Médias aux ordres du Makhzen : pourquoi tant de calomnies ?

Médias aux ordres du Makhzen : pourquoi tant de calomnies ?

La guerre médiatique contre l’Algérie bat son plein dans certains milieux politiques et médiatiques en occident à l’approche du 1er Novembre 2020 qui devrait couronner le processus de reconstruction et d’ancrage du pays dans une nouvelle république sociale, solidaire, démocratique et souveraine dans le respect des valeurs fondatrices que les pères fondateurs de l’indépendance avaient gravé dans le marbre. Ceux qui mènent cette campagne ont été déboussolés par la victoire pacifique et civilisée du Hirak qui a réussi à atteindre ses principaux objectifs grâce à l’accompagnement de l’armée.

 

Par Philippe Tourel

Comme l’écrit l’écrivain et chroniqueur algérien Abed Charef, qui a dirigé l’hebdomadaire La Nation et rejoint la contestation dès la première heure, « l’armée algérienne revient à ce qui fait sa vocation, son histoire. Elle prend cinq décisions majeures pour montrer sa bonne foi : pas de cinquième mandat pour le président Bouteflika, fin immédiate du quatrième mandat, retour à la souveraineté du peuple à travers les articles 7 et 8 de la Constitution, engagement que pas une goutte de sang ne coulera, et promesse d’une grande campagne de lutte contre la corruption. » Elle a surtout préparé les conditions objectives pour que le peuple souverain s’exprime librement son destin. Il a élu Abdelmadjid Tebboune à la magistrature suprême, un président qui avait eu l’audace très tôt de braver le clan qui s’était accaparé le pouvoir, de déclarer la guerre ouverte contre la corruption, de qualifier la contestation populaire de « Hirak béni » et, enfin, de nourrir un grand dessein pour son pays.

C’est cette alliance salutaire entre l’élu du peuple et les garants de la souveraineté nationale qui a mis hors d’eux tous ceux qui avaient parié sur l’effondrement de l’État algérien et son effacement de la scène régionale et internationale. Ils étaient désagréablement surpris par l’issue des événements. Non seulement l’Algérie est debout, qu’elle fait face brillamment à la gestion de la pandémie, qu’elle gère rationnellement la crise mondiale générée par la chute généralisées des prix pétroliers et gaziers, qu’elle s’engage sans tarder dans des réformes économiques structurelles sans abandonner la dimension sociale, mais elle redevient le centre névralgique des démarches politiques régionales et internationales pour surmonter la crise libyenne et les conflits du Sahel. Last but not least, l’Algérie s’apprête sereinement à franchir le pas le 1er Novembre pour adopter une nouvelle constitution qui va la propulser dans une nouvelle phase de son histoire, une constitution qui allie les principes fondateurs de sa révolution libératrice et les impératifs d’une insertion harmonieuse dans une démocratie exigeante, responsable et ouverte sur les nouvelles réalités politiques, géopolitiques, sociales, économiques, culturelles et sociétales lui permettant de mettre le cap sur une nouvelle république démocratique.

Cet état des lieux n’est pas du goût de certains médias sous influence qui confondent information et communication, journalisme et propagande, n’hésitant pas à faire feu de tout bois pour noircir la réalité algérienne. C’est le cas d’un bulletin confidentiel, Africa Report édité par Jeune Afrique Media Group qui n’a jamais porté l’Algérie dans son cœur et qui l’exprime à travers des articles à charge, tendancieux ne se fondant sur aucune investigation digne de ce nom. Un exercice qui mêle chantage et lobbying politique au service de ses généreux annonceurs et pourvoyeurs de fonds, en France ou au Maroc décrit par ses plumitifs comme un pays de cocagne.

