Par Hanane Ben
Réunie en session extraordinaire ce dimanche 25 octobre 2026, la haute Chambre du Parlement a approuvé à l’unanimité l’envoi d’une unité de l’ANP au Niger suite à la proposition de l’installation d’un détachement dans une base militaire au Nord du. Dans un contexte de renforcement de la coopération militaire avec Niamey, les parlementaires ont voté le décret présidentiel relatif à la défense nationale, pris en application de l’article 91, alinéa 2.
Cette démarche fait suite à la visite à Alger du ministre nigérien de la Défense, Salifou Modi, et à la signature d’un protocole de coopération militaire entre Alger et Niamey, portant notamment sur la sécurité des frontières communes, la lutte antiterroriste et l’échange d’expertise.
Cet événement n’a pas manqué de susciter de nombreuses lectures chez les observateurs de la scène géopolitique et les médias qui soulèvent des questions sur la trajectoire des relations de voisinage de l’Algérie, en particulier avec son flanc sud.
L’Algérie avait déjà apporté au Niger, à l’été 2026, une aide militaire à la fois matérielle et opérationnelle. Quatre hélicoptères offerts le 9 août, puis le déploiement de quatre chasseurs Su-30 accompagnés d’un avion de transport Il-76 et d’un ravitailleur Il-78 à Niamey le 30 août.
Le déploiement aérien est intervenu juste après une tentative de coup d’État suivi d’une mutinerie à Niamey dans la nuit du 28 au 29 août 2026, visant le général Abdourahamane Tiani. Cette aide était une réponse à une demande officielle nigérienne.
Selon des analyses, la crise avait déjà été contenue par les forces loyalistes lorsque les appareils algériens sont arrivés ; leur présence a donc surtout eu une fonction de soutien politique, de dissuasion et de consolidation de la sécurité après la crise, plutôt qu’une participation directe aux combats.
Cette aide s’inscrit dans un contexte sahélien instable : expansion des groupes jihadistes, affaiblissement des dispositifs régionaux de sécurité, laissant un vide sécuritaire. L’Algérie partage une longue frontière avec le Niger et considère la stabilité de ce voisin comme une question directe de sécurité nationale, notamment face aux trafics, aux flux migratoires et aux menaces transfrontalières.
Elle a aussi une dimension géopolitique et économique : Alger cherche à réaffirmer son rôle de puissance stabilisatrice au Sahel et à protéger des projets stratégiques tels que le futur gazoduc transsaharien, qui devrait relier le Nigeria à l’Algérie en passant par le Niger.
C’est un geste inhabituel pour l’Algérie, longtemps attachée à une doctrine de non-ingérence. La révision constitutionnelle de 2020 a toutefois ouvert la possibilité d’un déploiement de l’armée à l’étranger, sous conditions. L’épisode de 2026 marque donc un engagement militaire plus direct d’Alger auprès de Niamey, tout en restant présenté comme une assistance ponctuelle et défensive.
L’article 91, cœur du débat actuel : la preuve d’une anticipation stratégique
La genèse de la modification constitutionnelle de 2020 remonte au Hirak et à la volonté affichée de refonder l’architecture institutionnelle de l’Etat. Son volet le plus sensible, l’article 91, dont lequel l’autorisation d’envoyer des unités de l’ANP à l’étranger fut introduite. Elle prévoit que le président de la République décide d’un tel déploiement après approbation à la majorité des deux tiers de chaque chambre du Parlement. Cette disposition a ouvert la voie à un engagement militaire extérieur encadré par le Parlement, disposition aujourd’hui activée dans le dossier nigérien.
Ce changement majeur témoigne de la capacité d’anticipation de l’Etat algérien. Dès 2019, alors que la situation régionale demeurait opaque pour la majorité des observateurs et que les données géopolitiques n'étaient pas encore à la portée de tous, l'Algérie a su percevoir les périls émergents au-delà de ses frontières.
En amendant sa Loi fondamentale en 2020 — un choix entériné un 1ᵉʳ novembre qui n’a rien de fortuit, tant il ancre cette évolution dans la mémoire patriotique nationale —, elle a pragmatiquement doté son armée d'un cadre légal adapté aux nouvelles menaces transfrontalières, rompu avec une doctrine de stricte immobilité et préparé le terrain à une projection encadrée. Aujourd'hui, l'activation de cette disposition dans le dossier nigérien confirme la justesse et la portée préventive de cette décision stratégique face aux périls extérieurs.
Cette vision prospective ne s'est pas limitée à une refonte interne des textes ; elle s'accompagne d'une active dynamisation des coopérations sécuritaires et militaires avec les pays voisins.
L’accord de défense conclu entre l'Algérie et la Tunisie illustre parfaitement cette démarche. Présenté conjointement par Alger et Tunis comme un instrument incontournable de stabilité régionale et de protection des frontières, cet accord gouvernemental s'inscrit dans un cadre strict de bon voisinage, affranchi de toute visée expansionniste ou d'adhésion à une alliance militaire formelle.
Des accords sous le feu des voix d'opposition et des officines hostiles
Ces avancées stratégiques et ces partenariats sécuritaires renforcés ne manquent pas de déranger les intérêts des adversaires de l’Algérie et de leurs relais. Dès l’amendement constitutionnel de 2020, les critiques ont fusé, portées notamment par des figures d'opposition basées à l'étranger — à l'instar de figures médiatiques comme le terroriste Larbi Zitout et le pseudo défenseur des droits de l’Homme, Salah Dabouz — porte-voix d'intérêts extérieurs. Attaquer la révision de l'article 91 visait en réalité à préserver les agendas géopolitiques de leurs parrains, contrariés par le redéploiement et la fermeté de la doctrine sécuritaire algérienne.
