ONU 1947 : Il y a 75 ans, le Plan de partage de la Palestine – 3ème partie et fin

ONU 1947 : Il y a 75 ans, le Plan de partage de la Palestine - 3ème partie et fin

Par Mohamed Taleb

La préparation de l’expulsion des Palestiniens

L’idée de l’expulsion, fondement du sionisme, des populations arabes de leur terre n’est pas nouvelle. Elle existait déjà du temps de Théodore Herzl et d’Israël Zangwill et fut colportée par Rothschild, Weizmann,  Ben Gourion et bien d’autres encore.

Rona Sela[1] écrivait le 20mai 2011 dans le journal Haaretz : « … Dans les années 1940, la Haganah (armée sioniste)  a collecté des informations et des renseignements très précis sur des centaines de villages arabes et les a photographiés, dans de nombreux cas, sur le terrain même, mais également par avion….».
Les jeunes recrues de la Haganah  qui ont participé à cette opération ont constitué une base de données d’informations géographiques, topographiques avec une description détaillée des routes, des quartiers, des maisons, des bâtiments publics, des points d’eau et des personnalités majeurs dans les villages.

(ci-joint : le journal Haaretz avec en titre : « il a fallu un village »

Les organisations militaires et terroristes de la Haganah, de l’Irgoun et du Lehi (Stern) préparaient dès 1937 un plan pour la mise en œuvre, au moment opportun, du « transfert » (expulsion) des populations palestiniennes. Le Plan Daleth, une combinaison entre le Plan Avnir qui remonte à 1937 et d’autres plans élaborés dans les officines de la  Hagana et de l’Agence Juive, est établi en mars 1948 et sera manifestement mis en application immédiatement après la recommandation (il s’agit bien de recommandation) de partage de l’ONU du 29 novembre 1947.

 

La mise en scène sioniste « Exodus »

En Juillet 1947, pendant que la commission UNSCOP enquête en Palestine et discute de son avenir, un rafiot américain du nom du Président Warfield, devenu anglais et rebaptisé Exodus, a été acheté et affrété du port de Sète (France) à destination de la Palestine par la Haganah pour le transport illégal de 4500 personnes juives rescapées de la Shoah.
Les Britanniques maintiennent à ce jour l’interdiction de l’émigration juive vers la Palestine, conformément aux directives du Livre Blanc de 1939, et n’ont nullement l’intention de changer d’avis en cette fin de course. Le nom « Exodus » choisi pour le navire par les sionistes est lourd de significations qui renvoient à l’idéologie de l’exil et du retour des sionistes.
L’entreprise de la Haganah est une mise en scène spectaculaire prétendant au consensus de l’opinion publique internationale mais principalement orienté vers la conquête des voix nécessaires pour faire passer la résolution de partage dans l’enceinte de l’ONU. Instrumentalisant la tragédie de l’Holocauste, une opération savamment orchestrée via les communiqués de presse diffusés dans le monde par les autorités sionistes de Palestine et dirigée par Ben Gourion en personne, déjà Ministre de la Défense avant la création de l’Etat d’Israël. Les autorités anglaises ont contacté plusieurs pays pour la prise en charge des passagers du navire mais les sionistes ont tout fait pour entraver de telles initiatives. Il fallait à tout prix que ces passagers débarquent en Palestine pour soi-disant «être en sécurité ». La guerre est pourtant finie depuis deux ans, et personne ne viendrait à l’idée de poursuivre un Juif après l’expérience de l’Holocauste. Les passagers auraient pu être accueillis dans plusieurs autres pays.

Le navire est intercepté par les forces britanniques au large des côtes palestiniennes et ramené de force avec les 4500 personnes à bord vers la France et finalement vers l’Allemagne. Le but escompté de cette entreprise a certainement été atteint. L’empathie suscitée par ces victimes rescapées auprès de la communauté internationale de l’époque a largement contribué au vote de la résolution 181 par l’Assemblée Générale de l’ONU.  Le 1er septembre 1947, la résolution est votée au moment même où les réfugiés sont reconduits en Allemagne. L’Exodus ne fait plus parler de lui et les réfugiés non plus. L’objectif sioniste a été atteint.

