ONU 1947 : Il y a 75 ans, le Plan de partage de la Palestine – 2ème partie

Par Mohamed Taleb 

La Deuxième Guerre mondiale

La Deuxième Guerre Mondiale est la continuation de la Première Guerre mondiale. Les germes de ce nouveau conflit étaient contenus dans le Traité de Versailles du 28 juin 1919. La crise économique de 1929, la montée des fascismes en Espagne, Italie, Allemagne, Japon et la faiblesse de la Société des Nations y ont contribué également.

La montée du nazisme en Allemagne s’est faite grâce à l’appui du capital industriel allemand, les groupes Thyssen, Krupp, IG-Farben etc., de l’industrie française avec le groupe Renault, de l’industrie américaine avec les groupes General-Motors, Ford, Standard-Oil de Rockfeller.
Les banques juives Kuhn, Loeb & Co. et Warburg Bank  ont financé également Hitler de même que la société Dulles et la banque Schröder.

Hitler affiche ses intentions assez tôt : Mettre fins aux réparations de la 1ère guerre mondiale (fin au Traité de Versailles), conquête de nouveaux territoires pour l’espace vital (le « Lebensraum » pour un peuple puissant), création d’un 3ème Reich pour des populations germanophones, suprématie de la race aryenne et élimination de la race juive.

Henry Ford,
décoré en 1938 par Karl Kapp (à dr.), ambassadeur allemand à Cleveland.

Hitler voulait entrer en guerre déjà en 1938 mais les puissances européennes, Angleterre et France,  ont répondu par l’affirmative pratiquement à toutes ses exigences (Accord de Munich de septembre 1938). En mars 1938 c’est l’annexion de l’Autriche et le 1er septembre 1939 il envahit la Pologne. C’est la guerre en Europe!

Les Etats-Unis annoncent le 8 décembre 1941, par la voie de Franklin Roosevelt, leur entrée en guerre contre le japon, après l’attaque japonaise, le 7 décembre, de Pearl Harbour à Hawaii. Le 11 décembre suivant, les forces de l’Axe (Allemagne, Italie, Japon) déclarent la guerre aux Etats-Unis. L’URSS entre en guerre le 22 juin 1941, à la suite de l’invasion allemande de l’Union soviétique.

Le projet nazi de l’élimination de la race juive est mis au point déjà à partir de 1941 selon l’Israélien Uri Avneri, écrivain, journaliste et homme de paix (sur la photo avec Yasser Arafat), « …à l’époque, en novembre 1941 l’extermination par les « Einsatzkommandos » (groupes d’in­tervention) battait déjà son plein… ».

Le règlement de la question juive avait commencé le 31 juillet 1941 lorsque Göring avait chargé le haut commandant SS, Reinhard Heydrich[1], d’établir un projet global concernant l’organisation, les coûts et l’exécution de la « solution finale ».

Le 20 janvier 1942, le haut commandant SS, Reinhard Heydrich, invite dans la villa «Am Großen Wannsee» à Berlin, les dirigeants SS à une collation de travail (voir extrait protocole 1ère page ci-joint), au courant de laquelle fût débattue et arrê­tée par un protocole, de la « solution finale de la question juive ».

Il faut rappeler que  la question juive a été déjà analysée dans le pamphlet Mein Kampf d’Hitler, un texte commencé en 1924 lors de son incarcération dans la prison de Landsberg en Bavière, où Hitler expose sa doctrine sur la race juive et ses intentions de nettoyer le monde de la « souillure » juive.

En octobre 2015, l’ancien premier ministre israélien, l’extrémiste de droite, Benyamin Netanyahou, avait accusé le Grand Mufti de Jérusalem,  Hadj Amin El Husseini, pendant la Seconde Guerre mondiale, d’avoir donné à Adolf Hitler l’idée de la « Endlösung », la « solution finale », pour les juifs d’Europe, et qu’il en serait l’architecte,  lors de leur rencontre en 1941.

Uri Avneri avait affirmé que Hadj Amin Al Husseini ne jouissait pas d’une grande audience chez les nazis.

[1] – Voir Link: Wannseekonferenz – Wikipedia

Gilbert Achcar[1] nous révèle que lors d’une rencontre entre Hadj Amin et Himmler en 1943, ce dernier lui faisait part de l’extermi­nation déjà avenue de plus de trois millions de Juifs. Hadj Amin a répondu à Himmler qu’il n’était pas au courant de ces faits et a précisé que son but essentiel était celui de renvoyer les Juifs dans leurs pays d’origine.

Hadj Amin El-Husseini a fait le choix, légitime, de lutter contre l’impérialisme britannique, le choix légitime également de lutter contre le colonialisme sioniste, mais le choix de collaborer avec le régime nazi pour parvenir à l’indépendance des Arabes, en l’occur­rence de Palestiniens, fut une erreur fondamentale et historique, un choix qui fut l’objet de la condamnation la plus totale des Palesti­niens et des Arabes.

