Grand prix national du roman Anep-Enag. Une équivoque identité

Grand prix national du roman Anep-Enag. Une équivoque identité

Par Abdellali Merdaci

 Avec ses immenses moyens, qui sont ceux de l’État français, puissance mondiale, la France littéraire mène de longue date le combat contre la littérature des Algériens écrite et éditée en Algérie et la barre au plan international. Faudrait-il que l’ancien colonisateur puisse bénéficier en Algérie-même, de complicités, conscientes ou inconscientes, pour compromettre et retarder l’autonomie d’un espace littéraire national ? Le nom d’un Grand prix national du roman attribué à Assia Djebar, longtemps écrivaine consacrée et cheffe de file à Paris d’une pseudo-littérature algérienne, périphérie de la France littéraire, participe-t-il de cette équivoque ?

Assia Djebar et la littérature « algérienne » assimilée française

En son temps, Assia Djebar était parmi les joueurs du champ littéraire germanopratin les plus réputés. Son adhésion au champ culturel national français lui a valu des récompenses de l’État français : chevalier de la Légion d’honneur, Commandeur des Arts et des Lettres et une ultime reconnaissance d’académicienne, en 2005. L’écrivaine se préoccupait davantage de glaner des galons français pour son entreprise littéraire personnelle. Il ne fallait pas, pour elle, que l’Algérie soit un obstacle à sa réussite littéraire et institutionnelle exclusivement française. Parmi ses thèses connues, étudiées dans les Universités européennes, qu’elle a défendues sous le sceau de la « littérature migrante », celle de la levée des frontières pour les écrivains : un écrivain n’est assigné ni à un territoire ni à une nationalité. Cette rupture radicale d’avec leurs racines était une promesse pour beaucoup d’écrivais expatriés, notamment des Algériens.

Examinons la thèse de Djebar, puisqu’il y a thèse et joueuse chevronnée. Elke Richter, une spécialiste allemande de son œuvre,  a étudié son concept d’« écriture migrante » en y fondant ses spécificités esthétiques. Elle atteste du bornage du concept : « Réduire le terme ‘‘écriture migrante’’ à la biographie de l’auteur, à ses origines et ses mouvements migratoires, veut aussi dire exclure, c’est-à-dire enfermer des auteurs et leurs textes dans une cage de la littérature mineure ; ‘‘écriture migrante’’ est souvent entendue de façon péjorative par rapport au canon d’une littérature nationale » (1). En vérité, la démarche d’écrivaine d’Assia Djebar, sa théorisation de la « littérature migrante », ne concerne pas spécialement l’Algérie et la littérature nationale algérienne, écrite et publiée en Algérie, qui n’est pas son lieu d’énonciation. Elle s’exprimait en France, dans la littérature française. Et ce débat sur la « migritude », elle le proposait au champ littéraire français.

L’analyste allemande désigne dans la singularité de la thèse de Djebar une dissymétrie topographique et historique : « Or, c’est justement le terme de littérature nationale qui est de plus en plus mis en question. L’appartenance nationale des auteurs ainsi que leur classement dans des littératures nationales devient de plus en plus difficile dans un monde qui se globalise et qui produit des identités transnationales, des auteurs et des textes ‘‘sans résidence fixe’’ » (2). Cette position d’Assia Djebar éclate le cadre historique et politique conventionnel d’identification des écrivains, qui n’est plus national. Il ne sera plus possible de dire que tel est un écrivain algérien ou tunisien, sénégalais ou ivoirien. Il n’y a plus d’assignation à un territoire et à une nationalité. Dans un monde globalisé et dans une littérature qui devrait l’être, il faudrait démonter le verrou national, notamment dans les littératures mineures dominées comme celle de l’Algérie. Plusieurs écrivains algériens ou français d’origine algérienne sauteront à pieds joints sur cette proposition de Djebar pour se protéger, à l’instar d’un Abdelkader Djemaï, originaire d’Oran, honteusement naturalisé Français, écrivant une exofiction célébrant l’abbé Lambert, maire fasciste d’Oran dans la période coloniale. Djemaï l’a répété, maintes fois : un écrivain n’a pas de frontières et de nationalité. Et, c’est devenu le credo de cent autres !

