Mohammed Dib et l’Algérie: Dérobades, abandons et désertion à l’aube

Mohammed Dib et l’Algérie: Dérobades, abandons et désertion à l’aube

Par Abdellali Merdaci

Du 6 au 11 septembre 2021, au Centre culturel de Cerisy-la-Salle (Normandie), un conclave d’universitaires a rendu hommage à l’écrivain Mohammed Dib (1920-2003), auteur polygraphe, interrogeant dans une œuvre multiple les fondements de la généricité littéraire, du roman à la poésie, de la nouvelle au conte, du théâtre à l’essai. Étonnamment, Dib a aussi pratiqué la photographie (1), recherchant dans la cinétique, la poétique du plan-fixe. Le ban et l’arrière-ban des enseignants et chercheurs universitaires – principalement Français et Algériens – qui ont forgé depuis la fin de la colonisation française de l’Algérie l’histoire et la critique d’une littérature « algérienne » de langue française, typiquement française, y prenaient part. Mais dans son principe, un tel événement n’a pas un caractère universel et reste foncièrement français. Ce qui y était développé et défendu appartient à l’Université française, à la singularité de ses lectures et de sa réception de l’écrivain et de son œuvre.

Marquons d’emblée ce constat : Dib a fait une carrière littéraire française, sans aucun lien avec l’espace littéraire national algérien, conçu au gré des évolutions de la nation algérienne naissante et de sa marche contrariée. Son parcours de cinquante-et-un ans, de 1952 à 2003, exclusivement dans la littérature « algérienne » de Paris, est placé sous les auspices de la France littéraire. L’écrivain, natif de Tlemcen dans l’Ouest algérien, s’est rangé derrière la fiction d’une littérature « algérienne » sélectionnée et promue, à Paris, selon les critères de l’édition et des académies françaises pour un lectorat strictement français. Car, comme bon nombre de ses confrères et consœurs, Dib estimait faire la littérature « algérienne » à Paris, la seule qui vaille, dans la périphérie de la littérature française et dans une domination néocoloniale française. Cependant, il n’a recueilli aucune gloire pour son immense production, dont le signalement est quasi-nul dans l’historiographie littéraire française. Sa littérature, il le dit dans un testament littéraire, longtemps inédit (2), a subi le suprématisme de la critique littéraire française. Pourtant, il n’est jamais revenu sur ce choix de servir la littérature française, ignorant totalement celle de son pays d’origine.

La question que je pose crûment dans cette contribution est celle de l’algérianité de Mohammed Dib et de son œuvre de la postindépendance. Jusqu’à quel point Mohammed Dib a-t-il été le témoin de l’Algérie, précisément de cette Algérie indépendante qu’il n’a ni connue ni vécue, où il n’a pas pris la moindre responsabilité, et de sa littérature à laquelle il aura manqué dans une infinie absence ? Entre Mohammed Dib et l’Algérie s’égrène la litanie des rendez-vous ratés.

Une première dérobade

Les circonstances de la venue à l’écriture littéraire de Mohammed Dib sont suffisamment connues et documentées. Tout devait se nouer dans ces années d’après la Seconde Guerre mondiale qui décident des approches littéraires inaugurales de l’écrivain. Le Jeune Dib, tôt libéré des écoles, bourlinguant de l’Algérie au Maroc, découvrait, à vingt-six ans, la poésie, signant occasionnellement Diabi (« Été », 1946), dont les premières pièces réputées – entre autres « Véga » (1947) – sont publiées par Emmanuel Roblès dans « Forge » (3). Stratégie d’écriture minimaliste, très conventionnelle, que l’avenir ne récusera pas : Dib sera un authentique poète (« Ombre gardienne », 1961 ; « Formulaires », 1970 ; « Omneros », 1975 ; « Feu, beau feu », 1979 ; « Ô Vive », 1985 ; « L’Enfant jazz », 1998 ; « Le Cœur insulaire », 2000). Dans une rare étude donnée à Roblès, en 1947, il devait identifier les sources et les influences déterminantes de son univers littéraire, plus romanesques que poétiques, plus américaines (ainsi l’éloge à « La nouvelle yankee ») que françaises. Dib n’aurait jamais été un romancier s’il n’avait lu l’Américain Erskine Caldwell – « La Route au tabac » (1932), « Le Petit arpent du Bon Dieu » (1933) traduits par Maurice-Edgar Coindreau et André Maurois – dont il reprend dans ses récits la tournure brute et hachurée des dialogues de ses personnages. A-t-il été bouleversé par « La Faim » (1890) de Knut Hamsun  (dans sa première version française de Georges Sautreau, chez Rieder, en 1926) ?  Il connaît les œuvres italiennes de Carlo Levi (« Le Christ s’est arrêté à Eboli », 1948) et d’Elio Vittorini (« Conversation en Sicile », 1941), qu’il a imitées sinon plagiées (4). S’il posait la question « Pourquoi nous devons lire les écrivains soviétiques ? » (5), il rendait un hommage ému au poète tchèque Vítězslav Nezval, inventeur du « poétisme », ami d’André Breton et des surréalistes français. Éclectisme des références littéraires ?

En 1948, Dib, qui avait tout lu et rien publié de décisif, fait partie des auteurs indigènes en devenir invités aux Rencontres littéraires de Sidi Madani, non loin de Blida, organisées par les Mouvements de Jeunesse et d’Éducation populaire dirigés par Charles Aguesse (6). L’objectif de ces assises littéraires était de confronter des auteurs algériens – européens et indigènes – le plus souvent débutants et des écrivains français consacrés. Ainsi, Brice Parrain, Louis Guilloux, Francis Ponge, Jean Cayrol, Raymond Queneau, Henri Calet, Michel Leiris, Jean Tortel, Albert Camus – Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et André Breton étaient annoncés – devaient débattre avec des écrivains européens d’Algérie aguerris (Robert Randau, Emmanuel Roblès, Jean Pomier, Edmond Brua, Émile Dermenghem) ou débutants (notamment, Jean Sénac) et indigènes d’Algérie (Mohammed Zerrouki, El Boudali Safir, Mohammed Dib, Hamza Boubakeur, Mlle Rabi’a Lacheraf, Kouribaa Nabhani, Cherif Zehar, Abdelkader Mimouni, Malek Bennabi et le docteur Abdelaziz Khaldi ; Kateb Yacine, invité, s’était excusé de ne pouvoir y participer).

Arrivé à Sidi Madani, le 23 février 1948, Dib y séjourne près de trois semaines, dans la modeste auberge du Centre éducatif de la jeunesse qui abrite les Rencontres littéraires. C’est à Sidi Madani, si ce n’est à l’occasion d’une excursion dans les gorges de la Chiffa, escortés par le manufacturier de tabacs blidéen Ben Cherchalli et l’étudiant des Beaux-arts d’Alger Sauveur Galliéro selon des témoignages d’époque, que Dib informe l’écrivain et directeur de collection au Seuil, Jean Cayrol, d’un roman en gestation, qui sera lent à mûrir, « La Grande Maison », que l’éditeur germanopratin publie sur ses instances à l’automne 1952.

Vers la fin des années 1940, Mohammed Dib, qui a exercé dans l’enseignement primaire, notamment dans la localité frontalière algéro-marocaine de Zouj-Bghal (côté algérien), et dans l’artisanat, à Tlemcen, sans vraiment en faire des débouchés professionnels, avait gagné l’amitié de Roger Bellissant. Membre respecté de la section locale du Parti communiste algérien (PCA), instituteur, maître de musique de la municipalité, animateur de la Chorale des Écoles, il accompagne ses premiers pas dans la société politique tlemcénienne où s’enracinait déjà le Parti du peuple algérien (PPA), fondé en 1937, interdit en 1939, reconstitué et rebaptisé, en 1946, Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), sous la direction de Mohamed Mesli dit Messali Hadj, originaire d’une lignée de « hadar » de la cité.

