L’Algérie sur le toit du Monde

L’Algérie sur le toit du Monde

Yamine Boudemagh

Après avoir battu le Niger 6 buts à 1 en Algérie, l’équipe nationale algérienne a réitéré l’exploit au Niger grâce à une victoire sans appel par 4 buts à 0.

Certains esprits chagrins, en France, insisteront sans doute sur le fait qu’il ne s’agissait “que” du Niger, un pays qui assure pourtant à chaque français la lumière, grâce à son uranium.  A leur décharge, force est de reconnaître que la lumière est une denrée inégalement répartie, notamment à la droite de l’échiquier politique français.

La France et le Kazakhstan

C’est un fait, le Niger est positionné à la 119ème place mondiale au classement FIFA lorsque l’Algérie est classée à la 30ème place. En fait le Niger est  classé juste devant le Kazakhstan. Or, il se trouve justement que la France rencontrera le Kazakhstan le 14 novembre prochain au Stade de France. Avant de répondre à ces esprits chagrins, nous attendrons donc que la France, classée 4ème mondial, marque au moins huit buts pour démontrer à quel point l’exploit algérien n’en était pas un. A Astana, la France avait en effet battu le Kazakhstan deux buts à zéro, notamment grâce à un but contre son camp de Serhiy Malyi. A leur décharge, Karim Benzema ne jouait pas.

En battant le Niger 4-0, l’Algérie a rejoint l’Argentine avec une séquence de 31 matches sans défaite. Si la séquence argentine s’est terminée en 1993, la séquence algérienne est toujours d’actualité.

D’ailleurs pour se qualifier pour la prochaine Coupe du Monde, le champion d’Afrique se doit dans un premier temps de battre et Djibouti et le Burkina Faso en novembre.

Et donc au soir du 14 novembre, l’Algérie pourrait bien se retrouver en quatrième position avec 33 matches sans défaite, juste derrière l’Espagne et le Brésil, dont les séquences de 35 matches sans défaite se sont terminées respectivement en 2009 et 1996.

Ensuite il y aura la Coupe d’Afrique des Nations. Il suffira alors à l’Algérie de ne pas perdre les trois matches de poule pour atteindre les huitièmes de finale….et dépasser ces deux pays, légendes du football.

Le dernier match de poule face à la magnifique équipe de Côte d’Ivoire, le 21 janvier 2022, sera donc une finale avant la lettre. Ce qui apportera encore plus d’attrait à une Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qui n’en manque d’ailleurs pas.

Une motivation supplémentaire, s’il en était besoin, pour le Champion d’Afrique actuel, d’atteindre la demi-finale de cette coupe africaine. Certes, ce ne sera pas chose facile mais cet exploit leur permettrait de s’emparer de la première place des équipes invaincues dans le monde, devant l’Italie, championne d’Europe en titre, et dont la séquence de 37 matches sans défaite s’est arrêtée lors de la Nations League européenne face à l’Espagne, le 7 octobre dernier.

Nombre de matches sans défaite © Yamine Boudemagh

Revanche ?

Peut-être pour l’Afrique en général, et le football africain en particulier. En tous les cas, un beau symbole pour une équipe africaine.

En 2014, l’Algérie avait frôlé l’exploit, en forçant le futur champion du monde, l’Allemagne, à des prolongations épiques en huitième de finale. À ce stade de la compétition, l’Algérie restait le seul représentant du Maghreb, du Monde Arabe, du monde Musulman et avec le Nigéria de l’Afrique.

C’est en vertu de ce rôle de représentante du monde non-aligné que la position de l’Algérie aujourd’hui sur le toit du monde footballistique est une position pleine de sens. Elle permet de rappeler toutes les injustices.

Il est toujours bon de rappeler que si l’Europe compte autant de pays que l’Afrique, 13 pays européens ont le droit de participer à la Coupe du Monde contre 5 pays africains seulement.

Certains esprits revanchards justifieront cette inégalité flagrante au regard du niveau du football européen comparé à celui du football africain.

D’autres feront remarquer que les joueurs africains sont légion dans les clubs dits “européens”. Et leur présence est jugée à ce point indispensable que certains clubs se permettent même d’interdire à leurs joueurs africains, de manière tout à fait illégale, et dans des clauses tenues secrètes de leur contrat, de participer à la Coupe d’Afrique des Nations en janvier, période cruciale des championnats européens.

Dénoncer cette criante injustice est le rôle dévolu une fois de plus à la révolutionnaire Algérie.

Et qui d’autre que la Nation Algérienne, symbole millénaire du Maghreb et de l’Afrique, et qui autrefois fut le grenier à blé de l’Empire Romain, et lui donna sept empereurs ?

Qui d’autre que la Nation Algérienne, nouveau symbole du monde Arabe avec sa capitale, Constantine, cité millénaire autrefois appelée Cirta, modèle de la future Carthage, et connue aujourd’hui sous le nom d’un Empereur essentiel à l’avènement du Christianisme ?

Qui d’autre que la Nation Algérienne dont les Fatimides ont créé en Egypte la plus illustre des universités islamiques, Al Azhar, symbole du monde musulman soit de près d’un quart de l’humanité aujourd’hui, et représenté par près d’un pays sur trois dans le monde ?

Qui d’autre que la Nation Algérienne, tête de proue du mouvement des non-alignés, de celles qui refusent la polarisation du monde entre les États-Unis et l’URSS hier et la Chine aujourd’hui ?

C’est en ce sens que la réussite algérienne, ne serait-ce que dans le domaine footballistique, en coupe d’Afrique en janvier et en Coupe du Monde en décembre, serait la réussite de tous, citoyens du monde d’un village planétaire qui n’aspire qu’à plus de justice et moins d’inégalités flagrantes.

Yamine Boudemagh

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