L'Algérie aborde la campagne 2026 de prévention et de lutte contre les feux de forêt dans un contexte particulier marqué par une pluviométrie abondante ayant favorisé une importante croissance de la végétation. Si cette situation est bénéfique pour les écosystèmes forestiers, elle augmente également les risques d'incendies durant la période estivale.
Lancé officiellement le 1er mai, le dispositif national mobilise l'ensemble des secteurs concernés dans le cadre d'une stratégie basée sur l'anticipation, la coordination intersectorielle et la participation citoyenne.
Intervenant dans l'émission « L'Invité du jour » de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, le directeur de la protection de la faune et de la flore à la Direction générale des forêts (DGF), M. Si Ali Essaid, a expliqué que « c'est une année exceptionnelle par rapport à la pluviométrie. Quand il y a une bonne pluviométrie, il y a une croissance importante de toute la végétation, notamment les herbes qui, une fois desséchées, deviennent hautement inflammables. Nous aurons donc une année un peu difficile, mais avec l'aide de tous les secteurs et de tous les citoyens, nous espérons réaliser une campagne meilleure que celles de 2024 et 2025 ».
Après 70 jours de campagne, le premier bilan demeure encourageant. Selon M. Si Ali Essaid, les superficies parcourues par les flammes n'ont pas encore dépassé 150 hectares, contre près de 400 hectares à la même période en 2025 et 311 hectares en 2024. Toutefois, il rappelle que « la période la plus critique s'étend du 15 juillet au 20 août. La chaleur commence à s'installer et le risque devient désormais plus important ».
Evolution inhabituelle de la répartition géographique des incendies
Les autorités observent également une évolution inhabituelle de la répartition géographique des incendies. Si les régions du Nord, du Centre et du Nord-Est restent les plus exposées en raison de la présence de populations vivant à l'intérieur ou à proximité des massifs forestiers, l'Ouest du pays enregistre cette année une recrudescence des départs de feu après plusieurs années de relative accalmie.
« Cela faisait quatre à cinq ans que cette région connaissait très peu d'incendies à cause de la sécheresse. Cette année, avec le retour des pluies et la repousse de la végétation, la situation est différente », a précisé le responsable, indiquant que deux incendies importants y ont déjà été enregistrés, dont un à Oran ayant détruit plus de 25 hectares et un autre à Sidi Bel Abbès.
« 99 % des incendies sont dus à l'être humain »
Interrogé sur les causes des incendies, M. Si Ali Essaid a rappelé que « 99 % des incendies sont dus à l'être humain, par négligence, insouciance ou imprudence. La canicule constitue un facteur aggravant, mais elle n'est pas à l'origine des départs de feu ». Il a lancé un appel aux citoyens afin d'éviter toute utilisation du feu pour nettoyer les champs ou éliminer les résidus végétaux durant la période estivale, rappelant que la réglementation interdit strictement tout allumage de feu dans les espaces forestiers ou à leur proximité entre le 1er mai et le 30 novembre.
La campagne de prévention prolongée à sept mois
La campagne de prévention a d'ailleurs été prolongée à sept mois, contre cinq auparavant puis six l'année dernière, afin de tenir compte de l'évolution des conditions climatiques. Cette décision fait suite notamment aux importants incendies enregistrés entre le 13 et le 16 novembre 2025 dans la wilaya de Tiaret, où plus de 700 hectares avaient été ravagés. « Depuis la mise en œuvre de la nouvelle stratégie en 2024, nous n'avons enregistré aucune perte humaine, et c'est cela l'essentiel », s'est félicité M. Si Ali Essaid.
Une organisation nationale renforcée conte les feux de forêts
Le dispositif repose sur une organisation nationale renforcée. Il rappelle que « la Commission nationale de protection des forêts, installée le 14 mars dernier, regroupe 13 ministères ainsi que 14 directeurs généraux et présidents-directeurs généraux (…) Elle assure le suivi des bilans, identifie les insuffisances et définit les orientations stratégiques. À l'échelle territoriale, 40 commissions de wilaya, 471 commissions de daïra ou de circonscription administrative et 1 362 comités opérationnels communaux sont mobilisés. À cette organisation s'ajoutent plus de 2 500 comités de villages qui participent activement aux opérations de prévention et d'alerte. »
Pour le convive de la chaîne 3, « les missions de la DGF portent principalement sur les actions de sensibilisation, les travaux de préparation et la première intervention avant le relais assuré par les unités de la Protection civile et les autres services concernés ». Parallèlement, « d'importantes campagnes de sensibilisation sont menées dans les écoles, les collèges et les lycées afin d'inculquer aux jeunes générations les réflexes de protection de l'environnement ». Les services forestiers interviennent également auprès des usagers des espaces forestiers, avec l'appui de la Gendarmerie nationale, tandis que des actions de sensibilisation sont organisées dans les mosquées en coordination avec le ministère des Affaires religieuses.
Modernisation accrue des moyens techniques mis à la disposition des services concernés
Du reste, il explique que « les pouvoirs publics poursuivent la modernisation des moyens techniques mis à la disposition des services concernés. Dans ce cadre, l'Algérie a procédé à l'acquisition de 80 nouveaux drones destinés à la détection précoce des départs de feu, au suivi en temps réel de l'évolution des incendies et à l'amélioration de la coordination des interventions sur le terrain ». Ces équipements de dernière génération viennent compléter le dispositif national et devraient contribuer à une lutte plus rapide et plus efficace contre les feux de forêt durant la campagne estivale 2026.