Dans la section « Algérie » du dictionnaire Maitron, éditée par l’historien René Galissot, Mohammed Dib apparaît comme un militant communiste, sûrement encarté (7). Sous la férule de son mentor Roger Bellissant qui lui fait partager sa passion de la musique et de Beethoven, le Jeune Dib a respecté son rôle de militant et, tout autant, la discipline admise du parti dont il scrutait dans maintes lectures l’histoire, toutes les doctrines de l’anarchisme au socialisme et au communisme depuis le XIXe siècle, parcourant les écrits de Pierre-Joseph Proudhon, Jules Guesde, Auguste Blanqui avant Marx et Engels, tout en sacrifiant au catéchuménat du « Grand Soir ». Son  adhésion au PCA n’était ni une décision irréfléchie ni complaisante. Mais comment au tournant des années 1940-1950 se projeter dans une militance sans horizons au cœur d’une ville austère arc-boutée sur son legs arabo-andalou ? Les découvertes et les affinités fondatrices,  Dib les fera et les assumera en dehors de Tlemcen. On l’a croisé à Sidi Madani, on le verra à Alger.

Gendre de Roger Bellissant, dont il épouse, en 1951, une des filles, Colette, bénéficiera-t-il de ses larges parrainages à Alger, qui vont au-delà de sa famille politique, entretenant des relais de l’Assemblée algérienne aux couloirs ombreux du palais du Gouvernement ? Est-il reçu, par son amicale entremise, dans la rédaction d’« Alger républicain », toute auréolée du souvenir de Pascal Pia et d’Albert Camus, qui devient, au début des années 1950, aux côtés de l’hebdomadaire « Liberté » et de la revue « Progrès », l’organe officieux des communistes algériens ? Dib a dans son entourage de tous les jours des militants renommés du parti comme Henri Alleg, Abdelhamid Benzine, Roland Rhaïs, Boualem Khalfa, Nicolas Zanettacci, Georges Raffini et d’audacieux journalistes comme Abdelkader Choukhal (un des premiers communistes morts dans le combat anticolonialiste) et Pierre Laffont ; mais il n’en partagera pas sereinement les luttes déçues et les enthousiasmes.

Dans cette rédaction d’« Alger républicain » deux personnalités brillantes révélaient la figure contrastée, à contre-jour, de Mohammed Dib : Boualem Khalfa, rédacteur en chef, s’affirme au gré du temps comme un poète d’une plume assurée, trempée dans les impasses de l’histoire coloniale, et, surtout, Kateb Yacine, poète – presque affirmé – tumultueux et extraverti, qui était juste son contraire. Dans le récit de leurs souvenirs du quotidien communiste (8), Alleg, Benzine et Khalfa, rapportent un aspect du passage de Kateb à « Alger républicain » : chaque aube, le poète de « Soliloques » (1946) suivait la cantinière du journal, dans les allées des marchés algérois, pour porter ses courses jusqu’aux cuisines du journal. Rien d’exceptionnel en fait, des dizaines et des dizaines de kilos de pommes de terre que le futur auteur de « Nedjma » (1956) ne se lassait pas de trimballer et de manger à toutes les sauces. Ce bienveillant portefaix, qui exercera, en 1952, au sortir du journalisme le dur métier dans les docks du port d’Alger, ne calculait ni sa peine ni les risques nombreux pour aller chercher ses articles et ses reportages sur le terrain, y compris dans un pèlerinage clandestin au Hedjaz.

À « Alger républicain », Mohammed Dib, d’une personnalité plutôt revêche, n’a pas transporté de patates. Il aura écrit pour la section culturelle du journal des copies bien tournées sur les arts et les traditions locales, participant parfois à des enquêtes sur les mouvements sociaux, cosignant avec Pierre Laffont et Kateb Yacine une série d’articles au titre quasi-surréaliste « Le chômage, cette plaie. Nous nous sommes baladés de l’Harrach à la Pointe-Pescade avec les ventres-creux comme des vieilles boîtes de sardine » – de Kateb, certainement, cette métaphore filée. Pendant ce temps-ci, tout comme son collègue Kateb, travaillant sur « Nedjma », Dib raturait du papier bifteck, chutes des bobines des rotatives, ciselant les pages de son roman « La Grande maison ». Au printemps 1952, il recevait un message des éditions du Seuil qui lui annonçaient la parution de son texte au tout début de l’automne 1952. Comment Dib a-t-il vécu cette nouvelle ? Il ne s’est pas exprimé là-dessus. Mais, il reste le témoignage de ses camarades du journal. Prétextant un congé, il ne reviendra plus à « Alger républicain » : « [Dib] n’a aucun problème avec la syntaxe et l’écriture mais, plus préoccupé d’une future carrière littéraire, il économise ses efforts et ne prête qu’une attention distante à l’épuisante bataille dans laquelle les autres membres du journal engloutissaient toutes leurs forces. Ils ne seront que modérément surpris lorsqu’un jour, prétextant une maladie, il prendra ‘‘un congé de quelques jours’’ pour ne plus revenir » (9). C’est dit, et même clairement dit.

Toutefois, ce témoignage est contesté par l’historien allemand Philipp Zessin, se référant – faussement – à Jacqueline Arnaud, qui indique que Dib et Kateb ont quitté ensemble et en même temps la rédaction d’« Alger républicain » en raison de brimades qu’y subissaient les journalistes indigènes : « […] les musulmans se voyaient comme un groupe à part au sein de la rédaction. Ils étaient surtout cantonnés aux tâches subalternes et au travail de correspondance en province. Quelques-uns parmi eux se sentaient marginalisés et sous-estimés dans leurs capacités de travail et leur savoir-faire journalistique : c’est pour ces raisons, notamment, que Kateb Yacine et Mohamed Dib quittèrent le journal au début des années 1950 » (10). Or, la thèse de Jacqueline Arnaud, sollicitée comme caution par Zessin, donne un autre éclairage sur la rupture entre Kateb et « Alger républicain », sans y associer Dib : « […] à son retour d’un voyage à Tachkent, il [Kateb] ne semble pas facilement reprendre pied, à la suite d’une dispute avec le comité de rédaction, sur l’organisation du journal, il rompt avec ‘‘Alger républicain’’ » (11). Nulle mention de Musulmans maltraités. L’hypothèse d’un clivage confessionnel ou ethnique agissant dans l’équipe du quotidien communiste n’est ni sérieuse ni crédible. Plus tard, dans l’Algérie en guerre contre le colonialisme français, des communistes de toutes provenances et confessions, juifs, chrétiens et musulmans s’y engagent avec la semblable foi d’un  pays meilleur.

Depuis 1947, Boualem Khalfa, communiste indigène et musulman, dirigeait la rédaction du quotidien « Alger républicain » et Henri Alleg (pseudonyme de Harry Salem, juif agnostique) prenait, en 1951 (12), la direction du titre. Il est difficile de penser que puissent s’exercer sous leurs auspices des comportements sectaires religieux ou raciaux. Comment mettre en doute leur récit du départ de Mohammed Dib de la rédaction d’« Alger républicain » ?

