Effondrement-décomposition des partis politiques algériens, désaffection de la population et la crise de la représentation (2e partie)

Cherté de l'immobilier en Afrique: Alger et Oran, en 4 et 5 èmes positions

Mohamed Belhoucine*

Le populisme en Algérie est utilisé pour dénigrer l’adversaire. Nous relevons au niveau des plateaux de TV l’intervention grotesque et démagogique des intellectomanes organiques, des charlatans, pour exciter les basses passions des gens car n’ayons guère de formation et disposés à accepter des propositions irresponsables en un moment de désespoir et frustration.

Dans ce cas, le risque est grand que nous soyons menacés et exposés à subir de nouveaux antagonismes métapolitiques proto-fascistes qui n’ont rien à voir avec (le) politique. Dans ces conditions je me pose la question (par dérision évidemment !) s’il ne faut pas revenir au suffrage censitaire aristocratique, une crainte qu’ont les conservateurs, liée au caractère tumultueux de la ‘’plèbe’’, toujours suspecte d’instincts animaux ou infantiles, manipulable, notamment dans le monde Arabe et africain. Il faut reconnaître que ce sont les masses qui ont ces basses passions exaltées par des démagogues puisant sur les champs ethniques, religieux et confessionnels (ces dernières décennies la bondieuserie religieuse s’est propagée et diffusée de façon spectaculaire, foudroyante, démesurée, massive et alarmante dans le sens commun en Algérie. Profitant du vide culturel abyssale généralisé, un nouvel ordre à vocation hégémonique religieux tyrannique s’est installé, a inondé toutes les structures du quotidien notamment dans le champs social et politique jusqu’à l’irruption de dizaine de narratif religieux en contradiction les uns avec les autres).

Ces narratifs autocratiques, largement contestables, sans fondements linguistiques et sans valeurs exégétiques, débouchent tous vers les pires hérésies diamétralement opposées aux réels commandements du Saint-Coran.

Faire table rase de la tradition religieuse du corpus exégétique, théologique et juridique archaïque et erroné qui a perduré durant plus de 14 siècles.

A ce titre Mohamed Shahrour propose qu’il faille faire table rase de la tradition religieuse du corpus exégétique, théologique et juridique archaïque qui a perduré durant 14 siècles, basée sur des paradigmes erronés que sont l’analogie (El Mîkyâs), la synonymie ou occurrences (tarâdûf) et une incalculable profusion d’interdits sacrés (le harâm) alors que Dieu les a limités à 14 interdits religieux. Toute la pensée de Shahrour est animée par un postulat fondamental : le Saint Coran s’explique par lui-même. Donc il faut bien le lire de façon systémique et non scripturale : la sémantique, le vocabulaire de la langue arabe tels qu’ils ont été usités à l’époque du prophète (SSLT) et dans les sociétés arabes antéislamiques, à la Mecque et à Médine et le relier aux concours des sciences molles, telles la grammaire, la conjugaison, l’histoire, l’apport des autres religions du livre, les recherches archéologiques et anthropologiques et surtout la philosophie etc..

Pour Shahrour Il faut faire renaitre le geste primordial qui a présidé à la naissance de l’Islam. Ce sont les exégèses scientifiques et linguistiques qui tiennent compte de la connaissance scientifique contemporaine absente du temps du prophète (SSLT) que prône Mohamed Shahrour. La science contemporaine illuminera en mieux notre champ de connaissance sur le message Coranique. Ce qui va nous permettre d’élargir notre compréhension par l’ouverture de nombreuses pistes pour le renouvellement de la pensée et la loi musulmane afin de nous éloigner des lectures scripturales entachées de fautes, de scriptures et des pratiques anachroniques qui relèvent plus de l’usage, des mœurs, des rituels, de l’habitus et des conduites sociétales que du Saint-Coran, à l’origine de la stagnation du monde arabo-musulman. Voir l’excellent ouvrage (al-Kitâb wa l-qur’ân, de Mohamed Shahrour, 6e édition, Damas, al-ahâli li l-tibâ wa l-nashr wa l-tawzi’).

La destruction du (le) ‘’politique’’ par le champ de la piété religieuse bigotique et bondieuse, dévitalise les volontés collectives, et, le conflit politique est annihilé au profit de la morale, du bien et du mal, du licite et l’illicite etc.…et de là nous basculons progressivement vers le proto-fascisme.

Pourquoi nous basculons vers les catégories proto-fascistes ? Il faut savoir que les positions politiques ne sont pas données, que les identités (catégories) politiques ne sont pas stables, que ce n’est en rien naturel que les gens s’identifient aux catégories proto-fascistes. C’est à ce moment historique précis que se produit une confiscation de la ‘’démocratie libérale’’ par l’oligarchie bigote qui sait utiliser par tromperie et à dessein la religion comme opium du peuple. Un islam des riches, népotistes et clientélistes, prenant en otage nos zaouïtes au profit de la caste et des aigrefins les distançant de leur vraie mission spirituelle.