Dans sa livraison du 20 octobre, Africa Report, un bulletin dit confidentiel, inconnu du grand public, mais aussi des spécialistes, qui a le culot de se définir comme « l’une des principales organisations de presse du continent. Nous sommes connus pour notre position impartiale » a pondu d’un brûlot contre l’Algérie qui a fait rire plus d’un observateur de la scène algérienne. Intitulé « Algeria: Tensions mount as Tebboune and Chengriha butt heads », un titre traduit par la rédaction de Jeune Afrique dans sa version en ligne par cette formule : « De l’eau dans le gaz entre Tebboune et Chengriha ». Signé par Thomas Hamamdjian, l’un des plumitifs de JA, spécialisé dans le lobbying pro-Makhzen, probablement un pseudo, il énumère une série d’affirmations non fondées et de contre-vérités sur l’Algérie à la veille du référendum. Dans son article-pamphlet, l’auteur fait un usage répétitif du conditionnel ne citant pas ses sources. Il évoque pèle mêle des pseudo divergences au sommet entre le président et l’institution militaire, faisant semblant d’oublier le fonctionnement normal des institutions selon laquelle le président de la République est le commandant en chef des armées. Comme c’est le cas dans la plupart des démocraties occidentales, notamment aux États-Unis et en France où officie ce groupe de presse. Il est aussi le vrai patron de la politique étrangère. Manifestement la concorde totale entre le pouvoir politique et les autres institutions républicaines, notamment l’armée et les divers services de sécurité, gêne le Makhzen, commanditaire de ce genre de littérature, qui voit dans ce fonctionnement constitutionnel normal une menace et qui aurait aimé que la diplomatie algérienne, dont l’efficacité, l’expertise et le rayonnement sont l’objet de l’admiration du monde entier, reste en hibernation. Le fait que le président Tebboune est en train de revigorer le rôle de l’Algérie dans son environnement proche et lointain, notamment en ce qui concerne la Libye et le Sahel, et bien au-delà dans l’ensemble du continent africain, agace et inquiète la diplomatie marocaine qui essuie échec sur échec dans ses tentatives désespérées de diviser l’Union africaine sur la question du Sahara, considérée plus que jamais par l’Onu comme une affaire de décolonisation. La succession des visites et des rencontres au plus haut sommet avec des chefs d’états étrangers et des responsables sécuritaires américains, français, espagnols, arabes et africains (notamment à Berlin où la position algérienne de sortie de crise en Libye a été saluée comme la seule issue possible et raisonnable), a incité le Makhzen à multiplier les tentatives d’immixtion dans la question libyenne en organisant des palabres qui n’ont jusqu’ici rien donné. Cela se comprend. Contrairement à l’Algérie, le Maroc – les Libyens s’en souviennent encore – , avait soutenu la guerre d’agression contre la Libye. Le rapprochement spectaculaire entre l’Algérie et la Tunisie, directement concernée par les développements dramatiques du conflit libyen (elle supporte la présence sur son sol de plusieurs centaines de milliers de réfugiés) isole de facto le Maroc et le marginalise.
C’est le cas aussi du Mali en particulier et de l’ensemble des pays du Sahel en général où l’Algérie a repris, depuis l’arrivée au pouvoir du président Tebboune son bâton de pèlerin de la paix. Une démarche saluée par les Maliens eux-mêmes qui avaient sollicité la mise en pratique des accords de paix et de réconciliation parrainés par Alger. Même la France, qui soutenait ces accords verbalement, tout en les bloquant sur le terrain, semble réaliser que sans l’Algérie, sa médiation et ses immenses réseaux dans la région, point de salut. Le président français Emmanuel Macron, à travers ses contacts personnels directs avec le président Tebboune et à travers l’envoi de son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian à Alger il y a quelques jours, œuvre désormais étroitement pour établir les règles d’une nouvelle coopération entre les deux pays face au pourrissement de la situation dans la région. Le Makhzen, qui misait sur une détérioration des relations entre l’Algérie et la France, n’en revient pas. La déclaration de le Drian à l’issue de sa rencontre avec le chef de l’état algérien a laissé les diplomates de Sa Majesté sans voix. « Le président Abdelmadjid Tebboune a affiché ses ambitions de réforme des institutions pour renforcer la gouvernance, l’équilibre des pouvoirs et les libertés a-t-il constaté. Il appartient aux Algériens et à eux seuls de traduire les aspirations qui se sont exprimées avec civisme et dignité en une vision politique avec des institutions aptes à la concrétiser. La France souhaite succès et prospérité à ce pays ami, dans le plein respect de sa souveraineté». Une déclaration dithyrambique rare dans la bouche d’un responsable français.
Venant après celles des visiteurs américains, espagnols qui n’avaient pas tari d’éloge sur le rôle central de l’Algérie dans la sécurité, la stabilité et la prospérité de la région, cette déclaration a sonné le glas des espérances des décideurs makhzeniens de voir l’Algérie sombrer dans le chaos. Ils ont compris à leurs dépens qu’ils doivent désormais regarder la réalité en face et que le pays de cocagne tant vanté par ses plumitifs et lobbyistes, grassement payés, est dans une situation détériorée intenable à la fois sur le plan de la sécurité, de la cohésion sociale et de sa diplomatie bancale. Un exemple parmi d’autres : le roi Mohammed VI, qui a pourtant le titre de président du Comité Al-Quds (Jérusalem), n’a pas pipé un mot pour dénoncer les derniers accords de normalisation entre certains pays du Golfe (Émirats et Bahreïn) et l’état d’Israël qui occupe Jérusalem. On le comprend. Les relations entre le Maroc et Israël sont assez étroites et certains analystes prévoient une prochaine normalisation, ou plutôt officialisation, des relations entre les deux pays. Seul obstacle : le peuple marocain, profondément pro palestinien, pourrait faire payer très cher cet acte de trahison. Le fait que l’Algérie, par la voix de son président, ait rejeté cette capitulation et réitéré son soutien indéfectible à la cause « sacrée » de la Palestine, a sans doute freiné l’ardeur du Makhzen à emboiter le pas à ses alliés du Golfe.