Attitude cavalière, avec le recul dommageable : Dib a quitté brutalement la rédaction du quotidien communiste. Sans un mot d’explication, qu’il devait aux responsables du titre et, surtout, à ses camarades journalistes. Première dérobade. À cette époque, Elsa Triolet avait titré un premier roman, couronné par le Prix Goncourt, « Le premier accroc coûte deux cent francs » (1946). Cet accroc, ce premier accroc, fissurant la dette morale et la fidélité de Mohammed Dib envers « Alger républicain » qui l’a guidé dans l’apprentissage de l’écriture journalistique, fut-il caractéristique ? Avait-il déjà le coût de mornes trahisons ?

Une seconde dérobade

Mohammed Dib n’a pas rompu les liens avec le parti au moment où il quittait « Alger républicain ». À cette période, l’ancrage communiste était payant. Retournons à un aspect de la littérature algérienne, qui, s’il n’est pas méconnu, n’a pas été amplement discuté. Dans ce que j’ai appelé « la fratrie rouge » (13), partageant l’aventure du roman algérien de langue française des années 1950, Malek Haddad, Kateb Yacine et Mohammed Dib, diversement mêlés au cheminement du PCA et du communisme algérien, sympathisants ou militants d’après William Sportisse (14), avaient des destinées différentes lors de leur signalée incursion dans la littérature. Si le compagnonnage de bruyantes beuveries, à Paris, de Kateb, Haddad et du peintre Mohamed Issiakhem, est évoqué, très légèrement et en passant, dans les mémoires de Mohammed Harbi (15), Dib demeurait d’une absolue sobriété et, surtout, dans une absence remarquée dans les confréries littéraires et artistiques indigènes algériennes de Paris. Pendant ses séjours parisiens, il ne fréquente ni ses confrères algériens, ni les très courus bars d’écrivains et d’artistes du Quartier latin. Malek Haddad buvait et partageait, assez tôt, son petit rosé de la matinée avec Paul Frankeur, Pierre Brasseur, Michel Simon, Pierre Vaneck, acteurs vedettes du cinéma français, avant de rejoindre, la nuit tombée, rue du Bac, Louis Aragon et Elsa Triolet, leur déclamant immanquablement le poème qu’il avait concocté la veille. Il y a un vers que Louis Aragon, au cœur de ces années 1950 qui brûlaient des flammes de la révolte en Algérie, n’allait plus oublier : « Je suis le point final d’un roman qui commence » (16). Il le déclamera, en 1954, à propos de Dib.

L’auteur de « La Grande maison » ne se laissera embarquer dans aucune camaraderie littéraire – et, paradoxalement, politique. À Tlemcen et à Alger, il ne cède pas aux subtils entrechats de la politique du parti, qui n’avance que pour mieux reculer. Après avoir traité de fascistes les militants du PPA et leur parti, leur endossant les tueries du 8 mai 1945, à Sétif, Guelma et Kherrata, les communistes algériens changent de fusil d’épaule. En 1951, le PCA, dans un objectif d’unité prenait l’initiative d’un regroupement de forces politiques indigènes auquel s’associent le MTLD de Messali Hadj, l’UDMA de Ferhat Abbas et les Oulémas de cheikh Bachir Brahimi. Dib passait à côté de l’éphémère Front algérien de défense et de respect des libertés (FADRL). Et, bientôt, d’une actualité nationaliste en crise, celle précisément d’un MTLD, en perte de vitesse, tout comme son chef tutélaire Messali. En 1952, les dissensions internes divisaient les rangs du parti nationaliste en deux groupes irréconciliables, les « messalistes », légalistes réunis autour de la figure du Chef, et les « centralistes », cadres du parti, majoritairement élus des assemblées algériennes. Ni « messalistes » ni « centralistes », des militants réfractaires, anciens membres de l’Organisation spéciale (OS), bras armé clandestin du PPA-MTLD, infiltré et démantelé par la police coloniale en 1950, créent le 23 mars 1954 le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA). La Guerre d’Indépendance était entrevue.

Assurément Mohammed Dib restait – sans trop s’y montrer – dans sa famille communiste, éloigné du nationalisme algérien, qui allait ouvrir le front de la plus sanglante guerre anticoloniale dans l’histoire de l’humanité, dans un  terrible cortège de morts et de douleurs. Il serait pour le moins présomptueux de considérer qu’il méconnaissait, en ce début des années 1950, l’histoire présente de la colonie. Comme son parti, qui s’y résoudra bien tard, il ne croyait pas en une Algérie libre, hors de l’orbite française. Il louvoyait, aisément. Ce n’était pas un soutien du colonialisme français qu’il réprouvait, ce n’était pas aussi un soutien du nationalisme indépendantiste algérien, qui lui est étranger. À l’opposé de Haddad, rejoignant le FLN sans calcul, et suspicieux relativement aux engagements débridés de Kateb, il ne sautera pas le pas. En 1955, au lendemain de l’insurrection nationaliste, il signe, dans un engagement politique inédit, le manifeste « Fraternité algérienne » en faveur d’une Algérie intercommunautaire. Position de refus de la guerre, retentissante, mais aussi vague écho de la lointaine « nation en formation », une révision communiste du « melting pot » colonial.

La proximité, toute protégée, de Dib avec le communisme, à Alger et à Paris, reste-t-elle obscure ? Est-ce bien un effet de la protection bienveillante d’un beau-père suffisamment introduit, depuis sa ville de Tlemcen, dans les antichambres du parti et dans ses rouages ? Il est néanmoins avéré dans les sphères du communisme algérois que l’image de l’écrivain restait indécidable, explicitement critiqué par Sadek Hadjerès (17) et René Justrabo (18), militants chevronnés et hommes de plume, en raison de déviations petite-bourgeoises qui traversaient ses œuvres (19). Mais, à Paris, se souciant comme d’une guigne de ce qu’il laissait derrière lui à Alger, l’écrivain Dib avait besoin du communisme pour l’orienter et le soustraire aux chausse-trapes du champ littéraire français, particulièrement de l’édition et des médias germanopratins. Louis Aragon, écrivain de premier plan, militant communiste avisé, directeur des « Lettres françaises », sera, on y reviendra plus loin, l’homme de la situation, apportant au romancier algérien une protection ferme et indiscutée. De Roger Bellissant à Jean Cayrol et Louis Aragon, Dib saura renouveler ses garants dans les sociétés politiques et littéraires.

En 1957, « Le Métier à tisser » était poussé par André Wurmser dans les colonnes des « Lettres françaises ». Acquiescement mitigé. La comparaison de l’œuvre de Dib avec le roman russe du tournant du XXe siècle, ainsi Dostoïevski et Gorki, est à double tranchant. Dans ce roman, comme dans les précédents opus, Dib parachève dans le discours de l’œuvre un ethos communiste, valorisant l’itinéraire de Hamid Seraj, personnage marginal, presque excentré dans le récit, archétype du militant communiste algérien de l’entre-deux-guerres, ouvert sur les luttes internationales, dans l’orthodoxie de Moscou et du Komintern. L’écrivain ne repousse pas dans ses romans la typicité du « faire » communiste dans les réunions secrètes de la rue Basse dont la description reproduit jusqu’à la caricature les échanges d’une cellule communiste. Des gages ? Mais comment convaincre des camarades rétifs, à Alger et à Paris ? Autant l’œuvre que le créateur provoquaient le doute.