Comme eux et leur servant de modèle, Assia Djebar a choisi volontairement de faire sa vie hors de l’Algérie et de son espace littéraire national minoré. Ses thèses sur l’écrivain sans nationalité, sans frontières, ont permis l’essor d’écrivains algériens assimilés dans la littérature française, lorsqu’ils ne seront pas naturalisés français. C’est quoi un écrivain assimilé français ? C’est un écrivain d’Algérie ou d’ailleurs, qui contractuellement ou par volonté personnelle et délibérée, fait le choix de servir la France et sa littérature. Il n’y a pas d’ambigüités là-dessus. Il convient de donner des exemples récents des postures antinationales de ces écrivains :

– En 2019, la Norvège entreprend d’honorer à Lillehammer la France et la culture française. Les Algériens Boualem Sansal et Kamel Daoud (qui n’était pas encore français) ont représenté la littérature française dans un Festival qui lui était dédié. L’un et l’autre étaient, en cette circonstance, des harkis des Lettres, bataillant dans les cercles nordiques pour la littérature française et pour la France. Nos harkis d’antan ont porté le fusil pour la France pour tuer des Algériens, ceux qui leur auront succédé dans les Lettres, harkis de la plume, ont tué l’idée de littérature nationale en Algérie ; mais, Sansal et Daoud n’étaient pas (et, ils ne sont pas les seuls) dans cette forfaiture.

– Autre exemple d’assimilation française. Mohamed Mouleshoul, mieux connu sous le pseudonyme Yasmina Khadra, a été formé en Algérie dans la plus prestigieuse école du patriotisme, l’Armée nationale populaire (ANP), qui lui a attribué le grade d’officier supérieur, de commandant. Installé en France, écrivain pour caissières de supérettes, il en faut, il va courir les honneurs français (ainsi la Légion d’honneur et d’insignifiants prix littéraires de dixième catégorie dans une Foire du Vin), faisant régulièrement le procès aux académies des prix littéraires franco-français, qui lui font la nique, parce qu’il est un piètre rabouilleur.

Relevons une situation précise de soumission à l’État français et à ses relais diplomatiques, que M. Yasmina rapporte lui-même dans un ouvrage d’entretien (3). Invité en Arabie saoudite, son programme de rencontres et de conférences était coordonné par le consul général de France, à Djeddah, qui allait y caser, à l’insu des autorités du royaume, une discrète discussion privée avec des Saoudiennes. Le commandant de l’ANP est devenu à Paris (mais aussi à Djeddah ou ailleurs) un pur produit français, encadré par des « agents » français. James Joyce caricaturait Oscar Wilde et d’autres écrivains irlandais assimilés, soumis à Londres, en « bouffons ». Bouffons, Khadra et ses nombreux comparses ? Harkis des Lettres, sûrement.

Une trajectoire littéraire française

Sur le plan personnel, Assia Djebar a testé la validité de sa thèse et de son jeu dans le champ littéraire français. Sa biographie officielle, sur le site de l’Académie française, précise qu’elle a quittée définitivement l’Algérie en 1980. Ce qui est inexact : depuis son entrée en hypokhâgne, à Paris, à l’âge de dix-huit ans, en 1954, jusqu’à 1974, soit vingt années, elle a fait des séjours à Paris, Tunis, Rabat et Alger, à l’indépendance, qu’elle quitte pour Paris, au lendemain du « sursaut révolutionnaire » de Boumediene, en 1965, pour n’y retourner qu’en 1974, pour une résidence plus longue pendant laquelle s’affirme la cinéaste et documentariste. Loin de l’Algérie réelle, elle agissait doublement un décentrement de sa personne et de son œuvre, de la mobilité de son corps et de ses langues – par rapport à son pays originel plus que par rapport à la littérature nationale algérienne déhistorisée et reniée.

Ce désaveu de la littérature algérienne des Algériens, celle que devraient défendre Mme Derardja, directrice générale de l’ANEP, et M. Balhi, son conseiller littéraire, dans un Grand prix du roman explicitement national, a commencé assez tôt. Dans la conclusion de son texte sur « l’Écriture de l’expatriation » (4),  tricoté dans  son havre parisien, loin des bruits et des fureurs de la guerre islamiste des années 1990, elle pouvait prédire ce que sera la seule issue de l’écriture littéraire des Algériens : « […] pour cinquante ans encore, vouée à l’expatriation ; le plus vraisemblable avenir pour beaucoup sera d’écrire dans l’expatriation » (5). Assia Djebar a ainsi renoncé à la construction d’un espace littéraire national algérien autonome, libéré de l’emprise néocoloniale française. Elle n’y avait jamais cru.