La fin du mandat britannique

Arès les multiples échecs dans ses tentatives de ramener le calme et la stabilité en Palestine, dans l’incapacité totale de négocier les visions opposées des Palestiniens et des Juifs et contenir le virulent terrorisme sioniste, le gouvernement britannique remet, en février 1947, le dossier palestinien entre les mains de l’Organisation des Nations Unie (O.N.U.) et déclare son intention de déposer le mandat.
La Grande Bretagne est par ailleurs en proie à des problèmes politiques majeurs en Inde et confrontée à l’ascension des revendications indépendantistes sous le Mahatma Gandhi (qui durent depuis 1920). Gandhi entame à partir de 1942 un mouvement de désobéissance civile « Quit India » (Quitter l’Inde) pour contraindre les Britanniques à quitter l’Inde. Si l’Inde accédait à son indépendance et la que « Route des Indes » venait à disparaitre, il est évident que la Palestine perd de son importance stratégique pour les Britanniques.

Ces derniers se sont penchés en 1943 sur un nouveau plan de partage de la Palestine, attribuant – encore et toujours – au futur État juif le meilleur des terres cultivables. Ce plan ne sera pas appliqué, en raison des contraintes de la guerre. Bien au contraire, à partir de 1946 et l’intensification de l’agressivité terroriste extrémiste sioniste de l’Haganah, Irgoun et Stern (Lehi), la Grande Bretagne, soucieuse de ne pas froisser les autres nations arabes, en raison de son intérêt pour leur pétrole, déclare son hostilité à l’égard des sionistes, plus que jamais aguerris pour l’occupation totale de la Palestine. Mais le pragmatisme sioniste est majoritaire au sein de sa mouvance et se penche de plus en plus vers l’idée du partage, une idée qui circule déjà dans les couloirs de l’ONU.

La Grande-Bretagne soumet donc en février 1947 le dossier palestinien à l’ONU et demande la création d’une commission afin de débattre sur le futur de la Palestine, en proie à des violences. La motion arabe optant pour la fin du mandat britannique et pour l’indépendance de la Palestine n’a même pas pu être inscrite à l’ordre du jour de ces débats.

Une organisation spéciale, l’UNSCOP (United Nations Special Comittee On Palestine – Commission Spéciale des Nations Unies pour la Palestine), est désignée le 15 mai 1947, pour enquêter sur la Palestine et délimiter des propositions de solution au problème palestinien. Deux options sont délimitées par la commission en août 1947. Une première solution, le partage de la Palestine en deux Etats indépendants : l’un juif, l’autre palestinien, et le placement de la ville de Jérusalem sous autorité internationale. La deuxième solution, un Etat fédéral composé d’un Etat juif et d’un Etat palestinien dans le cadre d’une union économique, avec Jérusalem et les Lieux Saints sous contrôle international. Pour les Palestiniens les deux solutions représentaient  une perte.

Le vote de l’Assemblée générale de l’ONU

Après avoir opté pour la première solution, la commission UNSCOP soumet sa proposition au vote de l’Assemblée générale qui décide d’adopter le texte de résolution  – Résolution 181-  le 28 novembre 1947 avec une large majorité, trente-trois voix en faveur du partage, treize voix contre et dix abstentions.

Une énorme pression a été effectuée par les sionistes Ben Gou­rion et Weizmann ainsi que par les Etats-Unis et le lobby juif sur plusieurs pays, récalcitrants, ou tout simplement contraires au principe du partage. L’épisode de l’Exodus a joué un rôle fondamental dans la fabrication du consensus international et au sein de l’UNSCOP qui doit composer avec la pression de l’opi­nion publique, acquise aux médias internationaux sous contrôle sio­niste. Enveloppes et cadeaux divers offerts aux délégations des pays réfractaires ont suffi à faire changer leur position et à pouvoir atteindre la majorité requise des deux tiers pour l’adoption du texte de la Résolution.