La catégorie politique Citoyens/Privilégiés, Citoyens/Oligarchie ou Citoyens/Caste est masquée et devient invisible, à ce moment, l’élite ‘’politique’’ –réellement métapolitique– est discréditée et prouve son incapacité d’être séparée des citoyens. Il faut construire un peuple par l’articulation d’une diversité de demandes hétérogènes qui ne sont pas forcément convergentes, mais peuvent aussi entrer en conflit les unes contre les autres. Pour rétablir cette frontière de lutte antagonique entre le peuple et l’oligarchie, il faut construire une volonté collective et progressiste citoyenne qui puisse affronter les nouvelles formes d’oligarchies produites par le néolibéralisme obscènement pseudo-religieux en Algérie ou la bondieuserie religieuse sévit dans tout le champ social (qui n’a rien à voir avec l’Islam).

Il faut une population de gauche révolutionnaire qui à travers ses diverses luttes qui se déroulent dans le champ social puisse arriver à l’articuler dans le champ électoral. Il faut articuler la multiplicité des luttes hétérogènes populaires en une volonté collective, en     un « peuple », ainsi que la nécessité de s’impliquer dans les institutions pour arriver à établir une nouvelle hégémonie.

Pour établir une véritable volonté collective à vocation hégémonique, il faut transformer les identités de ceux qui vont entrer dans la chaîne d’équivalences (au sens mathématique du terme, théorie des graphes), créer de nouvelles subjectivités. C’est un processus complexe de travail militant inlassable de terrain qui peut avoir à passer par plusieurs étapes durant plusieurs années. Un pas important est de définir « l’ennemi » ou « l’adversaire » commun, un « eux » qui assure l’unité du « nous », mais ce n’est pas suffisant dans une perspective hégémonique. Sans être naïf, de façon implacable et dialectique, à la lumière de la stratégie révolutionnaire, l’histoire nous montre, une       fois « l’ennemi » vaincu, la bataille s’engage entre les groupes qui s’étaient unis et ligués contre lui (voir la lutte des clans patriotes postindépendance en Algérie qui ont pourtant tous participé à la lutte de libération nationale).

Le libéralisme nie l’antagonisme qui est impossible à éradiquer – Pour le libéralisme, il n’y a aucune alternative à la solution libérale–, car il est incapable d’appréhender la nature du « (Le) politique » dont le critère spécifique est la discrimination entre ami et ennemi.

Carl Schmitt rejette la démocratie libérale pluraliste. Il dit que c’est un régime non viable parce que le libéralisme dénie la démocratie (pas d’alternative à la solution libérale) et la démocratie dénie le libéralisme. On ne peut reconnaître le pluralisme et accepter le conflit.

Nos partis ‘’politiques’’ sont des partis métapolitiques c’est-à-dire qu’ils n’ont rien de politique, sont à bout de souffle, ils sont incapables d’assurer le traitement politique de ce qui se joue aujourd’hui, ils ne peuvent pas assurer la remontée vers l’Etat de nouvelles demandes sociales pour que les identités collectives, sociales et politiques puissent accomplir leur mission historique de s’approprier l’Etat pour évincer les privilégiés, l’oligarchie et la caste.

Les demandes sociales dorénavant sont aux mains des groupes sociaux spontanément et objectivement constitués, nous l’avons vu dernièrement avec la lutte des groupes sociaux en Algérie qui unanimement reconnaissent que leur pouvoir d’achat a été totalement érodé conséquence de la gestion catastrophique et de l’incompétence du gouvernement.

Nos groupes sociaux n’ont plus confiance aux partis oligarchiques et organiques corrompus qui ne les représentent pas.

L’abstention élevée, plus de 80%, à chaque scrutin est un signe fondamental de ce déclin (sans le décompte des votes blancs), est une véritable Bérézina pour le régime qui ne sait pas choisir les cadres compétents pour relever la nation et qui a pour seule hantise depuis 1962, d’assurer sa survie au détriment des intérêts de notre pays !

Si les abstentionnistes ne votent pas, c’est parce qu’ils estiment, qu’il n’existe pas d’offre politique qui les satisfait, d’où le fait et qu’il faut demander que les votes blancs soient comptabilisés. Alors ils viennent alimenter les foyers de violences que nous avons recensés en Algérie (Le foyer de violence de la corruption, des trafiquants de drogues, de psychotropes, de jerricans de mazout de nos frontières, la spéculation sur les biens alimentaires sur le dos de nos populations, la spéculation foncière et immobilière, la grande délinquance de l’import-import et les trafics en tous genres qui touchent à notre sécurité nationale, etc… qui sont fibrillés, encouragés et organisés en leur sein par des acteurs complices censés représenter les organisations de l’Etat).

Nos partis font fuir les masses, sont en déroute, c’est parce qu’ils s’accrochent à une conception inappropriée du (le) politique, des coquilles vides, voir basculent vers les catégories proto/fascistes.