L’embrasement de l’Algérie, la création de maquis rouges à l’enseigne des « Combattants de la Libération », au mois de mars 1956, ont-ils éveillé l’écriture d’« Un Été africain » (1959), qui n’aura pas bénéficié d’une large réception critique en Algérie et en France ? Le roman déploie la rumeur caverneuse d’une guerre, de ses soldats, de ses héros consensuels, comme l’insaisissable Djamel T. Mais de quelle guerre s’agit-il ? Celle du FLN-ALN ou celle du PCA, qui en 1959, à la publication de ce quatrième roman, avait rallié depuis le 1er juillet 1956, la guerre anticoloniale du front nationaliste, au terme des négociations menées par Abane Ramdane, au nom du FLN, avec les dirigeants communistes Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjerès ? Après la diffusion d’« Un Été africain » en Algérie, Dib aurait fait l’objet d’un arrêté d’interdiction de séjour dans le pays. Ce document, existe-t-il dans les archives algériennes et françaises de la Guerre d’Indépendance – où dans la famille de l’écrivain ? Il serait temps, s’il est toujours disponible et accessible, qu’il soit publié et étudié. Vers la fin de l’année 1959, Dib quitte l’Algérie pour s’installer définitivement en France dans sa belle-famille. La parenthèse algérienne était fermée, sans le moindre éclaircissement. Depuis 1959, plus aucune œuvre de Dib ne sera pensée et écrite en Algérie et, au gré du temps, intentionnellement pour les Algériens.

Du point de vue de l’histoire littéraire, la trajectoire de Mohammed Dib soulignait, en 1959, un insondable trou. Écrivain, aux œuvres plus glosées à Paris qu’à Alger, comptable dans une entreprise privée, à quel titre attirait-il l’intérêt et les foudres des autorités du gouvernement général ? À défaut de les lire, les motivations du gouvernement colonial d’interdire la présence en Algérie de Mohammed Dib, qui ne représentait formellement pas un danger pour la sécurité française du pays en guerre, s’enferraient dans une franche ambigüité : le romancier tlemcénien, retiré de la vie publique, n’avait pas les engagements du libéral Mouloud Mammeri, proche du FLN, exilé au Maroc, ni l’itinéraire politique de Mouloud Feraoun, longtemps élu de Fort-National (Kabylie), enrôlé dans les Centres sociaux de Germaine Tillon et du gouverneur Jacques Soustelle, promis à une mort sacrificielle, tombé, sous la mitraille de l’OAS, le 15 mars 1962 (20). Comment  interpréter cet éloignement, décidé par le gouvernement général de l’Algérie, s’il n’avait pour objet de soustraire l’écrivain aux aléas de la dernière phase de la Guerre d’Algérie, la plus meurtrière ? Quels motifs indicibles en décidaient ?

L’écrivain Mohammed Dib, qui n’était plus le militant communiste du début des années 1950, dont le parti avait interrompu ses activités pour aller vers ses devoirs de la Guerre d’Indépendance et y payer son lourd tribut (21), n’avait pas répondu à l’appel dans un pays où des Algériens mouraient. Dans cette « fratrie rouge » du roman algérien, seul Malek Haddad, comme son personnage et délégué textuel de « L’Élève et la leçon » (1961), déchire sa carte du parti, au lendemain du vote du PCF à l’Assemblée nationale française des pouvoirs spéciaux à l’armée française en Algérie, le 12 mars1956.  Kateb nomadisait, toujours plus à l’Est de l’Occident. Ni en cette circonstance étroite du jeu politique des communistes français ni en d’autres, Dib ne bougera. Encore une affligeante dérobade.

L’extrême abandon

À l’indépendance, Mohammed Dib continue à écrire sur le pays qu’il a quitté dans  les malheurs de la guerre. En 1962, « Qui se souvient de la mer ? » opère une rupture évidente d’avec l’écriture réaliste des romans des années 1950 qui lui vaudront une  réelle consécration en Algérie. Cette première plongée dans le roman populaire en fait, en 1963, le co-récipiendaire, avec le poète de langue arabe Mohamed-Laïd Khalifa, du Prix de l’Unanimité dans un pays neuf sanctifiant sa littérature et, surtout, comptant ses auteurs. Mais la position de Dib sur l’Algérie libérée du colonialisme, contrairement à celles de ses contemporains le philosophe et islamologue Mohammed Arkoun et l’historien Ali Merad, Français sans équivoque, sera difficile à dépêtrer. Installée chez sa belle-famille à Mougins, l’écrivain tlemcénien opte-t-il pour la France, selon les recommandations des Accords d’Évian ? Il ne rentrera plus en Algérie qu’en touriste-photographe, même si elle est épisodiquement présente dans ses œuvres.

Entre 1964 et 1973, il écrit quatre romans à thème algérien (« Cours sur la rive sauvage », 1964 ; « La danse du roi », 1968 ; « Dieu en Barbarie », 1970 ; « Le Maître de chasse », 1973), édités au Seuil, qui n’auront qu’une audience confidentielle dans le pays qui préférait vibrer au spectacle d’« El Harik » (1972-1974), une adaptation libre par Mustapha Badie de « La Grande maison » et de « L’Incendie » pour la télévision nationale. Derrière Omar et Lla Aïni, les personnages de Dib intègrent une sorte de panthéon de la misère et des injustices coloniales.

Cette aura du romancier est appuyée par la sélection de plusieurs extraits de ses  œuvres des années 1950 dans les manuels scolaires des collèges et lycées d’Algérie. Lui permettait-elle de ravir à Mouloud Feraoun la stature révérée d’« écrivain national » ? Mais peu à peu s’impose un net décalage : si l’œuvre reste présente en Algérie, l’auteur s’en est écarté. Dans les années 1970, les Universités d’Oran, d’Alger et de Constantine enseignent « Dieu en Barbarie » et « Le Maître de chasse » à des auditoires captifs où se recrutaient encore ses lecteurs. Mais, Dib glisse précocement dans l’oubli. Il ne sera plus que l’imprévu écrivain de professeurs de littérature d’Australie, d’Amérique du Nord (États-Unis, Canada) et du Japon. Aux États-Unis d’Amérique, où il est professeur invité de prestigieuses universités, des rombières givrées, lectrices de Virginia Woolf, John Galsworthy, Francis Scott Fitzgerald, Anaïs Nin, en faisaient un point de ralliement autour des littératures du Maghreb. Pareillement en Europe, spécialement en France, non sans arrière-pensées.

Ce Dib, des années 1970,  semblait condamné à un fatal repli en Algérie. Non pas seulement pour une raison d’indisponibilité de ses œuvres en librairie. Cette désaffection de ses lecteurs algériens était également celle de son éditeur historique, le Seuil, qui résilie sèchement son contrat d’écrivain. La littérature qu’il envisageait, depuis « Habel », en 1977, ne correspondait plus aux attentes de ses soutiens dans la maison catholique de la rue Jacob, dans la Quartier latin. En 1985, après un silence de huit années, Dib se rapproche de Pierre Bernard, fondateur des éditions Sindbad, à Paris, dont le catalogue réunissait autant l’islamologie, l’art et le spiritisme musulmans que de renommés écrivains du Maghreb et du Moyen Orient. Dans le champ éditorial parisien, Sindbad, plus tard racheté par Actes Sud (Arles), était perçu comme un éditeur élitiste, loin des coteries littéraires germanopratines, autant dire enfermé dans un ghetto. Était-ce un choix par défaut ? L’écrivain y ouvrait un cycle romanesque sans commune mesure avec ses précédentes publications (« Les Terrasses d’Orsol », 1985 ; « Le Sommeil d’Ève », 1989 ; « Neiges de marbre », 1990 ; « Le Désert sans détour », 1992). Il y publiait, en outre, des rééditions de recueils de nouvelles et de poésie. Le passage chez Sindbad fut-il décevant ? Dib retrouve, enfin, un grand nom de l’édition germanopratine, Albin Michel, qui accueille ses derniers romans (« L’Infante maure », 1994, « La Nuit sauvage », 1995, « Si Diable veut », 1998, « Comme un bruit d’abeilles », 2001).

