Par Hanane Ben

Alors que de nombreux observateurs affirmaient récemment que la relation entre Alger et Moscou battait de l'aile, les faits viennent de démontrer le contraire : les liens économiques et stratégiques entre les deux capitales connaissent une accélération majeure. 

À l'occasion de la 13e session de la Commission intergouvernementale mixte, le ministre d’État algérien, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a mené une série d'entretiens bilatéraux de haut niveau dans la capitale russe, posant les jalons d'un partenariat industriel et énergétique renforcé.

Les travaux de la réunion préparatoire au niveau des experts ont débuté ce mercredi à Moscou. Durant deux jours, les spécialistes des deux pays se sont attelés à évaluer les progrès réalisés depuis la précédente session tenue à Alger en janvier 2025.

Cette rencontre s'inscrit dans la continuité directe de la Déclaration de partenariat stratégique approfondi, signée en juin 2023 par les présidents Abdelmadjid Tebboune et Vladimir Poutine. Elle ouvre la voie à la session officielle coprésidée ce vendredi par Arkab et le vice-Premier ministre russe, Dmitry Patrushev, englobant de nombreux secteurs prioritaires allant de l'agriculture aux transports.

En prélude à cette grande session, le ministre d’État a entamé ce jeudi un véritable marathon diplomatique. Il s'est d'abord entretenu avec le ministre russe des Ressources naturelles et de l'Environnement, Alexander Kozlov. Les discussions ont mis en lumière la volonté de l'Algérie de diversifier son économie hors hydrocarbures. Arkab a présenté le nouveau cadre juridique attractif du pays et ses grands projets miniers structurants, notamment le fer de Gara Djebilet et le zinc d'Oued Amizour, invitant fermement les entreprises russes à investir dans l'exploration des minerais critiques et des terres rares.

Le volet énergétique a été au cœur d'une seconde rencontre bilatérale, tenue également ce jeudi, avec le ministre russe de l'Énergie, Sergueï Tsivilev. Les deux parties ont planifié l'intensification des partenariats industriels, particulièrement entre la Sonatrach et ses homologues russes, dans les secteurs stratégiques du gaz naturel et du gaz naturel liquéfié (GNL). Outre les questions de transition énergétique et de réduction des émissions de carbone, les ministres ont partagé leurs visions sur le marché mondial au sein du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF).

Également, Mohamed Arkab a rencontré le vice-Premier ministre russe chargé de l'Énergie, Alexander Novak. C'est lors de cet entretien que le ministre algérien a sorti une carte maîtresse : la promotion de l'appel à concurrence international « Algeria Bid Round 2026 », qui propose sept périmètres hautement compétitifs pour l'exploration pétrolière et gazière.

Au-delà de l'énergie : les autres piliers du partenariat stratégique

Si les hydrocarbures restent la colonne vertébrale des discussions de cette 13e session, le rapprochement entre Alger et Moscou s'articule autour de quatre autres axes majeurs :

Le premier est celui de l'agriculture et de la sécurité alimentaire. Face au recul progressif des parts de marché d'acteurs traditionnels comme la France, la Russie s'est imposée comme le principal fournisseur de blé et de céréales de l'Algérie. Les échanges de produits agro-industriels ont explosé (atteignant près de 850 millions de dollars), appuyés par la mise en place de plateformes d'investissement conjointes et des certifications adaptées (comme les normes Halal) pour diversifier le commerce.

Le volet de l'enseignement supérieur et la recherche a connu une impulsion historique lors de la précédente session mixte. L'Algérie et la Russie ont mis en place un accord de reconnaissance mutuelle des diplômes et qualifications. Aujourd'hui, plus de 2 000 étudiants algériens sont formés dans les universités russes (notamment à la Polytechnique de Saint-Pétersbourg) dans des domaines de pointe : la médecine, les mathématiques, le génie logiciel ou encore les nanotechnologies.

Ajoutant à cela l’exploration spatiale pacifique avec la ratification officielle de l'accord spatial bilatéral. Ce partenariat avec l'agence russe Roscosmos intègre l'Algérie dans un écosystème de recherche de haut niveau (recherche astrophysique, imagerie satellite par télédétection, médecine spatiale) et renforce ses capacités au sein du bloc des pays partenaires des BRICS+.

La défense et la sécurité est le pilier historique de la relation. L'Algérie demeure l'un des plus grands partenaires militaires de la Fédération de Russie sur le continent africain, se traduisant par une coopération de longue date en matière de fourniture d'équipements, de transfert de technologies militaires, de maintenance et de coordination sécuritaire sur les dossiers régionaux (zone Sahelo-Saharienne).

Une trajectoire financière ambitieuse : Cap sur les 10 milliards de dollars

Le renforcement multi-sectoriel amorcé à Moscou s’appuie sur une réalité économique concrète. Longtemps cantonnés à des flux modestes hors armement, les échanges commerciaux bilatéraux affichent une progression remarquable.

Le volume global des échanges commerciaux annuels, qui stagnait auparavant autour de 1,5 à 1,7 milliard de dollars, a connu une accélération majeure pour atteindre environ 2,5 à 3 milliards de dollars. Cette hausse est principalement portée par les importations algériennes de produits de haute technologie russes (machines, équipements de transport) ainsi que par les produits agricoles et céréaliers.

Actuellement, la balance commerciale est largement excédentaire en faveur de Moscou. L'un des enjeux majeurs de cette 13e session mixte est de permettre aux exportations algériennes (notamment agricoles et industrielles) de pénétrer le marché russe, tout en encourageant les investissements russes directs en Algérie (IDE) pour compenser ce déséquilibre. En capitalisant sur les nouveaux accords dans le numérique, la pharmacie, les mines et le secteur bancaire, le groupe parlementaire mixte algéro-russe a officiellement réaffirmé son ambition : hisser le volume global des échanges à 10 milliards de dollars d'ici 2030. Un objectif réaliste au vu de l'intégration de l'Algérie comme État partenaire des BRICS+, qui fluidifie les mécanismes financiers entre les deux pays.

Au-delà des chiffres et des accords sectoriels, ce déploiement diplomatique d’envergure à Moscou porte un message politique limpide : l'axe Alger-Moscou est inébranlable. Depuis plusieurs années, la relation bilatérale entre l'Algérie et la Russie fait l'objet d'attaques médiatiques et de pressions diplomatiques extérieures intenses, orchestrées par des cercles occidentaux qui espéraient briser ce partenariat historique au profit d'un nouvel ordre mondial polarisé.

En choisissant non seulement de maintenir, mais d'accélérer leurs échanges stratégiques, Alger et Moscou réaffirment leur attachement farouche à la souveraineté de leurs décisions politiques. Pour l'Algérie, fidèle à sa doctrine de non-alignement et de diplomatie indépendante, ce partenariat n'est pas une simple alternative de circonstance, mais le pilier d'un monde multipolaire en pleine construction. Face aux tentatives d'isolement et de déstabilisation, la réussite de cette 13e commission mixte prouve que la complicité historique née durant la guerre de libération nationale a définitivement muté en une alliance moderne, pragmatique et résiliente, capable de résister aux tempêtes géopolitiques globales.