Dominant la ville d'Oran, le fort de Santa Cruz
Mais bien que Fidel eût la décence de ne pas le souligner publiquement, la sympathie du peuple cubain n’a pas été que des sentiments « protocolaires » entre deux nations que séparent des milliers de kilomètres. Au-delà de la langue, de la religion, de la géographie et de la culture, Fidel et Cuba ont concrètement aidé l’Algérie à se faire une place dans le concert des nations, à recouvrer son indépendance, à préserver son intégrité territoriale et à soigner son peuple.
Fidel renchérit : « A cette époque, personne ne pouvait penser à une rencontre comme celle-ci. La solidarité était d’un autre type. Qu’était-il possible de faire pour soutenir la lutte algérienne, la cause algérienne, qu’était-il possible de faire pour coopérer avec le peuple algérien dans ce combat ? »
Et ces questionnements ne sont pas restés sans lendemain, bien au contraire. Selon Giraldo Mazola, ancien ambassadeur de Cuba en Algérie (1974-1978), une délégation du Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) a été reçue dès 1960 par les autorités cubaines. Le 27 juin 1961, soit seulement 2 mois à peine après le débarquement de la Baie des Cochons (avril 1961), Cuba reconnut le gouvernement algérien en exil. Et ce n’était pas anodin : Cuba fut le premier pays de l’hémisphère occidental à le faire, ce qui lui attira les représailles du gouvernement français [4].
L’aide à la cause algérienne durant sa révolution ne s’arrêta pas là. Vers la fin octobre 1961, Fidel Castro envoya un émissaire, le jeune journaliste argentin Jorge Ricardo Masetti, pour rencontrer les combattants algériens à Tunis et s’enquérir de leurs besoins. Masetti y rencontra les leaders du FLN, dont Benyoucef Benkhedda, le président du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

- Jorge Ricardo Masetti en compagnie du Che
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L'Algérie s'empressa de demander une aide militaire à Cuba pour faire face à l'invasion marocaine. Il ne fallut aux autorités cubaines que quelques heures pour qu'elles acceptent de soutenir l'Algérie agressée. Malgré la violence de l’ouragan Flora, une des pires catastrophes naturelles depuis des décennies qui dévasta la partie orientale de l’île en tuant plus de 1000 personnes, Cuba affréta 2 navires en direction de l’Algérie : l’Aracelio Iglesias et l’Andres Gonzalez Lines. Le premier accosta dans le port d’Oran le 21 octobre 1963. À son bord, un bataillon de chars composé de 22 T-34 russes et 50 techniciens militaires cubains [8]. Le second arriva à Oran le 28 octobre avec un bataillon d’infanterie et une cargaison de fusils, de canons et de mortiers. Avec le reste des troupes qui arrivèrent à l’aéroport d’Oran par avion le 29 octobre, l’effectif cubain s’élevait à 686 militaires. Et ce n’était pas tout : l’Andres Gonzalez Lines transportait aussi un présent au peuple algérien : 4744 tonnes de sucre [9] !
Les forces cubaines n’eurent pas besoin de participer au combat contre l’armée marocaine. L’arrivée de l’aide massive en provenance de Cuba (qui avait été signalée dans la presse) a précipité un accord de cessez-le-feu entre les deux pays voisins, signé le 29 octobre à Bamako.
Les Cubains ne prirent pas le chemin du retour immédiatement après l’arrêt des hostilités. Ils demeurèrent en Algérie jusqu’au 17 mars 1964 pour former des militaires algériens dans le maniement des armes qu’ils avaient ramenées. Le responsable cubain de la mission avouera que tout l’armement fut offert à l’armée algérienne « sans charger quoi que ce soit, même pas un cent » [10].
L’engagement de Cuba auprès de l’Algérie a été exceptionnel de par l’aide matérielle et humaine octroyée par le pays frère mais aussi par le fait qu’il nuisait à ses intérêts comme ce fut le cas en 1961. En effet, le soutien cubain à l’Algérie souleva l’ire du Maroc qui rompit ses relations diplomatiques avec Cuba le 31 octobre 1963 et annula un colossal contrat d’approvisionnement en sucre cubain d’un million de tonnes sur 3 ans. Un manque à gagner de 184 millions de $ au moment où les États-Unis essayaient d’asphyxier Cuba et Fidel Castro [11].
Il n’y pas que la politique internationaliste militaire cubaine qui commença en Algérie. La tradition médicale internationaliste y débuta aussi. Sous l’initiative de Fidel Castro, le premier groupe médical arriva en Algérie le 24 mai 1963. C’était un moment où Cuba avait besoin de son personnel médical à cause de l’exode post-révolutionnaire. Mais, comme le souligna à l’époque Machado Ventura, le ministre cubain de la Santé publique, « le peuple algérien en avait plus besoin que nous et il le méritait ». C'était un acte de véritable solidarité qui n'apportait aucun bénéfice tangible à Cuba et qui se soldait par des coûts matériels pour le pays [12]. La présence médicale cubaine n’a jamais cessé depuis. On la trouve encore à l’heure actuelle dans diverses régions du territoire algérien et elle est très appréciée par les populations locales [13].

