Par Rasha Selmi
L’écrivain algérien Abdelaziz Gharmoul présente son nouveau roman, « مخطوط الجزائر » (Le Manuscrit d’Algérie), au Salon international du livre. À travers cette œuvre à dimension historique et policière, l’auteur propose une lecture singulière de la société algérienne contemporaine, en s’appuyant sur des références historiques, culturelles et intellectuelles profondément ancrées dans l’histoire du pays.
Prenant pour point de départ la disparition supposée du manuscrit de la Mouqaddima d’Ibn Khaldoun de la Bibliothèque nationale, l'écrivain explique que cette information, qui s'est révélée par la suite être une simple erreur de localisation du document, a constitué le déclencheur de son imagination romanesque.
Cette nouvelle l'a profondément marqué et l'a conduit à s'interroger sur les circonstances d'une telle disparition, sur les personnes susceptibles de s'intéresser à un document aussi précieux et sur les motivations qui pourraient se cacher derrière son appropriation.
De cette interrogation est née une intrigue qui dépasse la seule question de la disparition d'un manuscrit. L'auteur imagine notamment que celui qui chercherait à s'emparer d'un tel document pourrait être davantage intéressé par certains passages consacrés à la magie, à l'astrologie, à la divination ou encore à l'alchimie que par sa valeur historique et civilisationnelle.
Abdelaziz Gharmoul accorde, à cet égard, une place particulière à l'alchimie, cette ancienne discipline qui cherchait notamment à transformer les métaux ordinaires en or. Il évoque les réflexions d'Ibn Khaldoun sur cette pratique et imagine comment certaines de ces connaissances pourraient être réinterprétées et exploitées à travers les technologies modernes.
Toutefois, précise l'écrivain, cette dimension ne constitue pas le véritable cœur de son roman. Son ambition est surtout de restituer une partie de la réalité algérienne actuelle, à travers les interactions entre les sphères académique, administrative et sécuritaire, ainsi que les différentes mutations qui traversent la société.
Pour construire cet univers romanesque, l'auteur a estimé nécessaire de remonter aux profondeurs de l'histoire algérienne, notamment à la période coloniale, tout en puisant dans la richesse de la culture populaire et traditionnelle du pays. Ces différentes dimensions se croisent dans le récit pour donner naissance à une intrigue qui associe mémoire historique et observation du présent.
Interrogé sur le choix du titre, Abdelaziz Garmoul explique qu'il souhaitait retenir une appellation à la fois singulière et évocatrice. Le terme « manuscrit » revêt ainsi une double signification : il renvoie, d'une part, au document qui constitue le point de départ de l'histoire et, d'autre part, à l'Algérie elle-même, dont l'expérience historique demeure, selon sa vision, une œuvre encore inachevée, qui continue de s'écrire et dont certaines pages restent à dévoiler.
Avec « Le Manuscrit d'Algérie », Abdelaziz Gharmoul signe ainsi une œuvre qui fait de l'histoire un ressort narratif pour interroger le présent, tout en invitant le lecteur à explorer les multiples facettes de la mémoire, de la société et de l'identité algériennes.