Par Fatma Zohra Hamza
Le régime du Makhzen instrumentalise à nouveau, les eaux frontalières comme une arme dans sa guerre hybride contre l’Algérie. Les apports polluants provenant de l’amont du bassin, notamment du territoire marocain, constituent une source majeure de la pollution du barrage de Hammam Boughrara.
L’eau polluée de Hammam Boughrara à Tlemcen, cet ouvrage hydraulique stratégique devient très préoccupante. Les experts sont unanimes ; les eaux industrielles de Oujda provenant de l’amont marocain sont à l’origine de cette pollution et menace l’écosystème de l’Algérie.
Le barrage de Hammam Boughrara, mis en service depuis septembre 2000, dispose d’une capacité normale de retenue de 177 millions de mètres cubes, cette infrastructure hydrique alimente en eau potable de Maghnia et des localités environnantes, ainsi que des parties des wilayas d'Aïn Témouchent et Oran.
Cependant, la qualité de ses eaux subit une dégradation préoccupante, nous confirme, professeur Abdelbaki Cherifa, enseignante au département d’hydraulique, cheffe d’équipe de recherche : ressources en eau et mobilisation, laboratoire EOLE à l’université de Tlemcen.
Contactée par notre rédaction, la coordinatrice de la chaire UNESCO sur le développement et la résilience (Pr. Abdelbaki), affirme que, les analyses réalisées dans le cadre de ses travaux de recherche mettent en évidence « une pollution significative dans plusieurs stations de l’Oued Mouilah », principal affluent transfrontalier de l’Oued Tafna qui alimente le barrage algérien; ce qui constitue une menace pour la préservation de la ressource en eau et nécessite une prise en charge urgente et coordonnée alerte Pr.Abdelbaki.
L’équipe dirigée par Pr.Abdelbaki, a établi que la pollution est déjà importante dans les stations de l’Oued Mouilah situées en amont des principaux rejets de Maghnia. Cette répartition spatiale met en évidence le rôle déterminant des apports transfrontaliers, notamment ceux associés au secteur d’Oujda et à l’Oued Bou-Naïm.
L’Oued Mouilah, rappelons-le, traverse le bassin transfrontalier et transporte les eaux depuis des secteurs situés au Maroc vers le territoire algérien, avant de rejoindre la retenue du barrage de Hammam Boughrara.
L’étude en question, repose sur l’analyse des données de dix stations de mesure, recueillies au cours de 44 campagnes, avec notamment l’utilisation d’un indice global de pollution, d’analyses statistiques multivariées et de l’étude des évolutions temporelles.
Les résultats montrent clairement sans détour, que la dégradation de la qualité de l’eau est déjà significative dans les stations de l’Oued Mouilah situées en amont (territoires marocains) des principaux rejets de Maghnia.Ce constat, affirme Pr.Abdelbaki, « constitue un argument scientifique de premier plan en faveur d’une contribution majeure des apports polluants transfrontaliers provenant du Maroc » avant de souligner que «les apports polluants provenant de l’amont marocain jouent un rôle majeur dans la dégradation de la qualité des eaux de l’Oued Mouilah et, par conséquent, dans la pollution qui affecte le barrage de Hammam Boughrara ».
L’écosystème Algérien menacé par le Maroc !
L’étude menée par Pr.Abdelbaki, à l’université de Tlemcen, est une énième preuve scientifique et documentée, exposant les agissements hostiles de Rabat ; pour porter atteinte à l’intégrité d’un pays souverain en créant des tensions internes autour de ressources vitales comme l’eau. Les répercussions d’une telle machination sont non seulement alarmante mais aussi irréversible.
La menace sur les écosystèmes aquatiques, les activités agricoles et la production d’eau potable est bien présente. Pr.Abdelbaki, affirme que « l’excès de matières organiques et de nutriments, notamment l’azote et le phosphore, favorise l’eutrophisation et le développement excessif des algues et du phytoplancton. Lorsque cette biomasse se décompose, elle consomme l’oxygène dissous dans l’eau, ce qui peut entraîner des conditions défavorables aux poissons et à de nombreux autres organismes aquatiques ».
Elle évoque, certaines « proliférations de cyanobactéries peuvent également produire des toxines » tout en recommandant une surveillance spécifique est donc nécessaire pour évaluer les risques éventuels pour les écosystèmes et la santé humaine.L’autre impact de la dégradation de la qualité de l’eau, c’est l’augmentation du coût du traitement destiné à la production d’eau potable.
L’experte relève en ce sens, que cette pollution provoquée par le Maroc, affecte aussi, les chaînes alimentaires, la diversité biologique et fragilise la capacité de résilience de l’écosystème, notamment face aux sécheresses et aux changements climatiques.Les polluants transportés depuis l’amont marocain ne s’arrêtent pas à la frontière, explique Pr.Abdelbaki, suivent les écoulements et peuvent atteindre les milieux aquatiques algériens. Un danger imminent pour les ressources hydriques du pays.
Et face à cette multitude de risques, les experts appellent à la protection du barrage Hammam Boughrara et recommandent, une surveillance régulière des eaux transfrontalières et une responsabilisation de l’ensemble des acteurs concernés, pour mettre un terme à l’agression environnementale marocaine.