Qu’en est-il, désormais, de son attente programmatique : l’écriture littéraire algérienne sera expatriée ou ne sera pas ?  Cette thèse ne s’est pas vérifiée et la parenthèse guerrière islamiste en Algérie, qui l’a suscitée, est bel et bien fermée grâce aux sacrifices de l’Armée nationale populaire (ANP) : ce ne sont pas des voyous de Londres et Genève qui vont la rouvrir. Mais, comment des institutions de l’État algérien peuvent-elles placer des Algériennes et des Algériens, qui écrivent et publient leurs œuvres dans leur pays, l’Algérie, qui sont l’avenir de sa littérature nationale et, peut-être, demain, les garants de son espace littéraire autonome, sous le sceau de la théoricienne de l’abandon des valeurs de l’appartenance littéraire nationale ?

Derrière le positionnement critique et théorique de l’écrivaine, il y a, à défaut d’une inculture littéraire, une négation de la littérature de l’Algérie indépendante, de la littérature qui se fait à Alger, capitale d’un État libre et souverain. Dans un bilan daté de 1995 (6), Assia Djebar résumait la « littérature algérienne » à « Tertullien, Augustin, Abdelkader, Camus, Kateb, Dib, Mammeri, Feraoun ». Aucun nom d’auteur référé à la littérature nationale, de 1962 à 1995. Elle ne la connaissait pas. Elle efface hardiment Rachid Boudjedra d’une synthèse littéraire algérienne de la postindépendance, édité comme elle en France, son contemporain. Mais cette définition de la « littérature algérienne » entre latinité, francité coloniale et arabo-berbérité, n’est pas très originale. Elle était déjà exposée dans les années 1930-1940, par Gabriel Audisio, écrivain et haut fonctionnaire du gouvernement colonial. C’est à croire que, pour Assia Djebar, rien n’avait changé depuis la fin de la colonisation…

Ce passéisme littéraire doctrinal ne la préparait-il pas à convoiter une position distinctive dans le champ littéraire français ? Sa candidature, puis son élection en 2005, à l’Académie française, un démembrement de l’Institut de France, un pilier de l’État français, ne témoignait-elle pas d’une intégration accomplie dans les Lettres françaises ? Dans cette compétition littéraire française, régie par les lois de l’État français, aussi vieilles que le cardinal Richelieu (1585-1642) qui les a pensées, avait-elle vraiment « l’Algérie dans sa peau », selon l’expression  aventureuse de Mme Derardja (7) ? Une des procédures de confirmation de l’entrée à l’Académie française était l’audience officielle accordée par le président de la République française, protecteur de l’institution, qui confirmait l’élection de l’académicien(ne) par ses pairs. C’est à ce titre que le président Jacques Chirac recevait, en 2005, Assia Djebar dans son bureau à l’Élysée, et adoubait l’académicienne. Victoire personnelle d’une écrivaine assimilée par la littérature française et par la France littéraire, de longue date engagée dans les compétitions de légitimité du champ littéraire français, ou victoire de l’Algérie et de sa République algérienne démocratique et populaire sous le sceau et sous le drapeau de l’État français ? Il est aberrant de croire que l’État algérien et son gouvernement, en particulier, et les Algériens, en général, puissent engager et encourager leurs concitoyens dans des carrières et des compétitions littéraires françaises. La culture et la littérature ne sont-elles pas, partout dans le monde, des éléments de la souveraineté nationale ?