 

Dans le Rif marocain, « Sa Majesté le peuple  » défie le Makhzen. Photo DR

Dans un entretien accordé en juillet dernier au quotidien français L’Opinion, le président Tebboune avait estimé que malgré la permanence d’une « surenchère verbale et politique» entre les deux pays, les deux peuples «sont frères et se ressemblent». «En ce qui nous concerne, nous n’avons aucun problème avec le Maroc et sommes concentrés sur le développement de notre pays. Nos frères marocains ne semblent pas être dans le même état d’esprit». «Pour eux, la République arabe sahraouie est de trop sur l’échiquier international. C’est à eux d’engager le dialogue avec le Polisario. Si les Sahraouis acceptent leurs propositions, nous applaudirons».

Ces quelques phrases expliquent pourquoi l’Algérie et son armée nationale sont le cauchemar du Makhzen marocain. Il les accusent d’avoir mis en échec sa politique du fait accompli au Sahara. Pour eux, l’Algérie et son armée représentent l’antithèse républicaine du modèle de gouvernance royaliste absolutiste et structurellement corrompu et corrupteur.
L’armée royale marocaine est au seul service de sa Majesté et de son système répressif et inégalitaire. Elle défend ses privilèges, notamment dans les territoires sahraouis occupés. Il lui arrive aussi d’avoir participé à l’extérieur, conjointement avec les anciennes puissances coloniales, à des opérations de protection du régime zaïrois honni de Mobuto, menacé alors par une révolte progressiste. Après que les militaires français et belges avaient écrasé dans le sang la révolte populaire dans la région minière de Katanga, entre 1977 et 1978, des contingents du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Gabon et du Togo, conduits par des militaires marocains les remplacent comme supplétifs. En 1990, l’armée marocaine envoie un contingent dans les zones frontalières entre le Koweït et l’Arabie saoudite. Certains éléments auraient même participé à l’opération terrestre avec l’armée saoudienne, dès le début de la guerre contre l’Irak.
La même opération d’intervention militaire de l’armée marocaine s’est reproduite en 2015, mais cette fois-ci dans le cadre de la guerre saoudienne contre le Yémen. Après avoir essuyé des pertes, elle s’y est retirée sans honneur, sur la pointe des pieds.