                     

Situation avant 1947       Plan de partage de 1947
Zones juives – 8,8% de la Palestine historique selon le Dr. Khaled  Al- KhalidiTerres attribuées aux Juifs                             56% de la Palestine historique                                     (Jérusalem et Lieux Saints non compris)
Voir link: Palestine. Le nom et l’ancienne Palestine, histoire moderne, la Première Guerre mondiale (boowiki.info)

 

Population arabePopulation juiveSuperficie km²Pourcentage
État juif407.000458.00015.68056%
État palestinien725.00010.00011.76042%
Jérusalem – Zone internationale105.000100.0005602%
Total1.237.000568.00028.000100

Le vote le plus inattendu et le plus spectaculaire a été celui de l’URSS même si l’on pouvait deviner l’intérêt soviétique à pouvoir disposer, après le retrait britannique, d’un « pied-à-terre » au Proche-Orient,  l’État  d’Israël, de surcroit  doté d’une filiation socialiste.

La France, représentée par son Premier ministre Léon Blum, juif  socialiste, pro-sioniste et proche de Chaim Weizmann (premier président du futur État d’Israël), est initialement  indécise pour le vote mais finit par voter en faveur des sionistes et pour le partage. Léon Blum[2] s’est fait auparavant un défenseur acharné des passagers de l’Exodus.

La Résolution 181 de l’Assemblée générale demeure cependant une recommandation soumise aux parties concernées pour l’appli­cation du plan de partage. Le plan, n’ayant été accepté que par les sionistes, ne peut avoir force de loi. L’application d’un accord quel­conque se prévaut logiquement de son acceptation préalable par toutes les parties concernées. L’Assemblée Générale n’avait aucun pouvoir en la matière. Le Conseil de Sécurité, selon Jeremy R. Hammond[3], n’a pu tran­cher sur la mise en application du plan de partage, car dépourvu de tout pouvoir. Ceci permet d’affirmer que la Résolution 181 des Na­tions Unies ne constitue aucune autorité légale pour le fondement juridique du futur Etat d’Israël et aucun droit à l’expropriation des terres palestiniennes par les Juifs, comme le soulignent, bis repetita placent, la rhétorique sioniste et la propagande occidentale, affir­mant que ce sont les Nations Unies qui leur ont octroyé le droit de créer un Etat. Le Comité arabe, sous la direction du juriste palestinien Henry Cattan, a rejeté le vote de l’Assemblée générale portant sur la parti­tion et dénonce la validité de la résolution 181 ainsi que la légitimité du pouvoir de décision de l’Assemblée Générale validant le partage, en violation de la Charte des Nations Unies et du principe de l’autodétermination du peuple de Palestine.

 

Affrontements après le vote et Déclaration unilatérale d’indépendance de Ben Gourion

Les affrontements entre Palestiniens et Juifs commencent le lendemain du vote de

l’ONU et se poursuivent jusqu’à la fin du mandat britannique, le 14 mai 1948. Le 15 mai, Ben Gourion lit la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël. Une déclaration d’indépendance sans exercice de la souveraineté[4] sur un territoire sur lequel pouvoir exercer le droit à l’autodétermination.

La violence redouble d’intensité. Le village de Deir Yacine fut l’objet, le 9 avril 1948, d’une véritable extermination de sa population. Le massacre, qui a fait plus de 200 victimes entres personnes de tout âge, devait donner l’exemple en matière de terreur, de manière à contraindre la population d’autres régions et d’autres villes à abandonner leurs terres et leurs maisons.

La Guerre israélo-arabe de 1948

La résistance palestinienne a été décimée par la répression féroce des forces armées britanniques soutenues par la Haganah pendant l’insurrection de 1936-1939.

