Caire, qui avaient réussi à infiltrer les plus hautes sphères militaires et de livrer les renseignements essentiels qui avaient permis cette victoire éclair. Restait à trouver le prétexte. Nasser l’avait fourni aux Israéliens en bloquant le Détroit de Tiran. Une solution diplomatique aurait pu être trouvée, comme l’avait souhaité De Gaulle, mais Israël avait pris les devants, prétextant qu’un nouvel holocauste allait être perpétré, certains responsables arabes auraient dit : « Nous jetterons les juifs à la mer ». Les gauches européennes, inclus Jean-Paul Sartre, n’y ont vu que du feu. Et des brigades internationales se formaient déjà en Europe pour secourir ce pauvre petit pays menacé d’extermination par les méchants Arabes.

L’impudence et le cynisme des sionistes vont jusqu’à transformer leurs agressions en crises morales pour les absoudre. C’est l’application de la fameuse règle : « On tire et on pleure ». Il faut leur reconnaître une espèce de « génie du mal ». En matière de propagande, Goebbels peut aller se rhabiller. Les sionistes aiment bien montrer au monde combien l’occupation des Palestiniens et les agressions diverses contre le Liban les font souffrir. Car ils ont une bonne âme. Ils ramènent l’attention du monde, non pas vers les victimes de leurs exactions, mais vers eux-mêmes, créatures pures obligées de commettre des crimes indignes de leur statut moral. Après l’invasion du Liban en 1982 et le massacre de Chabra et Chatila qu’ils ont couvert, un cinéaste israélien a réalisé un film d’animation qui avait ému le monde entier, en montrant la prise de conscience « humaniste » de ce peuple à part. On en oublierait presque les milliers de Libanais assassinés sous les bombes. Comme disait Golda Meïr, le faucon d’entre les faucons : « Nous ne pardonnerons jamais aux Palestiniens de nous obliger à tuer leurs enfants ». Toujours cette obsession de ramener tout à eux.

On connaît aussi les appels réitérés urbi et orbi par les dirigeants sionistes pour des rencontres sans conditions pour discuter de la paix. Ce que les Arabes ne pouvaient accepter sans des garanties minimales pour une solution juste au drame palestinien. Ce faisant, ils passaient pour ceux qui refusaient. On oublie au passage que le régime a refusé, de manière hystérique, toute conférence internationale pour régler le conflit dans son ensemble.

De même, la Ligue Arabe avait offert en 2002 à Israël un traité de paix global avec toutes les garanties possibles et imaginables, mais conforme aux résolutions internationales, ce que le premier ministre de l’époque, Ariel Sharon, avait rejeté avec mépris.

Le monde arabe n’a pas encore pris la véritable mesure d’une nouvelle revendication sioniste. Une imposture travestissant la vérité historique et destinée à usurper le rôle de victime, glanant au passage quelques milliards de dollars. Depuis quelques années, le lobby sioniste mondial célèbre le 30 novembre de chaque année la journée de la « nakba juive », entendre les réfugiés juifs « chassés » des pays arabes et « dépossédés » de leurs biens. S’il y a eu quelques centaines de cas ici ou là, cela n’a rien à voir avec le nettoyage ethnique de la Palestine d’une part. Et d’autre part, ce sont le Mossad et l’Agence juive qui ont procédé, dans les pays arabes, à coups de menaces, de fausses promesses, de manigances diaboliques et même de faux attentats, au déracinement des juifs locaux. Et même dans ce cas, je parle pour le Maroc, les juifs ont pris tous leurs biens ou les ont vendus correctement. Récemment, Netanyahou avait réclamé 15 milliards de dollars pour compenser les pertes prétendument subies par ces juifs. Peut-être les monarchies du Golfe qui ont signé la normalisation avec Israël voudront apaiser par quelques dons les exigences de l’ogre sioniste.

Avec ces normalisations qui iront en s’élargissant, on a cherché à montrer un Israël qui va enfin connaître la voie de la paix, de l’apaisement, de l’acceptation, de bon voisinage. Depuis un siècle que ces gens venus d’ailleurs attendent qu’on veuille bien d’eux, car ils sont pleins de bonnes intentions et ne demandent qu’à contribuer au développement de la région. On en verserait presque une larme.

Mais c’est une paix de dominant à dominé. Que pèsent ces roitelets sur l’échiquier militaro-stratégique ? Une pichenette et ils disparaissent. Comme des êtres sans légitimité ni consistance, ils sont allés implorer la protection du parrain, plus proche du mafieux que du partenaire loyal.

C’est une paix qui rendra le conquérant sioniste exigeant et intraitable. Pourquoi faire la moindre concession ? Face à un monde arabe affaibli et divisé, et à une communauté internationale qui le ménage, il peut tout exiger. Mais comment le justifier ? Les subterfuges de la victime éternelle fonctionneront de moins en moins. L’exploitation de l’antisémitisme et de l’holocauste fatigue pour ne pas dire exaspère. Mais comme un train fou lancé sans freins, le sionisme devra aller jusqu’au bout de sa logique suicidaire.

 

 

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