Ce changement d’éditeurs n’a pas empêché l’écrivain d’être constant dans ses projets littéraires. Mais, hors d’une Université algérienne cauteleuse, le divorce de Mohammed Dib d’avec l’Algérie était acté. A contrario des exemples du Français Chateaubriand et de l’Allemand Goethe, célèbres dans la vie littéraire mondiale, il négociait mal une littérature du grand âge (22), sans socle social et historique, totalement déterritorialisée – pas nécessairement au sens où l’entend Gilles Deleuze – et désincarnée. Que de bruissements autour d’une trilogie nordique lorsqu’il était aussi supputé une tétralogie ! Incantations ! L’œuvre n’offrait plus de visibilité en Algérie. La littérature de Dib  s’étalait dans une écriture des signes posée sur l’aphérèse des mots, sans chair et sans âme. Si l’auteur quêtait de brumeuses contrées du Nord, son pays originel restait béant, dans une finitude inassouvie. Ce pays – fut-il celui de Tlemcen et des sapides villégiatures d’Omar, saisi dans la focale du photographe ? – a perdu les mots de l’écrivain, qui, pour sa part, en a perdu le troublant récit. Dib n’appartenait plus à l’Algérie pour autant qu’il ait eu le sentiment, depuis 1959, lorsqu’il la quittait furtivement, qu’elle lui appartienne et qu’elle lui ait appartenue. L’Algérie indépendante n’a pas récupéré le Dib qu’elle prévoyait, celui qui allait prolonger « L’Incendie » au lieu de l’éteindre dans les miasmes d’une écriture expérimentale.

Âpre abandon. Si Dib avait continué, en Algérie, les pages de ses premiers opus, il aurait été le Prix Nobel de Littérature que l’Algérie et les Algériens méritaient d’espérer. Si l’Égyptien Naguib Mahfouz, unique Prix Nobel de Littérature du monde arabe, en 1988, retranché dans les ornières de la littérature européenne du XIXe siècle, entre le réalisme de Victor Hugo et le naturalisme d’Émile Zola, le Tlemcénien Dib ravivait la profondeur d’une écriture de la modernité romanesque. Cet écrivain – intimement algérien – n’adviendra pas.

Une prise de conscience tardive et inachevée

Pourtant, Mohammed Dib, engoncé dans ses « Neiges de marbre », revisitant curieusement le style – ainsi la répétition d’embrayeurs narratifs – de « Dieu en Barbarie » et « Le Maître de chasse », n’était pas encore mort pour le pays et il en nourrissait la plus glaciale amertume. Il se manifestait, en 1994, contre toute attente, dans une tribune donnée au quotidien parisien « Le Monde ». Y fustige-t-il, sans détour, indubitablement furieux, l’irrépressible décomposition du premier âge d’une liberté algérienne sans perspectives : « Le débat d’idées qui aurait du s’ouvrir dès les premiers jours d’une indépendance chèrement acquise, ce débat-là sur l’avenir du pays, étouffé dans l’œuf, n’a pas eu lieu et nous en avons pris notre parti, nous nous sommes arrangés » (23). C’était en 1994, des mots proférés sur un pays endeuillé, défiguré par l’islamisme aux charniers immondes, désespérant toute humanité. Mais fallait-il dans cette Algérie des lendemains de la colonisation française secouer la perfidie des ramasseurs de rente ? Il s’en indignait : « Témoins  de l’impasse faite là-dessus, nous n’avons pas donné libre cours à notre colère, à notre indignation, mais à des appétits de gains effrénés. Nous n’avons pensé qu’a entrer dans la course aux places et, déjà, aux rentes de situation ; une véritable ruée vers l’or » (24). Ce « nous » n’est que rhétorique, Dib s’excluait, assez vite, des fêtes sauvages de l’indépendance, de leurs rites et de leurs sacrements barbares. Des grappilleurs, sans foi ni loi ? Il s’en trouvait même parmi ses pairs écrivains. Pourquoi n’avait-il rien consenti à ce pays, qui n’a pas pansé les échardes de la guerre coloniale, pour emprunter les chemins de peine et d’incertitude qui entouraient la naissance difficultueuse d’une nation, certes, jetée aux loups ? Le pays colonisé, où montait le chant funèbre de Menoune, lui était-il plus vivable que cette patrie affranchie rêvée dans les heures mortifiées de Hamid Seraj ?

Abandon et démission. Mohammed Dib s’était acclimaté en France, le pays de son épouse, de sa belle-famille, de ses enfants, qui deviendra son pays, pour toujours. Il était libre de faire ce choix. Orphelins de Dib, des Algériens, maîtres de chaires des Universités, le prenaient en otage, lui délivraient un sauf-conduit dans le pays où il était totalement inconnu pour ses jeunesses, qui se sont succédé depuis les années 1980. Ils pouvaient créer, à sa disparition, un prix littéraire perpétuant son nom dans un pays, qui ne l’a plus lu, qui ne le lira plus jamais. Escroquerie intellectuelle ? Après son renoncement à l’Algérie, à la terre martyre de l’Algérie, comment Dib y reviendrait-il grandi ? Il a tragiquement égaré son Algérie, qu’il n’a pas vu grandir dans la souffrance.

L’écrivain,  désuni de son pays natal, volontairement coupé de sa littérature, éditée à Alger selon un critique français de la période dans un « bunker moscovite », la  carnavalesque SNED, était voué à la France littéraire et à ses redoutables jeux littéraires, refusant la confrontation à la censure d’État, l’autre voie escarpée du combat pour une autonomie littéraire et politique. Si Boris Pasternak et Alexander Soljenitsyne ne pouvaient se projeter comme écrivains que dans leur unique Russie, dans l’adversité des pouvoirs et des goulags, Dib a recherché le confort d’une carrière littéraire française. Une carrière bourgeoise, sans aspérités.

Une des ses vives interventions, malheureusement privée et longtemps inédite, a été une mise en cause sans concession de la critique littéraire française des écrivains étrangers, précisément originaires du Maghreb. Ce texte, on l’a signalé plus haut, publié par la revue espagnole « Hesperia. Culturas del Mediterrâneo », d’une mordante lucidité, forcément polémique, Dib l’a gardé sous le coude de son vivant pour ne pas en répondre. Il ne suffisait pas qu’il prononce dans ce testament littéraire d’outre-tombe un radical désaveu à la fois du comportement de la critique française (et occidentale) envers les auteurs du Maghreb et leurs textes, il dénonce l’inanité d’une littérature française soumise à la « consommation » : « […] d’une manière générale, l’Occident ne produit plus que des œuvres de consommation – en d’autres termes des œuvres qui limitent leur signification et leur fonction par une volonté délibérée de s’adapter aux besoins de leurs lecteurs à tel moment, à tel endroit, la philosophie de la consommation étant devenue l’éthique des sociétés occidentales » (25).