Les Etats arabes frontaliers, l’Égypte, la Transjordanie, l’Irak, etc., intervenus dans le conflit et prêts « à jeter les Juifs à la mer », ne vont pas au-delà de la rhétorique nationaliste. Ils sont aussi mal préparés que les Palestiniens à une guerre contre un ennemi qui vante sa faiblesse et son Etat victimaire, mais en réalité est très aguerri et dispose de l’aide militaire des pays occidentaux (France, etc.) et du bloc soviétique (URSS, Tchécoslovaquie). Les forces militaires des pays arabes, mal préparées, mal entrainées, mal équipées et divisées, sont en nombre nettement inférieur face à l’armée juive, la Haganah et les milices terroristes sionistes, le Stern, l’Irgoun et le Lehi. La propagande sioniste est cependant très efficace. Les sionistes, « surfant » toujours sur l’onde de la tragédie de l’Holocauste, se présentent au reste de l’humanité comme les futures victimes d’un nouveau génocide, perpétré cette fois-ci par les pays arabes.

Selon Gudrun Krämer[5], les Etats arabes réussissent à aligner quelques vingt-milles combattants, tandis que les sionistes par­viennent à rassembler au bout de 6 mois plus de 95.000 soldats.

Le manque total de coordination aux niveaux militaire et diplomatique a été l’une des raisons essentielles du désastre arabe.

La collusion entre le Roi Abdallah et l’Agence juive (la ren­contre, avant le vote de la résolution de partage de l’ONU, du 17 no­vembre 1948 entre Golda Meir et  le Roi Abdallah) s’est faite sous les bons auspices des Britanniques. Le Roi Abdallah fut nommé commandant des forces arabes pour les diriger durant le conflit. Il a tout fait pour que les territoires des­tinés au futur Etat juif ne puissent être inquiétés par la Légion arabe et a évité toute confrontation directe avec les forces de la Haganah.

Les divers plans arabes d’intervention ont été chamboulés au dernier moment, après la nomination du Roi Abdallah pour diriger les opérations. La débâcle militaire a porté à la faillite du projet arabe de vouloir venir en aide aux Palestiniens. Plus que jamais divisés, les pays arabes vont devoir affronter l’intransigeance d’Israël, sorti victorieux de ce conflit.

À l’issue du  conflit Israël aura conquis de nouveaux territoires qui seront délimités par la célèbre Ligne verte fixée par les Accords d’armistice de Rhodes de 1949 qui ont mis fin à la première guerre israélo-arabe (voir carte ci-dessous).

Carte élaborée par Philippe Rekacewicz

Le nettoyage ethnique des Palestiniens

Près de 900.000 Palestiniens, auparavant sous le joug impéria­liste des Britanniques et la domination croissante coloniale des sio­nistes, vont devenir des réfugiés et être l’objet d’une nouvelle réso­lution de l’ONU, la Résolution 194, qui fonde le droit des réfugiés palestiniens à retourner sur leurs terres. 57 camps de réfugiés seront répartis à l’intérieur de la ligne verte, au Liban, en Syrie, en Jordanie et à Gaza.

L’Assemblée Générale crée l’UNRWA (United Nation Relief and Works Agency), qui succède à l’ANURP et décide pour le droit des réfugiés de rentrer dans leur foyer s’ils le désirent et qu’en cas contraire ils ont droit à recevoir une indemnisation à titre de réparation pour les biens perdus.

Le problème politique palestinien devient une question humanitaire.

 Mohamed Taleb

Auteur de : Palestine, le plus grand hold-up du XX siecle – Éditions Apic 2019

[1]It Took a Village – Haaretz Com – Haaretz.com

Voir aussi  les sites internet:

Il a fallu un village – Haaretz Com – Haaretz.com

La Haganah a recueilli des informations détaillées sur des centaines de villages arabes – Palestine Remembered

[2]Un désastre nommé Léon Blum – Nouvelles de France Portail libéral-conservateur (ndf.fr)

[3]Pourquoi Israël n’a pas le « droit d’exister » | Jeremy R. Hammond (jeremyrhammond.com)

[4] – Voir note 11.

[5] – Ouvrage de Gudrun Krämer: Geschischte Palästina, Verlag C.H.Beck. München 2002 – (Histoire de Palestine)