Jacob Cohen sur le logiciel espion: Le Maroc est obsédé par la surveillance des journalistes et militants qui s’intéressent au royaume chérifien

Jacob Cohen à Algérie54: L'alliance du Maroc avec l'Entité sioniste vise l'encerclement de l'Algérie

Dans un entretien accordé à Algérie54, l’auteur et journaliste français, natif du Maroc, Jacob Cohen évoque les liens étroits entre l’entité sioniste et le Maroc, le logiciel espion Pegasus,l’assassinat du journaliste Khashoggy,le harcèlement des journalistes marocains par le Makhzen, les brouilles de Rabat avec Madrid, et enfin cette déclaration de guerre à l’égard de l’Algérie, liée à la déclaration d’Omar Hilale sur le Kabylie.

Algérie54:Les révélations sur l’usage d’un logiciel israélien appelé Pegasus, pour espionner des personnalités en France et en Algérie et des opposants par le Maroc, suscitent l’indignation et confirment la large normalisation de Rabat avec l’entité sioniste. Qu’en pensez-vous ?

Jacob Cohen:Le Maroc n’a certainement pas attendu la normalisation avec l’entité sioniste pour être l’un des bénéficiaires du logiciel Pegasus qui permet la surveillance de toute personne souhaitée. C’est d’ailleurs ce logiciel qui avait permis la surveillance et l’assassinat du journaliste d’origine saoudienne Khashoggy. La société israélienne qui a développé le logiciel doit être intimement liée aux divers services de sécurité et toute vente à un État étranger doit recevoir leur approbation. C’est dire si le Maroc et l’Arabie saoudite entretenaient des relations profondes et secrètes dans les domaines sécuritaires tout en gardant des distances hypocrites vis-à-vis de l’opinion publique. Cette révélation cependant trouve un écho particulier après la normalisation et l’approfondissement des relations dans tous les domaines entre Rabat et Tel Aviv, surtout après les lourdes condamnations de journalistes marocains sur des accusations bidonnées. On connaît également l’activisme des services marocains en France, leur obsession de contrôler aussi bien les militants marocains que les journalistes français qui s’intéressent de très près au régime chérifien. Maintenant que l’on connaît les instruments de cette surveillance et leur origine, l’impact est démultiplié.

Algérie54: Dans le sillage de ce scandale, le Maroc est épinglé sur le dossier de la liberté d’expression et la condamnation des journalistes. Quelle est votre opinion sur ce volet ?

Jacob Cohen:La plupart des journalistes marocains qui ont été poursuivis récemment et lourdement condamnés ne l’ont pas été pour leurs écrits, officiellement du moins, mais sur des accusations de harcèlements sexuels, ou tentatives de viols, ou des écarts moraux, ou tentatives d’avortements illégaux. Bref, on leur a monté des dossiers basés sur des échanges de mails, de SMS, de correspondances ou d’échanges privés, qui nécessitent des méthodes de surveillance ultra sophistiqués, que seul le logiciel Pegasus permettait de mettre en place. Le fait de les condamner lourdement (6 ans de prison ferme pour le journaliste Omar Radi par exemple) sur des bases « morales » permet de rencontrer une certaine compréhension d’une large partie de la population attachée aux valeurs traditionnelles, et de donner aux médias français complaisants le prétexte de ne pas condamner des atteintes à la liberté de la presse et de conforter l’ouverture démocratique et la modernité de Mohammed VI.

Algérie54: Le Maroc est de plus en plus accablé, par la communauté internationale dans le sillage de ses brouilles avec Madrid et Berlin, que diriez-vous ?

Jacob Cohen:Ayant reçu l’appui diplomatique du couple américano-sioniste, le Maroc avait cru pouvoir forcer la décision de pays européens importants pour qu’ils avalisent les positions américaines. Mais l’Espagne et l’Allemagne ne l’entendent pas de cette oreille. Ces pays ont leur agenda diplomatique et des engagements internationaux qu’ils entendent respecter. Le Maroc avait déjà tenté un coup de force en envoyant quelques militaires sur un piton rocheux inhabité près de ses côtes mais a dû vite reculer devant la réaction vigoureuse espagnole. Mohammed VI n’est pas Erdogan pour utiliser à son profit l’arme des migrants pour inonder l’Europe. Là encore sa dernière tentative a fait un flop. Le Maroc n’est tout simplement pas en position d’imposer quoi que ce soit à l’Europe, même si bien sûr celle-ci le ménage et rien ne se fera pour le déstabiliser.

Algérie54: Le chef de la diplomatie de l’entité sioniste se rendra d’ici la fin du mois en cours à Rabat, ne pensez pas que le Maroc bascule de plus en plus sous les pieds du sionisme ?

Jacob Cohen:À partir de l’officialisation des relations diplomatiques entre Israël et le Maroc, ce dernier ne peut plus rien refuser au régime sioniste. Visites officielles, lignes aériennes directes, ouverture au tourisme de masse mais d’un seul côté, liberté d’implantations et d’exploitations commerciales et autres mais seulement au profit des Israéliens, célébrations de la Shoah, réécriture de l’histoire des juifs au Maroc et enseignement du judaïsme, et pourquoi pas un jour verser des indemnités pour les biens « abandonnés » par les juifs ayant quitté le Maroc. Sans compter les clauses secrètes sur la collaboration du Maroc aux entreprises d’infiltration et de surveillance entreprises par les services sionistes dans toute la région. Le régime marocain a mis le doigt dans un engrenage irréversible sauf à connaître une crise existentielle en cas de rupture.

 Algérie54:Les déclarations du représentant du Maroc à l’ONU, Omar Hilale, au sujet de « l’indépendance » de la Kabylie, revendiquée par le mouvement séparatiste du MAK, ont suscité l’indignation des algériens. Jacob Cohen en avait déjà évoqué le danger de la répartition des États, via les ethnies, en se référant aux plans de l’entité sioniste. Qu’en pensez-vous ?

Jacob Cohen:Cette déclaration est quasiment un casus belli. C’est un appel au démembrement d’un État souverain dont les frontières sont reconnues par toutes les instances internationales. Bien des guerres ont été déclenchées suite à ce genre d’ingérences ou de revendications territoriales. Le pire dans cette histoire et qui relève du tragi-comique c’est que le Maroc connaît le même problème de revendications identitaires amazighes. Et les autorités marocaines ne peuvent ignorer que c’est le Mossad qui entretient ces revendications dans le Sud-Est du pays. Les services sionistes font planer une épée de Damoclès sur l’intégrité territoriale marocaine. Et si un jour ce problème venait à prendre des proportions dramatiques, ce ne sera pas en Algérie qui règle la question sans ingérence étrangère, mais plutôt au Maroc et son ouverture à un « allié » sioniste dont le mépris envers tous les Arabes n’est plus à démontrer.

Entretien réalisé par M.Mehdi