Grand prix national du roman et honneur national

Je me suis prononcé, il y a cinq ans déjà, sur l’attribution du nom d’Assia Djebar à un prix littéraire national algérien (8). Assia Djebar, soutien de premier plan de la « littérature algérienne » périphérique de Paris, a été une écrivaine, en toute conviction personnelle, assimilée à la France, à sa littérature et à ses institutions littéraires. En quoi, cette gloire littéraire française d’Assia Djebar devrait-elle être celle de l’Algérie et rappelée constamment par un prix littéraire national, le seul, actuellement, qui a une chance de perdurer ? Comment les directions de l’ANEP et de l’ENAG, hier et aujourd’hui, peuvent-elles honorer une écrivaine, qui ignorait et méprisait la littérature nationale qui se faisait en Algérie, et en faire  son symbole vivant ? Qu’a donc fait Assia Djebar pour l’Algérie, sinon montrer à ses écrivains ou futurs écrivains cette migration sans complexe vers le Nord, toute frémissante du désir de la France. N’a-t-elle pas misé sur une littérature expatriée ?

La dénomination de ce prix du roman national comme un hommage à l’écrivaine et universitaire qui allait théoriser l’éclatement des littératures mineures, notamment celle d’Algérie, au profit de la France littéraire, a-t-il été sereinement discuté par les organisateurs historiques du prix ? N’y avait-il pas d’autres options en dehors de l’alibi d’un féminisme étriqué ? Dans cette affaire, il y a beaucoup d’ignorance, qui peut être excusée pour les organisateurs actuels ou passés de ce Grand prix national du roman, mais pas pour Mohamed Balhi, sa cheville ouvrière depuis sa création, journaliste, écrivain, éditeur, au vécu politico-culturel suffisamment enraciné dans l’histoire de l’Algérie de la postindépendance et de la décolonisation. Mme Derardja, directrice générale de l’ANEP a sans doute la compétence reconnue pour distribuer la publicité de l’État aux journaux, mais elle n’est pas qualifiée pour prendre des engagements sur la littérature nationale. Et c’est aussi le cas de M. Bouslimani, ministre de la Communication, et de Mme Mouloudji, ministre de la Culture. Cependant, l’État n’a jamais requis de ses gouvernants, de ses ministres de connaître l’histoire et la littérature de leur pays. Ils ont certainement d’autres savoir-faire…

Lorsqu’Assia Djebar, de l’Académie français de, a écrit, elle ne l’a jamais fait « avec l’Algérie dans la peau » et dans une perspective anticoloniale, comme l’affirme Mme Derardja. Ses écrits et son élection à l’Académie française la situent davantage dans le bilan de la France littéraire que dans celui des Lettres algériennes, qu’elle n’a pas aidées à se libérer de l’emprise néocoloniale française et à grandir. Il est admis que la directrice générale de l’ANEP et le directeur général de l’ENAG, organisateurs du prix, Mme la ministre Mouloudji et M. le ministre Bouslimani, qui le parrainent, sont des agents de l’État, porteurs d’une parole d’autorité. En 2022, année du soixantième anniversaire de l’Indépendance algérienne, ne devraient-ils pas célébrer nos martyrs des Lettres, les poètes Abdelkrim Aggoune et Rabia Bouchama, les dramaturges Ahmed-Rédha Houhou et Tewfik Khaznadar, tués par l’armée coloniale française ? Non, rien n’a été prévu pour eux, alors que se perpétue l’hommage immérité de la Nation à Assia Djebar qu’ils ont cautionné. Cependant, les logiques politiques de l’État ne sont pas toujours compréhensibles.

Ahmed Zabana, premier guillotiné de la Guerre anticoloniale, dont « La Lettre d’Adieu » devrait être lue dans toutes les écoles d’Algérie, les Martyrs et les Combattants de la Guerre d’Indépendance, se sont-ils sacrifiés pour que des Algériens, dans la l’oubli de la Nation indépendante, à l’exemple d’Assia Djebar, nombreux dans les domaines des Arts et des Lettres, recherchent contre elle des destinées françaises ? Bien entendu, ils sont libres, ils ont toujours été libres, de le faire, de naturaliser leur littérature dans la littérature française (et, souvent, de se naturaliser personnellement). Mais comment à l’ANEP et à l’ENAG, entreprises publiques nationales, défendre Assia Djebar et ses continuateurs au nom de l’État algérien ? Assia Djebar a fait le choix en toute lucidité d’une vie et d’une carrière littéraire françaises, éloignées de l’Algérie et des Algériens. Maintenir un prix littéraire à son nom est un  reniement et un déshonneur.