Ce n’est pas le cas de l’armée algérienne dont la doctrine lui interdit de telles pratiques agressives. Issue de la guerre de libération (1954-1962), elle a entrainé et formé les mouvements de libération nationale en Afrique et ailleurs. Elle a également ouvert ses camps aux combattants palestiniens. On est donc là face à deux conceptions idéologiques diamétralement opposées. L’Algérie a condamné toutes les ingérences étrangères en Irak, en Libye, en Syrie, au Yémen pendant que le Makhzen n’a aucune scrupule pour envoyer ses soldats tuer et se faire tuer dans des opérations de police néocoloniale.

On comprend pourquoi le Makhzen mobilise ses plumitifs pour ternir l’image de l’armée algérienne qui avait protégé les manifestants du Hirak, alors que l’armée et la police marocaine écrasaient dans le sang les manifestations populaires dans le royaume et dans les territoires sahraouis occupés.

Un militant marocain outré par le caractère répressif et archaïque du système bâti par le makhzen sous Hassan II et poursuivi par son fils Mohammed VI, souvent absent et distrait de la gestion des affaires de l’Etat, a de la peine à contenir sa colère. « Au royaume de sa majesté, le roi fainéant, Mohamed VI, nous confie-t-il, on meurt de faim et de misère et aujourd’hui, de covid. Au royaume de la honte et de la débauche, l’armée tue et torture le peuple et occupe des territoires qui ne lui appartiennent pas. Une occupation qui a déjà coûté au pays des dizaines de milliards de dollars. En pure perte. »

Toujours selon notre interlocuteur « les maux du Maroc ont une seule source : le Makhzen et son armée. Une armée qui est l’ennemie de tout un peuple qu’elle écrase. Aujourd’hui, les Marocains regardent de plus en plus vers l’Est, car de ce côté de leur frontière, il y a un pays libre et digne, où il fait bon de vivre. »

En effet, nombreux sont les Marocains qui regardent avec admiration la révolution démocratique et pacifique qui s’est déroulée en Algérie et qui s’est conclue par une élection présidentielle démocratique et transparente qui a porté au pouvoir un président à l’écoute des doléances du peuple et qui a fait de l’amélioration du cadre de vie des couches défavorisées son cheval de bataille.

En Algérie, il y a aussi, une armée issue du peuple et qui protège son peuple. Comme elle l’a magistralement démontré tout au long du Hirak. Contrairement au vieux fantasme du makhzen marocain et de ses relais médiatiques, il n’y a aucune friction entre l’armée et son chef suprême. L’ère des fritures sur la ligne El-Mouradia -Tagarins est définitivement révolue.

Toutes ces réalités, le Groupe Jeune Afrique, que certains africains appellent sournoisement Jeune à Fric, pour décrire le comportement mercantile de ses publications, n’est pas sans les connaître. Mais depuis que le robinet publicitaire a été fermé par le nouveau pouvoir algérien, il estime plus bénéfique de plaire à ses pourvoyeurs de fonds traditionnels du Makhzen en salissant l’image de l’Algérie qui s’apprête à ouvrir une nouvelle page de son histoire ce 1er Novembre avec le référendum sur la nouvelle constitution dont l’issue, selon tous les sondages et les indices disponibles, ne fait pas de doute.

Les dés sont jetés. L’Algérie est de retour. Les piètres stratèges du Makhzen ont perdu leur pari. Il est temps d’informer leurs supplétifs médiatiques que ces procédés de chantage ne sont plus productifs, ou plutôt exactement ne sont plus payants. Les temps ont changé. L’armée algérienne, qui est une armée populaire, républicaine, respectueuse de la constitution, a d’autres missions et tâches que celle de prêter attention à cette guerre médiatique perdue d’avance par le Makhzen. Sa priorité est de garantir les conditions de sécurité optimales pour que les électeurs algériens s’expriment librement sur la nouvelle constitution proposée par le président Tebboune…

 

Les manifestants du Hirak algérien expriment leur soutien à l’armée.