Nos mouvements sociaux ont mis en évidence de nouvelles formes de domination qu’il est impossible de cerner à partir de la notion de ‘’classe’’ (essentialisme de classe, le passage du fordisme au post-fordisme). Alors comment s’étonner dès lors que cette approche ait échoué à comprendre les demandes qui ne dépendaient pas des « classes » fortement rétrécies ? Les identités politiques reflètent la position que nos groupes sociaux occupent dans les rapports de production matérielles et cognitifs, leurs intérêts étant également définis par cette position (Georges Lukács). Les nouvelles demandes de nos groupes sociaux ont profondément modifié le paysage politique, mais les partis organiques et oligarchiques demeurent sourds à ces demandes et sont incapables de reconnaitre leur caractère politique.

Articulation des luttes de nos groupes sociaux est une expression politique qui doit être définie que dans un projet socialiste, mais un socialisme en termes de ‘’radicalisation de la démocratie’’ au sens de John Dewey (plus d’égalité, plus de justice sociale, plus de souveraineté populaire (c’est le peuple qui décide et non ses ‘’représentants’’ corrompus).

Une évidence s’installe, la multiplicité des luttes pour l’émancipation provient de la pluralité des agents sociaux et de leurs combats.

Le champ du conflit social se trouve ainsi étendu plutôt que concentré dans un ‘’agent privilégié’’ comme la classe ouvrière qui s’est beaucoup rétrécie mais n’a pas disparue.

Nous traversons un moment populiste (catégorie politique légitime si elle est bien           drainée) qu’il ne faut pas le laisser à la portée des catégories proto-fascistes (catégorie morale illégitime, ne s’occupent pas des demandes d’égalité et excluent les catégories réellement politiques ce qui est une menace à notre vraie identité arabo-musulmane et à la prospérité de la nation). Ce qui traduit tout un ensemble de demandes hétérogènes qui ne peuvent plus être formulées simplement en termes d’intérêts liés à des catégories sociales déterminées et c’est d’autant plus vrai que le modèle néolibéral en Algérie a vu émerger de nouvelles formes de domination rentière, en dehors du processus de production.

L’antagonisme entre dominants et dominés est masqué par l’ensemble de nos partis faute de travaux théoriques. Des partis désarçonnés, opportunistes et attrape-tout. Ni militants, ni intellectuels. Nos partis n’adhèrent plus aux lignes de nos masses, ni à celles de nos groupes sociaux, ne sont pas du tout enchâssés dans le sens commun (E’dahn El a’me) de nos populations.

Urgent d’entamer un travail en profondeur pour recentrer la chose politique dans sa véritable mission d’une part et d’autre part dévoiler l’imposture de la métapolitique en Algérie qui n’a rien de politique.

L’imagination intellectuelle doit demeurer une arme politique entre nos mains dans ce grand environnement de misère et d’absence de production du savoir dans notre pays.

L’une des missions fondamentales de la Politique est de diffuser dans le ‘’sens commun’’ les valeurs de la démocratie radicale dans le méga corps hétérogène de nos populations et groupes sociaux selon la règle mathématique des classes et relations d’équivalence.

Il faut y ajouter aussi la lutte de la reconnaissance dont parle Axel Honneth (amour, égalité, mérite, liberté (au sens appropriation collective des grands moyens de production), qui ne se limite pas seulement à la condition matérielle des individus. D’autres dimensions, non matérielles, souvent d’ordre démocratique, entrent en jeu et peuvent s’articuler avec des éléments plus directement liés aux conditions matérielles d’existence, comme l’exigence de la reconnaissance de soi pour chaque individu au sens d’Axel Honneth (voir ses travaux dans son ouvrage fondamentale ‘’la lutte pour la reconnaissance’’).

L’exigence de la reconnaissance de soi de la part des autres membres de la société est une éthique politique sera répartie selon 04 principes selon Honneth : l’amour, l’égalité, liberté et le mérite qui, pris ensemble, déterminent ce qu’aujourd’hui, nous devons comprendre sous le terme de justice sociale.

La république populaire de Chine elle doit son remarquable succès au XXIe siècle d’avoir su miraculeusement et étonnamment réunis Confucius (né en 551 av. J.C et mort en 479 av. J.C) et Karl Marx (1818-1883), le PCC chinois dirige la nation et est lui-même une école de dirigeants.

Le PCC et le génie des dirigeants chinois ont réussi à combiner l’éthique, l’ordre, la vertu, la méritocratie confucéennes avec Karl Marx à savoir la culture de l’inégalité naturelle de l’homme (au profit de l’homme et de la société). C’est-à-dire combiner Confucius avec une praxis révolutionnaire visant à vaincre le capitalisme et l’impasse prédatrice du néolibéralisme, avec le progrès techno-scientifique et le contrôle de l’usure. Dans la Chine d’aujourd’hui, c’est possible, et même nécessaire. Méritocratie, vertu, hiérarchie et pragmatisme, le Tout au service d’un Etat au profit des masses qui a surmonté l’essentialisation de la classe ouvrière en acceptant la fusion des identités politiques et les identités collectives et sociales, et promeut la prospérité socialiste à outrance. (Voir l’excellent ouvrage de Yao Yang sur « La nouvelle philosophie politique chinoise »).

Pour engager un ordre de bataille politique, il faut être capable de tracer les contours de ce que peut-être une stratégie capable de mobiliser et de mettre en mouvement une volonté collective au service d’un projet émancipateur.

*Docteur en physique, DEA en économie

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