Cette guerre d'influence et de désinformation cherche principalement à instrumentaliser la vulnérabilité du Sahel pour déstabiliser la région et encercler l'Algérie. La Tunisie n'a pas été épargnée par cette offensive propagandiste. Un débat y a été artificiellement alimenté quant à la portée réelle des accords de défense avec Alger, tentant de dépeindre cette coopération comme une dépendance sécuritaire. En réalité, ces narratifs sont perçus comme des manœuvres orchestrées par des puissances étrangères qui cherchent à fragiliser le maillon tunisien pour atteindre indirectement l'Algérie et torpiller la stabilité régionale.
Cette approche sécuritaire de voisinage s’applique aux frontières de l’Algérie selon des modalités différenciées. Le partenariat le plus structuré demeure celui établi avec la Mauritanie. Après le protocole d’échange de renseignements d'octobre 2024, les deux pays ont scellé en avril 2025 un accord de coopération de défense ainsi qu’un texte sur la protection des informations classifiées.
Cette coopération cible la surveillance des espaces frontaliers et la lutte contre le terrorisme au Sahel. Avec la Libye, l’Algérie maintient une coopération sécuritaire de proximité, bien que l’instabilité à Tripoli limite la conclusion d’un cadre plus formalisé. Enfin, concernant le Mali, bien qu'il existe un accord bilatéral de coopération militaire et technique signé dès 2001 (et ratifié en 2003), Alger privilégie également l’approche multilatérale des « pays du champ » via les mécanismes de Tamanrasset — notamment le CEMOC et l’UFL — pour la coordination opérationnelle et le partage du renseignement.
Une réadaptation doctrinale obligatoire face aux provocations régionales
Loin des prédictions catastrophistes égrainées par certains pseudo-analystes de plateaux et médias stipendiés — qui prophétisent déjà un enlisement irréversible de l'Algérie dans le « bourbier » sahélien —, cette projection encadrée ne marque en aucun cas un renoncement aux principes cardinaux de sa politique étrangère. L’Algérie demeure profondément attachée à sa doctrine de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats et au refus du recours à la force pour régler les différends. Toutefois, face à la multiplication des manœuvres de déstabilisation au Sahel, où des puissances étrangères et leurs proxies attisent délibérément les foyers de tension, le déni stratégique n'est plus une option.
La réalité géopolitique dépasse largement la seule sécurisation des infrastructures énergétiques et des projets conjoints menés entre l’Algérie et le Niger — à l’instar du projet d’exploration pétrolière de Kafra, situé à 85 kilomètres de la frontière algérienne, ou du projet stratégique du gazoduc transsaharien (TSGP). L’enjeu véritable est d’une portée bien plus vaste : il s’agit de faire échec à toute tentative d’encerclement et de suffocation de l’Algérie, et de neutraliser l’imposition d’une géographie sécuritaire étouffante pour notre pays.
L’Algérie, forte de sa responsabilité historique de veiller sur la stabilité de ses espaces sahariens, se voit contrainte d’adapter ses dispositifs sécuritaires à la gravité des enjeux extérieurs.
Au sein de la classe politique et partisane, le consensus s'accorde à reconnaître que l'envoi d'unités militaires trouve de multiples justifications. Celles-ci résident en premier lieu dans la nécessité d'accompagner les mutations sécuritaires et régionales et d'adapter la politique de défense aux nouveautés, face à l'élargissement de la portée des menaces transfrontalières, à la recrudescence des conflits dans la région du Sahel et en Afrique, ainsi qu'à la prolifération du terrorisme, de la criminalité organisée, du trafic d'armes et de stupéfiants.
Cette orientation s'appuie également sur l'impératif de protéger les intérêts vitaux et stratégiques du pays, en adoptant une approche sécuritaire préventive qui prend en compte l'interdépendance entre la sécurité nationale et les développements sécuritaires dans l'environnement régional et international.
Face aux agendas subversifs et aux actions clandestines orchestrées par des puissances étrangères et leurs parrains tapis dans l'ombre pour attiser l'instabilité régionale, Alger démontre une inflexibilité totale. Les avertissements répétés de la diplomatie et des institutions souveraines rappellent que la riposte ne se limitera plus aux simples mesures de rétorsion diplomatique. Si les ingérences et les provocations venaient à franchir les lignes rouges fixées pour la sécurité nationale, l’Etat algérien assumera pleinement l’ensemble des options et des formes de riposte nécessaires pour neutraliser ces menaces exogènes, signifiant clairement que la défense de sa souveraineté et de sa profondeur stratégique ne souffrira d’aucune compromission.
Avec l’adoption et l’officialisation de l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire au Niger, l’Algérie franchit un cap stratégique décisif et adresse un message sans ambiguïté à l'Etat proxy des Emirats ainsi qu'à l'ensemble des valets de l'impérialisme tapis à nos frontières : le Sahel et le Maghreb ne serviront plus de terrain de jeu à leurs velléités de déstabilisation et d'encerclement.
Cette posture d'intransigeance, mise au service de la souveraineté nationale et de la défense intégrale du voisinage, s’inscrit dans la droite ligne de la mise en garde solennelle du président Abdelmadjid Tebboune, avertissant quiconque oserait porter atteinte à la sécurité et à la stabilité du voisin tunisien : « Celui qui veut amener le terrorisme aux côtés de la Tunisie ou menacer la Tunisie, nous lui détruirons la tente de ses parents. »