Cette littérature d’Occident et de France, cette « littérature de consommation », peut-elle constituer l’infrangible critère qui guide le travail de la critique de ce pays des œuvres littéraires du Maghreb ? En France, se désole Dib, de nombreux préjugés servent d’inébranlable socle à une critique qui pose une hiérarchisation des œuvres selon leur origine : « Dans le meilleur des cas, un critique français ne pourra jamais aborder la lecture d’une œuvre belge ou algérienne l’esprit entièrement débarrassé de toutes les idées qu’il s’est faites de la Belgique, des Belges, de l’Algérie, des Algériens, etc., idées qui impliquent toutes, qui présupposent toutes la suprématie définitive, indiscutable et éternelle de la littérature française, du moins en regard de la belge ou de l’algérienne » (26). Ces présupposés à la base de toute critique des œuvres de langue française écrites par des étrangers – y compris les Belges – se muent en lois fondamentales pour les critiques et historiens français de la littérature. Pierre Bourdieu (27), qui jugeait qu’il n’y a pas, qu’il n’y aura jamais, de champ littéraire belge,  subodorait la pesante emprise de Paris sur la littérature des Belges, qui ne peut accéder au statut de littérature nationale, parce qu’elle demeure sans recours assimilée à la littérature française (28). Pour l’Université, les institutions littéraires et les médias de France, il en va ainsi pour la littérature des « Algériens » éditée à Paris, résolument annexée à la littérature française.

Dib a construit un raisonnement rigoureux sur la critique littéraire française, largement prouvé par les faits, à partir d’une blessure personnelle, remâchant cette étrange vérité : « N’importe lequel de mes livres a eu plus de retentissement dans le monde que, disons, n’importe quel livre qui fait fureur à Paris » (29). Son immense œuvre d’écrivain du champ littéraire français, quarante titres du roman à la nouvelle, de la poésie au théâtre, du conte au récit poétique et à l’essai, n’a été récompensée que par d’insignifiants prix littéraires : le prix Fénéon, en 1953 ; le Prix René-Laporte, en 1961 ; le Prix Jules-Davaine de l’Académie française, 1962 ; le Prix Paul-Flat de cette même institution, en 1968 et 1973 ; le Prix Broquette-Gonin, en 1971 ; le Prix Mallarmé, en 1998, et l’insolite Prix des Découvreurs attribué à sa poésie par la ville de Boulogne-sur-Mer, en 2000. Il allait recevoir, en 1994, le Grand Prix littéraire de la Francophonie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre et, en 1998, le Grand Prix littéraire de la Ville de Paris pour son œuvre romanesque, distinctions estampillées politiquement. Mais, sur le plan de la créativité littéraire, Dib était supérieur aux romanciers français, au haut de l’affiche, qui ne se prévalaient pas d’une langue et d’une construction du récit épurées. Il est vrai qu’à Paris la littérature de Dib et de ses pairs du Maghreb (qu’il associait généreusement à son sombre charroi de frustrations, qui n’existaient pas en dehors des « Algériens » de toutes nuances françaises) était perçue comme une littérature périphérique, subsistant dans les basses fosses de l’éternelle littérature française. C’est dans ce moment de discernement qu’il aurait pu prendre le parti de quitter la France littéraire et la France pour le pays de ses aïeux. Il ne le fera pas.

Malheureusement, la limite de l’analyse de Dib réside dans sa projection dans la littérature française, dans son lien avec la littérature française, qu’il ne pouvait et qu’il ne voulait briser. L’écrivain confirmé qu’il était, informé des jeux de coulisses littéraires germanopratines, savait ne rien attendre de la France littéraire et de sa critique aux œillères assombries. S’il évoque dans son testament littéraire une « littérature algérienne », sans en spécifier les contours, à côté de la « littérature belge », il pense à la littérature « algérienne » éditée en France qu’il connaît le mieux, à laquelle il participe pleinement. Si sa lecture de la position quasi-raciste de la critique française des œuvres d’écrivains du Maghreb est fondée, Dib ne consent pas à approfondir le seul débat indispensable de l’autonomie politique et esthétique de la littérature nationale algérienne. Ce débat lui échappait.

Une désertion à l’aube du champ de bataille

Sur l’Algérie littéraire, Louis Aragon, adoubant Dib, en 1954, écrit la juste partition et en exécute la musique avec brio. Présentant dans « Les Lettres françaises », les premiers opus de Dib, il titre à dessein sa chronique, paraphrasant Malek Haddad : « À propos de deux livres de Mohammed Dib. Un roman qui commence » ; il observe : « L’audace de Mohammed Dib, ce pour quoi il devrait lui être donné beaucoup de patience, de confiance (même s’il risque, cette patience, cette confiance, de les décevoir, ce beau malheur !), c’est d’avoir tenté au milieu de ce drame, c’est d’avoir entrepris COMME SI TOUT ÉTAIT DÉJÀ RÉSOLU l’aventure du roman national de l’Algérie » (30). Dans ce texte, publié le 8 juillet 1954, Aragon, quasiment visionnaire, évoque l’émergence d’une littérature nationale algérienne avant la lettre.

Avant Aragon, aucun chercheur universitaire français, aucun écrivain français, aucun critique français n’acceptait à l’égard de l’Algérie et de sa littérature une si scrupuleuse position. Après Aragon, plus aucun Français, des médias aux Universités et au champ littéraire français, ne reconnaîtra une littérature algérienne hors de la tutelle de la France. Les mots fraternels du poète de la Résistance française sur Dib et le « roman national » étaient broyés dans l’étouffoir alors que se mettait en branle une domestication de la littérature « algérienne » de langue française de Paris qui persiste jusqu’à nos jours, dont le bornage historique et critique comme la légitimation de ses auteurs et de ses œuvres relèvent de la distincte appréciation de spécialistes français.

Par l’ampleur de son œuvre, le romancier Dib, que pressentait Aragon, n’était-il pas désigné aux premières lignes du combat pour un espace littéraire national algérien débarrassé de l’emprise de la France ? Il fera défection, fuyant le champ de bataille à l’aube de l’indépendance, et il ne sera pas le seul dans le groupe des écrivains des années 1950. Comme Dib, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Assia Djebar, Jean Sénac, Mourad Bourboune préfèreront honorer leurs contrats avec leurs éditeurs français plutôt que d’honorer leur pays et sa littérature en valorisant la spécificité algérienne et nationale de leurs œuvres. Djamila Debêche, Mohamed-Aziz Kessous, Marie-Louise Amrouche, Malek Ouary, Henri Kréa (de guerre lasse), feront le choix obstiné de la France, de sa nationalité et de sa littérature. Resteront ou renoueront avec l’Algérie : Malek Haddad (qui continuera à écrire sans rien éditer), Malek Bennabi, Mohammed Arabdiou, Thami Medjbeur, Abdelkader Oulhaci, sans attaches avec l’édition germanopratine. Ce combat pour l’autonomisation politique et esthétique de la littérature algérienne n’eut pas lieu et le Paris littéraire, ancien empire déchu des lettres mondiales, ornait son pavois d’une littérature « algérienne » géographiquement décentrée (31).

Dans le contexte des années 1960-1970, Mohammed Dib et ses pairs, poursuivant des carrières littéraires françaises, dressent le mauvais exemple face aux nouvelles générations d’écrivains d’Algérie. C’est très simple : si Dib, Mammeri, Kateb, Djebar, Bourboune avaient rompu avec l’édition française pour favoriser l’émergence dans leur pays d’une édition et d’une littérature nationales, fussent-elles recueillies dans un « bunker moscovite », il n’y aurait pas de Rachid Boudjedra, Nabile Farès, Rachid Mimouni, et ceux, nombreux, qui les suivront en France depuis les années 2000, assimilés à la littérature française, avec une indémontable vérité : c’est à Paris que ça se passe. Et ils iront à Paris, comme leurs aînés, faire la littérature « algérienne » souhaitée par la France, surgeon de la littérature française. Certains d’entre eux, ainsi Ali Boumahdi, naturalisés français, renieront leur pays d’origine.