Notes

  1. Elke Richter, « ‘‘L’écriture s’envolera par le patio’’ – Écriture et femmes maghrébines en mouvement », dans Anna Proto et Paola Ranzini, « Paroles d’écrivains : écritures de la migration », Paris, L’Harmattan, 2014.
  2. Id. Elke Richter cite le critique allemand Ottmar Ette (« Zwischen Welten Schreiben. Litteraturen ohne festen Wohnsitz », Berlin, Kulturverlag Kadmos, 2005), évoquant « l’écrivain sans résidence fixe », saisi dans une sorte d’exterritorialité. Évidemment, cette exterritorialité ne sera jamais celle des écrivains des États-Unis, de Russie, d’Angleterre, de Russie, du Japon, de Chine, de France et des littératures nationales autonomes dans le monde. Elle est réservée aux seules nations littéraires mineures..
  3. Yasmina Khadra. « Le Baiser et la morsure ». Entretien avec Catherine Lalanne, Alger, Casbah Éditions, 2021.
  4. Assia Djebar, « La littérature expatriée » dans « Ces voix qui m’assiègent », Paris, Albin Michel, 1999.
  5. Id.
  6. Id.
  7. Cf. O.H., « 6e édition du Grand prix Assia Djebar du roman. Les trois lauréats distingués », « L’Expression », 2 juillet 2022.
  8. Abdellali Merdaci, « Prix Assia Djebar. Questions sur une consécration littéraire », « mohamedbouhamidi overblog », 5 février 2017.

POST-SCRIPTUM

FARAH, NORMALISATEUR ? Maâmar Farah est un grand journaliste, qui porte à lui seul, l’histoire de la presse nationale de l’Algérie indépendante. Et, aussi, dans ses chroniques du jeudi du « Soir d’Algérie », un écrivain à la langue sublime. Récemment, il a publié dans son « Billet (pas) doux » de brèves rétrospectives sur nos soixante années d’indépendance qui valent mieux que des traités d’histoire, de science politique, d’économie et de sociologie que l’Université algérienne n’a pas su écrire. Il a été, ces derniers jours, dans une posture de « normalisateur » incompréhensible pour le dernier témoin, avec le professeur Mohamed Mebroukine, du « Boumedienisme », moment essentiel de la construction de l’État moderne algérien. Il a ainsi écrit : « S’il y a une paix durable et juste entre Israéliens et Palestiniens, je ne vois pas pourquoi je me priverais d’un voyage à Haïfa » (« LSA », 12 juillet 2022). Farah n’a donc rien compris à la doctrine sioniste et à ses nuisibles chartes ? La « paix juste et durable » espérée passera nécessairement par le « pacte d’Abraham » sous contrôle américain. L’Algérie s’y prêtera-t-elle ?

Juif, Américain d’origine française, Georges Steiner (1929-2020), historien et critique littéraire, était radicalement antisioniste : il ne croyait pas à l’État d’Israël, estimant que « le véritable Israël est partout dans le monde ou le juif lit et médite la Torah » (« De la Bible à Kafka », Paris, Fayard, 2002). Le Juif de Steiner reste inséparable de l’exil. Il ne l’est plus depuis 1948 : à Haïfa, Tel Aviv et Jérusalem, l’État d’Israël s’est fixé sur les terres des Palestiniens qu’il a dépossédés, qu’il continue à déposséder, en vertu de la loi sioniste.

La chute du billet de l’écrivain-journaliste ne passe pas : « J’ai toujours refusé d’être plus royaliste que le roi ! » (en l’espèce le Palestinien). « Et même d’être royaliste tout court ». In fine, d’être Palestinien. « Normalisateur » annoncé, Maâmar Farah rejoint, en la circonstance, le plus vil Boualem Sansal et « l’indifférent » Kamel Daoud auxquels le lobby sioniste du champ littéraire germanopratin a forgé des carrières littéraires françaises. Mais qu’attend l’Algérien Farah ? Le sionisme n’est pas amendable. La « paix durable et juste » si elle advenait, n’irait-il pas plutôt à Ghaza, saluer ces Palestiniens qui ont porté dans leur malheur le drapeau des Algériens, le drapeau de tous les espoirs ?

 

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