- Hôpital ophtalmologique "Amitié Algérie-Cuba" (Djelfa, Algérie)

- Drapeau en berne au Consulat général d'Algérie à Montréal suite au décès de Fidel Castro (Photo prise par Ahmed Bensaada, le 2 décembre 2016)
| Notes et références 1- « Cher compagnon Houari Boumedienne ; chers camarades du FLN et du gouvernement algérien ; chers amis d’Oran ». Le discours complet de Fidel Castro, prononcé à Oran le 12 mai 1972, peut être lu à l’adresse suivante : http://www.fidelcastro.cu/es/discursos/discurso-pronunciado-por-el-comandante-fidel-castro-en-la-ciudad-de-oran-argelia 2- El Bahia est le surnom arabe de la ville d’Oran qui veut dire « La Radieuse ». 3- Rodriguez Drissi, Susannah, « Between Orientalism and Affective Identification : A Paradigm and Four Case Studies towards the Inclusion of the Moor in Cuban Literary and Cultural Studies », Thèse de Ph.D., Université de Los Angeles (UCLA), 2012, p. 124. 4- Giraldo Mazola, « La independencia del pueblo argelino nuestro pueblo la siente como propia », Granma, 5 juillet 2012, http://www.granma.cu/granmad/2012/07/05/interna/artic01.html 5- Piero Gleijeses, « La primera experiencia cubana en África: Argelia, 1961-1965 », Temas No. 16, Octobre 1998 - Juin 1999 6- Ibid 7- Alexander Mikaberidze, « Conflict and Conquest in the Islamic World : A Historical Encyclopedia, Volume 1 », ABC-CLIO, Santa Barbara (USA), 2011, p.797. 8- William J. Durch, « The Cuban Military in Africa and the Middle East : From Algeria to Angola », Studies in Comparative Communism, Vol. XI, N° 1 &. 2. Spring/Summer 1978. 34-74 9- Voir réf. 5 10- Ibid 11- Yasmina Allouche, « Algeria and Cuba allied by a shared revolutionary struggle », The New Arab, 27 octobre 2016, https://www.alaraby.co.uk/english/comment/2016/10/28/algeria-and-cuba-allied-by-a-shared-revolutionary-struggle 12- Voir réf. 5 13- Alex MacDonald, « Fidel Castro laisse au Moyen-Orient un héritage durable », Arrêt sur Info, 27 novembre 2016, http://arretsurinfo.ch/fidel-castro-laisse-au-moyen-orient-un-heritage-durable/ 14- Voir réf. 5 15- « Vive la révolution algérienne ! Vive l’amitié entre l’Algérie et Cuba ! La patrie ou la mort ! Nous vaincrons ! » 16- « Jusqu’à la victoire toujours, cher ami d’Oran ! » |

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Versions espagnoles de l'article: une traduction de Purificación González de la Blanca:
- Site officiel de Fidel Casto (Cuba)
- Tercera Information
- Resumen Latino Americano
- Al Mayadeen Espanol
- CEPRID
- Museo Che Guevara Argentina
Version italienne de l'article: une traduction de Nicola Quatrano:
Version arabe de l'article: une traduction de "Rouina Info"
Information complémentaire Le 25 novembre 2017, Algérie-Poste a émis un timbre-poste à l'effigie de Fidel Castro:
Quelques documents historiques

- Fidel Castro and Cuban President Osvaldo Dorticos (1919-1983) give a big welcome to Ahmed Ben Bella (center), first Premier of the newly-independent Algeria at Jose Marti Airport in Havana in October, 1962 - only days before the Cuban Missile Crisis. Ben Bella was to become President of Algeria in 1963 and then deposed in a military coup in 1965.

- Fidel Castro tentant de monter sur un dromadaire, aidé par le président algérien, Houari Boumedienne. (Ouargla, Algérie - Mai 1972)

- Premier plan: Sid-Ahmed Ghozali (PDG de la Sonatrach), Fidel Castro et Houari Boumedienne (Algérie, mai 1972)

- Acclamé par la foule, Fidel Castro (au centre) rentre à La Havane avec ses "barbudos" après la chute de Batista (1959)

- Fidel Castro riant à la lecture d'un journal américain détaillant un plan pour son assassinat (Avril 1959). Pour la petite histoire, Fidel Castro a échappé à 638 tentatives d'assassinat! Il est finalement décédé de mort naturelle.