La France littéraire, solidement présente à Cerisy-la-Salle pour saluer Dib, y déléguant ses maîtres de chaires, agréés par l’Université française, ses critiques et ses historiens français et algériens de sa littérature « algérienne » de Paris, ne saura se départir d’une grossière arrogance envers les Algériens d’Algérie et leur littérature dans un combat où elle demeure sans adversaires. En Algérie, écrivains, éditeurs, critiques littéraires, enseignants et chercheurs universitaires, libraires, lecteurs se taisent. Souvent, convient-il d’y insister, par peur – si ce n’est par lâcheté. Cet accaparement néocolonial d’une littérature « algérienne » de langue française par la France littéraire, sa propension à susciter des légions de zouaves de la plume, n’a-t-elle pas une fin ? En quoi la littérature des Français Salim Bachi, Kamel Daoud, Mohamed Kacimi, Slimane Benaïssa, Anouar Benmalek, Abdelkader Djemaï, Nina Bouraoui, Lilia Hassaine, Akli Tadjer, Faïza Guène, Nedjma Kacimi, Mehdi Charef et bien d’autres, soutenue par d’infâmes harkis, entre autres le crapuleux Boualem Sansal, boutiquier du sionisme mondial, est-elle la digne représentante de la littérature de l’Algérie et des Algériens auxquels rien ne la rattache ? Il faudrait reposer cette question à l’envi. Pourquoi la France ne reconnait-elle pas la littérature de ses enfants, nés Français sur le sol français ou naturalisés Français selon leur propre vouloir, au lieu d’en faire une « littérature algérienne » sous contrôle français, qu’elle mobilise contre la vraie littérature des Algériens dans leur pays, qu’elle utilise avec ses grandes ressources politiques et diplomatiques pour lever un barrage contre sa reconnaissance internationale. À titre d’exemple, valable pour plus de deux-cent écrivains français d’origine algérienne : Lilia Hassaine, née en France, de parents français, chroniqueuse dans une émission-phare de la télévision française, ne connaît pas l’Algérie et les Aurès de ses arrière-grands-parents, où elle ne se résoudra ni à vivre ni à en revêtir l’emblème. Pourquoi la France littéraire, avec beaucoup de cynisme, lui fera-t-elle prendre dans les manifestations littéraires internationales la place d’un(e) écrivain(e) d’Algérie, comme elle l’a déjà fait pour plusieurs écrivains français d’origine algérienne ? Alors qu’elle n’est éligible qu’à la représentation et à la défense de la littérature de son pays, la France.

Mohammed Dib, qui a contribué à cette scandaleuse mystification d’une littérature prétendument « algérienne » sous pavillon français et lui a insufflé des raisons de se développer, a déçu et même trompé l’Algérie et les Algériens – « ce beau malheur ! », en effet. Il est entré, en toute conscience dans la littérature française et dans sa pseudo-littérature « algérienne » qui est une imposture. Celui qui aurait pu être le porte-voix d’une littérature nationale algérienne en viendra à reprocher aux Français de ne pas l’avoir reconnu. Comment, en effet, comprendre et admettre que Dib ait reçu peu de consécrations pour son œuvre romanesque (exactement cinq récompenses mineures pour seize titres publiés !) alors qu’un Boualem Sansal, qui ne connaît et ne pratique que la langue de délateur d’un haut fonctionnaire gouvernemental de l’Industrie, qui ne maîtrise pas la langue littéraire, qui n’est qu’un vulgaire buzzeur, a été primé près de vingt fois dans ce genre, engrangeant, en 2015, le Grand Prix du roman de l’Académie française  attribué à une œuvre médiocre portée par le sang des victimes du terrorisme islamiste en France ? Triste France littéraire ! Si Dib a fabriqué après l’indépendance de l’Algérie l’inatteignable posture d’un écrivain novateur, majorant un art littéraire inessentiel et l’inscrivant dans ses textes, sa matrice française, il la sacre dans « Laëzza » (2006), une œuvre posthume : « J’ai fait mon lit dans la langue française ; ce n’est précisément pas un lit de roses. » Il le  scande dans son testament littéraire : la France littéraire l’a précipité dans un lit d’orties, le privant de ses grandes récompenses littéraires, minorant son œuvre parce qu’elle n’est pas celle d’un authentique français. Insupportable humiliation d’un émérite écrivain de langue française – s’il n’est français. Pauvre France, qui n’a pas entendu sa voix, montant des galetas indigènes, voguant sur les redans acérés de la langue française pour en faire un havre d’humanité, regrets pour l’Algérie qui l’a intronisé, sans retour, aux premiers embruns de l’indépendance et de la liberté.

Ceux qui savent d’où parlait Dib après l’indépendance ne le diront jamais. Pour sa part, l’écrivain restait profondément secret, comme il le confiait, en 1971, à Monique Acs : « Ce n’est pas une réaction personnelle, les Algériens élevés dans un milieu musulman considèrent l’introspection comme un peu malsaine. D’un homme plongé dans des réflexions qui paraissent profane, le proverbe dit : ‘‘C’est quelqu’un qui mène paître les vaches d’Iblis (Satan)’’. Cette réserve explique que l’on trouve peu de ‘‘confessions’’, peu de ‘‘mémoires’’, pas de ‘‘vies intimes, où la vie intérieure serait dévoilée. Les seuls écrits personnels sont d’auteurs qui ont joué un rôle social ou politique. Pour nous, romanciers algériens, le grand problème est de franchir cette espèce d’inhibition, de parler de soi, d’aller au-delà de certaines interdictions morales venues de notre éducation. » (32). Confortable esquive pour dérouter d’insortables vérités ? Il y a une certitude : Dib, francisé par l’Algérie coloniale du dernier quart d’heure, en toute conjecture, Français par choix personnel dans le cadre des dispositions des Accords d’Évian, en dernier ressort, inévitablement Français par son mariage avec une Française selon la législation française, c’est la France et la France littéraire qu’il a élues et accepté de servir au détriment de l’Algérie et de sa littérature. Dans sa vie achevée d’écrivain, il n’a été éprouvé ni par les luttes du passé colonial ni par celles du présent rugueux de l’Algérie.  Après inventaire, il a été si peu Algérien, dans le pays de ses sources où il aura été absent pendant exactement quarante-quatre années, de 1959 à 2003, consciemment éloigné d’une histoire mortelle et déchirante, celle de l’enfantement de la Nation algérienne. Il a cru trouver dans une écriture désocialisée, déterritorialisée et anhistorique une nouvelle patrie pour agir les plus regrettables dérobades, abandons et désertion d’un pays et d’une histoire qui n’étaient plus ni son pays ni son histoire.

Ultime notation à titre de confirmation, sur laquelle les spécialistes algériens de l’écrivain se sont honteusement tus. Après sa disparition, sa veuve Colette Bellissant-Dib a remis ses archives à la Bibliothèque nationale de France, probablement dans le respect de clauses testamentaires. Ces documents ne devaient-ils pas être dévolus, s’il était encore l’Algérien Dib, à son pays, à la Bibliothèque nationale d’Algérie ou à l’Université de Tlemcen, cette ville où il est né et a grandi dont le souvenir s’est effacé au profit de haltes françaises, de Mougins à Meudon-la-Forêt et La Celle-Saint-Cloud, sa terre, sa patrie, sa dernière demeure ? L’Algérie, la Grande Algérie, aura-t-elle le courage d’en finir avec tous ceux qui, dans les domaines des Arts et des Lettres, lui ont tourné le dos, l’ont abandonné ? Devrait-elle toujours se rabaisser à les revendiquer et à les honorer, à ployer les genoux devant les mirifiques statues qu’elle leur a érigées, furent-ils si proches du sublime art qu’ils ne lui ont pas concédé ?

