Les mots équivoques et la pédagogie en stock

Les mots équivoques et la pédagogie en stock
Par Mohamed Abbou
La veille d’une rentrée universitaire, faisant un point de presse, un grand responsable se voulait très rassurant. A une journaliste qui s’inquiétait des conditions d’accueil des nouveaux bacheliers il infligea une réponse « extraordinaire  » : Tous les moyens ont été mobilisés pour une rentrée réussie, nous avons même des places pédagogiques en Stock.
La maltraitance des mots ne connaît plus de limite. La pathologie verbale qui contamine la communication publique a encore, devant elle des jours…heureux.
Une chaise en bois ou en métal conçue pour meubler n’importe quel lieu et destinée à recevoir un postérieur anonyme peut devenir par une fâcheuse déviation sémantique « une place pédagogique  » et, par une douteuse suggestion la pédagogie se stoque.
Les mots n’ont pas fini de souffrir.
La communication publique indigente et soporifique connaît,ces derniers temps,de tristes glissements.
Jusqu’alors elle avait encore le ressort de choisir des locutions maniables et leur imprimait de vicieuses tournures.Elle choisissait les intonations minaudantes ou faussement coléreuses pour exploiter les circonstances. Elle jouait ,avec malice, des silences pour égarer l’attention. Elle réglait le débit verbal pour bercer l’ouïe et distraire la raison.
Aujourd’hui elle ne s’encombre plus de précautions. Ivre de son succès elle ne perçoit plus le ravin qui sépare ses raisons de la raison.
Elle abandonne les plaidoiries aventureuses pour le bavardage péremptoire.
Elle confond,inconsciemment, l’éloquence avec les tirades épuisantes et les enchaînements emphatiques de mots insipides.
La parole ininterrompue est devenue sa loi.
Il faut parler sans arrêt pour prendre l’attention en otage et réduire les silences pour l’empêcher de se ressaisir.
Le bavardage doit occuper l’espace et le temps. Il doit se nourrir de la plus insignifiante fluctuation des mots,s’inventer des interpellations dans le moindre regard oblique comme dans le sourire forcé, s’adresser à des interlocuteurs absents…
Il faut parler pour ne pas écouter.
Pour ne pas écouter ceux dont l’existence est incorporée dans les désirs de leurs cerbères. Ceux qui prêtent l’oreille aux péroraisons humiliantes pour l’esprit humain. Ceux qui ne savent comment dépasser les agitations stériles.
Ceux qui, par les mots fallacieux,se laissent ferrer.
Ceux qui cèdent, encore,leurs enfants à Neree.
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