Mais l’Holocauste a eu lieu et a été un crime contre l’humanité.

Il a été un crime contre l’humanité comme l’ont été les crimes perpétrés contre les peuples indiens d’Amérique latine et d’Amé­rique du Nord, contre les peuples à la peau noire, brune, jaune et rouge ; comme l’ont été les crimes du colonialisme et de l’impéria­lisme en Afrique, en Asie,  comme l’ont été les « enfumades » et les « enmmurades » des tribus Sbéha et du Dahra en Algérie, dans les années 1844/1845, exécutées par le colonialisme français, comme l’ont été également les massacres d’Hindous par l’impéria­lisme britannique.

La rhétorique sioniste et l’Etat d’Israël ont cependant élevé au rang de religion l’idéologie de l’Holocauste, en l’extrapolant de sa dimension historique et en lui signifiant la primauté de son unicité et de sa singularité. La souffrance juive devient ainsi un fait Unique permettant aux sionistes contemporains d’exiger d’autrui l’adhésion aux « impératifs défensifs et expansionnistes » de l’Etat d’Israël et un alibi pour ses revendications morales envers l’Allemagne en par­ticulier et envers le monde en général.

La rhétorique sioniste et l’État d’Israël ont cependant élevé au rang de religion l’idéologie de l’Holocauste, en l’extrapolant de sa dimension historique et en lui signifiant la primauté de son unicité et de sa singularité. La souffrance juive devient ainsi un fait Unique permettant aux sionistes contemporains d’exiger d’autrui l’adhésion aux « impératifs défensifs et expansionnistes » de l’État d’Israël et un alibi pour ses revendications morales envers l’Allemagne en par­ticulier et envers le monde en général. L’Allemagne, dont les géné­rations actuelles sont culpabilisées à tort à travers pour les crimes commis par leurs grands-parents, reste emprisonnée pour l’éternité dans la mémoire de l’Holocauste.

Cependant cet Holocauste a pu être mené à terme grâce aussi à la stratégie adoptée par les puissances occidentales, USA et Grande-Bretagne surtout,  en prolongeant le conflit dans le but d’affaiblir le plus possible l’Union soviétique qui a dû supporter l’effort de guerre de manière probante en payant un lourd tribut avec ses 27 millions de morts.

La Conférence de Biltmore (New York) – 1942

En mai 1942, se tient à l’hôtel Biltmore de New York un congrès international juif, au cours duquel la frange révisionniste réussit à imposer sa vision sur le futur du « Foyer national juif » face à la composante sioniste « modérée ». Pour les révisionnistes, il s’agit, en cette période d’oppressions nazies, de l’établissement immédiat d’un Etat juif en Palestine, duquel dépendrait la survie du peuple juif. En ce même temps se produit un changement de paradigme pour les sionistes. Fort conscients du déclin grandissant de l’Empire britannique et de sa perte d’influence, Ils optent pour les Etats-Unis pour la réalisation de leur projet colonial.

Une nouvelle vague de terrorisme, dirigée contre les britanniques, mais qui vise en réalité de manière continue les Palestiniens et sert à aplanir la voie vers un plan de partage en contraignant les Britanniques à remettre le dossier Pales­tine entre les mains de l’ONU. Le plan de partage proposé par le Plan Peel en 1939, l’imminent départ des Britanniques, en fin de course en vertu de leur perte d’intérêt en Palestine suite aux événements en Inde, sont des éléments dont sont conscients les sionistes et qui les poussent à accentuer la virulence terroriste en vue d’une envisa­geable solution onusienne à deux États.

Cette vague d’actes terroristes, dont le plus grave est l’attaque à la bombe à l’hôtel King David, le 22 juillet 1946, qui fit de très nombreuses victimes (plus de 100 morts), sera poursuivie jusqu’à la décision de l’ONU de 1947 de partager la Palestine entre Arabes et Juifs.
Le travail de coulisses, dans un climat de guerre froide, effectué par les sionistes au niveau de l’administration américaine sous Truman, qui cherche à supplan­ter les britanniques en Palestine, la sympathie des Soviétiques pour les sionistes prétendument à tendance socialiste ou pour le moins avec ascendance socialiste sont les éléments externes qui concourent à cette accélération sioniste.

Par Mohamed Taleb 

Auteur de : Palestine, le plus grand hold-up du XX siècle – Éditions Apic 2019

[1] -Voir ouvrage:  Gilbert Achcar, Die Araber und der Holocaust  (Les Arabes et la Shoah)  –  Edition Nautilus, p. 147.