Notes

  1. « Tlemcen ou les lieux de l’écriture ». Textes et photos de Mohammed Dib. Photos de Philippe Bordas, Paris, « La Revue noire », 1994.
  2. Ce texte ne sera publié que douze années après la disparition de Dib par sa veuve, qui l’a donné à la revue espagnole « Hesperia. Culturas del Mediterrâneo », n° 19, juin 2005. Il est repris par le site « La plume francophone », au mois de janvier 2016, sous le titre « Curieux comportement des critiques français et européens en général à l’égard de nos livres ».
  3. Après la Seconde Guerre mondiale et les génocides de l’armée française appuyée par des milices coloniales dans l’Est du pays (Sétif, Guelma, Kherrata), il y a une efflorescence littéraire indigène algérienne à laquelle participent les premiers poèmes de Dib. J’en dresse le bilan dans mon ouvrage « Auteurs algériens de langue française de la période coloniale. Dictionnaire biographique », Paris-Alger, L’Harmattan-Chihab Éditions, 2010.
  4. François Desplanques, « Aux sources de ‘‘L’Incendie’’ », « Revue de Littérature comparée », vol. 45, n° 4, septembre-octobre 1971.
  5. « Liberté », 27 juillet 1950.
  6. Cf. Jean Déjeux, « Les Rencontres de Sidi Madani (Algérie) – Janvier-février-mars 1948, « Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée », n° 20, 1975. pp. 165-174.
  7. Cf. la notice de Mohammed Dib par René Galissot dans « Algérie : Engagements sociaux et question nationale, de la colonisation à l’indépendance, de 1830 à 1962 », Ivry-sur-Seine, Les Éditions de l’Atelier, 2006, pp. 243-245.
  8. « La Grande aventure d’‘‘Alger républicain’’ », Paris, Messidor-Temps Actuels, 1987.
  9. Id., p. 87.
  10. Philipp Zessin, « Presse et journalistes ‘‘indigènes’’ en Algérie coloniale (années 1890-années 1950) », « Le Mouvement Social », vol. 236, n° 3, 2011, pp. 35-46.
  11. Cf. Jacqueline Arnaud, « La Littérature maghrébine de langue française. II. Le cas de Kateb Yacine », Paris, Publisud, 1986, p. 117.
  12. « Mémoire algérienne », Paris, Stock, 2005. C’est sous la direction d’Henri Alleg qu’« Alger républicain » fait son allégeance au PCA.
  13. « Nouvelles études sur la littérature algérienne de langue française », Constantine, Médersa, 2011 (édition revue et augmentée, 2014).
  14. « William Sportisse. Parcours d’un communiste algérien. Le Camp des Oliviers ». Entretiens avec Pierre-Jean Le Foll-Luciani, Alger, Il Ijtihad, p. 171.
  15. Mohammed Harbi, « Une Vie debout. Mémoires politiques, 1945-1962 », Paris, La Découverte, 2001.
  16. Malek Haddad, « Le Malheur en danger », Paris-Alger, Éditions Bouchene, 1988 (1ère éd., Paris, 1956) ; voir le poème « La Longue marche », p. 25.
  17. « Réflexion sur le premier roman algérien ‘‘engagé’, ’‘La Grande maison’’ de Mohammed Dib », « Progrès », n° 2, avril-mai 1953.
  18. Dans « Liberté », organe officiel du PCA, René Justrabo est plus tolérant envers le romancier que le militant communiste. Voir son « Compte-rendu de ‘‘La Grande maison’’», « Liberté », 6 novembre 1952.
  19. Il n’est pas certain que Dib ait reçu le meilleur accueil dans le milieu communiste algérois. La presse communiste lui fut-elle plus hostile que bienveillante ? Rien n’établit qu’il était structuré dans une cellule du parti de cette ville.
  20. Voir sur cet événement tragique les lectures actuelles des ayants-droit Feraoun dans mes articles : « Une polémique franco-algérienne », « Reporters » [Alger], 11 février 2014 ; « Cinquante-neuvième anniversaire de la disparition de Mouloud Feraoun. Les procès en sorcelleries d’Ali Feraoun » et « Les procès en sorcelleries d’Ali Feraoun (II). Le révisionnisme historique ne passera pas », dans « Algérie 1 », 16 mars et 28 mars 2021
  21. Voir sur l’engagement des communistes dans la guerre anticoloniale, Alain Ruscio, « Les Communistes et l’Algérie. Des origines à la guerre d’indépendance, 1920-1962 », Paris, Éditions La Découverte, 2019.
  22. Dib note : « En dépit des idées reçues, le grand âge est en en avance sur son temps plutôt que l’inverse » (« Laëzza », Paris, Albin Michel, 2006).
  23. Art. repris dans « Liberté » (Alger), le 6 novembre 1994, sous le titre « Le débat avorté ».
  24. Id.
  25. M. Dib, « Curieux comportement des critiques français et européens e général à l’égard de nos livres », art. cité.
  26. Id.
  27. Pierre Bourdieu, « Existe-t-il une Littérature belge ? Limites d’un champ et frontières politiques », « Études de lettres », n° 4, 1985.
  28. Depuis une trentaine d’années et trente romans, Amélie Nothomb, auteure-symptôme belge est sur les rangs pour les grand prix littéraires d’automne parisiens sans succès. Cette année, son dernier roman « Premier sang » (Albin Michel, 2021) a été écarté par le jury du prix Goncourt. Comme « Pour l’amour d’Elena » (Mialet-Barreau, 2021), dernier opus de Yasmina Khadra, ignoré de toutes sélection de prix littéraires français. Deux écrivains hors de leurs littératures nationales, pour lesquelles ils ne se battront pas, assimilés sans s’en dédire à la littérature française.
  29. M. Dib, « Curieux comportement des critiques français et européens en général à l’égard de nos livres ». art. cité.
  30. Louis Aragon, « À propos de deux livres de Mohammed Dib. Un roman qui commence », « Les Lettres françaises », n° 194, 8-15 juillet 1954.
  31. Cette littérature fut-elle complexe pour lui ? Il en donne dans « Laëzza » (oc.) une définition qui ne convainc pas : « Il est bon aussi de rappeler que ladite littérature ALGÉRIENNE – il y aurait d’autres lances à rompre au sujet de ce qualificatif, pour ce que le phénomène a déjà débordé le cadre territorial – est une impossibilité devenue possible ». Dib s’exprime en France et à partir de la France et de la réalité de la littérature « algérienne » annexée à la littérature française. En son temps et, aujourd’hui encore, en 2021, il était et il est toujours difficile de trouver parmi les grands noms des éditeurs nationaux d’Algérie un seul écrivain de langue française consacré hors des frontières du pays. Cette littérature « algérienne » sous le contrôle de la France et de son champ éditorial a effectivement débordé le « cadre territorial » français. Dib ne connaissait pas la littérature algérienne.
  32. Claudine ACS, « Mohammed Dib », « L’Afrique littéraire et artistique », n° 18, août 1971.