L’économie des mots

L'économie des mots
Par  Mohamed Abbou
L’économie des mots ne relève ni de la paresse mentale ni de l’indigence lexicale mais de l’efficacité sémantique.
La productivité des mots ,c’est leur concision :
La plus grande éloquence au moindre coût en unités sémantiques.
L’anecdote des messages échangés entre Vitor Hugo et son éditeur en est la meilleure illustration. Le premier,en vacances après avoir déposé un manuscrit à l’édition, voulait s’enquérir de son sort.
Il adressa au second sa carte de visite avec un seul signe dessus,le point d’interrogation. L’éditeur lui envoya,en réponse, sa propre carte avec également un seul signe dessus, le point d’exclamation.
L’inquiétude et la satisfaction se sont croisées sans mot dire.
De même le  » Si  » de la Laconie en réplique à la menace d’extermination du roi de Macédoine est,depuis,la référence historique de la perfection expressive.
En économie des mots,les stocks sont des connaissances et les flux des informations.
Les mots ont leur « loi de Gresham »: La parole insane chasse la bonne. Les gens apprécient la bonne parole, l’écoutent, la mémorisent…La thésaurisent ,mais usent de la parole sans « éthique » plus facile à dispenser et à dépenser dans un entregent superficiel où les rapports sont plus intéressés que sincères et les relations sociales factices.
La valeur des mots pâtit, comme tout autre produit marchand,de l’inflation. Une société pressée,stressée, suspendue aux lèvres du temps se laisse aisément envahir par la profusion rhétorique, les volubilites irresponsables. La logorrhée verbale des prédicateurs et autres sermoneurs irrépressibles dévalorise la parole.
En période de dépression culturelle la créativité est à flux tendus. Et,comme en « keynésie »,l’effet multiplicateur de l’investissement néologique est tributaire à la fois de la propension interne à lire et de l’ouverture sur la culture extérieure.
Les mots ont aussi leur théorie quantitative,évoquant la tradition mercantiliste : La maitrise lexicale détermine le niveau général des débats mais n’influence en rien la production intellectuelle.
Les mots,en termes de rapports de production, décrivent l’exploitation des capacités cognitives en termes exacerbés ou édulcorés en fonction des rapports de force.
Face à l’hégémonie des mots « onomatopées » ou des mots mal importés, l’éloquence historique cède à la préconisation « shumpeterienne » de la destruction créatrice.
S’inscrivant dans les exigences du management moderne les mots cultivent le capital émotionnel sur lequel s’appuient de plus en plus les entreprises pour mobiliser les aptitudes de leurs salariés.
Les mots se mettent aussi à la stratégie prospective pour précéder par leur mutation sémantique les besoins du « transhumanisme » que nous promettent les nouvelles technologies.
Les mots voyagent mais rejoignent toujours les lieux de « fertilisation croisée  » à la recherche de « L’effet d’agglomération  » « marshallien « 
En fin de compte les mots ne sont-ils pas gérés par la « mêmetique  » qui veut que comme les gènes, ils n’ont d’autre objectif que leur propre multiplication? Les mots sont des unités sémantiques auto-repliquantes,des bouts d’informations qui reliés constituent notre culture.
Les mots ont leur économie … Mais beaucoup de mots n’ont jamais fait une « Économie « .
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