L’Algérie et le défi du redéploiement aérien et maritime en Afrique

L'Algérie et le défi du redéploiement aérien et maritime en Afrique

Lors de sa dernière entrevue avec la presse nationale, le président Tebboune s’était interrogé sur l’absence de dessertes aériennes reliant l’Algérie, à deux grands pays africains, alliés de l’Algérie à savoir le Nigeria et l’Afrique du Sud. Trois pays liés au mécanisme du NEPAD, lancé au début du millénaire.

Le président Tebboune est conscient de l’importance des liaisons aériennes desservant les pays hautement stratégique pour le redéploiement de l’Algérie, comme Etat-pivot dans le continent. Et dans ce cadre que l’inauguration d’une ligne aérienne entre Alger et Addis Abeba, capitale de l’Union Africaine et de l’Ethiopie, est plus qu’importante pour la relance du partenariat économique avec l’un des plus importants pays africains, situé dans une zone fort stratégique et détenteur de bons résultats en matière de croissance économique. Un partenariat réaffirmé par la présidente éthiopienne, Mme Sahle-Work Zewde, à l’occasion de sa visite à Alger, le mois dernier pour assister aux festivités de la célébration du 60ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Pour la présidente éthiopienne, l’ouverture d’une ligne aérienne entre Alger et Addis Abeba constituait « un grand pas » vers la réalisation des aspirations communes de l’Algérie et de l’Ethiopie, qui n’ont pas encore atteint le niveau escompté.

Redéploiement maritime

Outre les dossiers de l’adhésion de l’Algérie à l’ensemble du BRICS, la concrétisation du gazoduc TSGP, reliant le Nigeria à l’Europe, via l’Algérie, la diplomatie économique et stratégique à la fois, initiée parle président Tebboune s’intéresse à un redéploiement maritime reliant l’Algérie avec certains pays africains comme la Mauritanie et le Sénégal.

L’Algérie voit d’un mauvais l’œil l’installation de l’entité sioniste près de ses frontières, autorisée et cautionnée par le régime du Makhzen à installer des bases militaires, dont une au niveau de la ville sahraouie occupée de Dakhla. Il y a quelques semaines l’Algérie établissait une liaison maritime avec la Mauritanie, l’Algérie et la Mauritanie ayant décidé de construire une ligne maritime pour faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays. Cette liaison maritime, coïncidera avec la réalisation de la route reliant Tindouf à Zouirette en Mauritanie.  « Bien que l’Algérie ait des frontières communes avec la Mauritanie, 20% des produits fabriqués en Algérie sont importés vers le pays voisin via le sol d’autres pays africains » notaient des experts.

La dernière visite du président mauritanien en Algérie, effectuée du 27 au 29 décembre a permis la  signature d’un important accord entre les deux pays dans le domaine des transports, portant sur la construction d’un réseau routier de 775 km, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné au ministre des Transports de faciliter le projet de construction d’une ligne maritime entre les deux pays.

Ce qui était surprenant, c’était que les importations de produits algériens en Mauritanie, notamment « les matériaux de construction, les produits alimentaires, les matériaux d’emballage, passaient parfois par certains ports de l’autre côté de la Méditerranée et pouvaient mettre plusieurs mois (au lieu de quelques jours) pour arriver à Nouakchott ». Or « l’ouverture de cette ligne a donné un coup de fouet à la coopération économique et au commerce entre les deux pays voisins ». L’ouverture de cette ligne maritime présentait un autre avantage important pour les deux pays voisins : elle relie le marché des pays d’Afrique de l’Ouest à celui des pays du Maghreb, étant donné que la Mauritanie a une frontière avec le Sénégal.

Une liaison maritime régulière entre l’Algérie et le Sénégal a été ouverte dimanche 31 juillet 2022. Cette nouvelle desserte maritime constitue le prolongement de ligne Alger-Nouakchott lancée fin février, laquelle constituait un positionnement stratégique de l’Algérie pour s’introduire sur le marché ouest-africain, vu la proximité du Sénégal et de la Mauritanie.

Pour atteindre les côtes sénégalaises, les navires maritimes algériens débarqueront du port de Djen Djen vers la capitale Alger, et marqueront une escale à Nouakchott avant de mettre le cap sur Dakar. Sur ce registre, il convient de souligner que la capacité d’anticipation initiée par le président Tebboune, atténuera la gourmandise de l’entité sioniste, qui compte sur son allié marocain pour s’implanter en Afrique.

Car pour une Algérie qui partage des frontières terrestre avec la Mauritanie une liaison maritime allant vers le Sénégal relèverait moins d’une nécessité que d’un plan intelligemment concocté et en rapport avec le bousculement géostratégique que connaît le Maghreb. Une liaison maritime inter-africaine pour faire face aux puissances qui tendent sous prétexte de contrer Chine et Russie à morceler l’Afrique.