La Banque africaine d'import-export (Afreximbank) va débloquer 10 milliards de dollars américains dans le cadre de son Programme de réponse à la crise du Golfe (GCRP) afin de protéger les économies africaines et de la CARICOM du conflit en cours.

Dans un communiqué rendu public, le Conseil d'administration d’Afreximbank a approuvé un Programme de réponse à la crise du Golfe (PRCG) doté de 10 milliards de dollars américains. «Ce programme vise à protéger les économies, les institutions financières et les entreprises africaines et caribéennes des répercussions de la crise actuelle et des graves chocs économiques provoqués par l'escalade du conflit au Moyen-Orient», indique l’institution financière qui note que la guerre américano-sioniste contre l’Iran a provoqué une onde de choc dans l'économie mondiale, les économies africaines et caribéennes étant les plus durement touchées.

Compte tenu de l'importance de la région du Golfe en tant que principale source mondiale de pétrole, de gaz naturel liquéfié (GNL) et d'engrais, ainsi que du rôle crucial du détroit d'Ormuz, l'épidémie a engendré des répercussions d'envergure mondiale, affectant notamment les économies africaines et celles de la CARICOM. «Ces répercussions touchent particulièrement les pays fortement dépendants des importations de carburant, d'engrais et de produits alimentaires, ainsi que ceux exposés aux corridors maritimes du Golfe, aux flux d'investissement, au tourisme et aux transferts de fonds », souligne l’Afreximbank.

Le PRG soutient les États membres vulnérables et les exportateurs africains à travers deux axes principaux, selon l’Afreximbank :

Sécurisation des importations : il fournit des devises et des liquidités à court terme pour l'achat de produits essentiels (carburants, GNL, alimentation, engrais, médicaments).

Boost des exportations : il aide les producteurs d'énergie et de minéraux à profiter de la hausse des prix et des nouveaux flux commerciaux en finançant l'augmentation de leur capacité de production (via des fonds de roulement et le financement de stocks).

Le Programme de relance global apporte un soutien d'urgence aux secteurs du tourisme et de l'aviation en Afrique et dans les Caraïbes, tout en renforçant la résilience à long terme de ces économies face aux crises futures. Pour y parvenir, il développe les capacités des exportateurs d'énergie et de minéraux et accélère le déploiement des infrastructures énergétiques, portuaires et logistiques essentielles qui avaient été retardées par le conflit, toujours d’après cette institution financière.

George Elombi, président du conseil d'administration d'Afreximbank, a souligné que le PRG est l'essence même de la mission d'Afreximbank, qui possède une expertise fine des réalités économiques africaines.

L'institution, a-t-il ajouté, ne se contente pas de distribuer des aides d'urgence à court terme, mais utilise cette crise comme un levier stratégique. Selon lui, le programme va permettre aux pays africains de surmonter les difficultés immédiates en douceur, tout en finançant des réformes structurelles profondes (comme l'industrialisation ou les infrastructures). En somme, il affirme qu'Afreximbank est une banque réactive et proactive, capable de transformer une crise passagère en une opportunité de modernisation pour rendre les économies africaines définitivement plus solides face aux chocs futurs.

Selon les initiateurs de ce programme, ce dernier n'est pas une action isolée, mais s'inscrit dans la continuité du savoir-faire d'Afreximbank. La banque a l'habitude de créer des programmes d'urgence efficaces pour protéger l'Afrique des crises mondiales successives (chute des cours en 2015, COVID-19, guerre en Ukraine).

Pour prouver cette efficacité, l’Afreximbank donne l'exemple du programme UKAFPA (créé pour la crise ukrainienne) : initialement doté de 4 milliards de dollars, il a finalement permis de mobiliser et distribuer 39 milliards de dollars. Cet afflux massif d'argent a sauvé de nombreux pays africains de la faillite en leur permettant de payer leurs importations vitales et de stabiliser leur économie.

Face à la crise, Afreximbank sécurise déjà l'approvisionnement en produits vitaux grâce à des partenariats privés, tout en pilotant une réponse géopolitique majeure avec l'ONU, l'Union africaine, la ZLECAf et la CARICOM pour blinder la sécurité énergétique et commerciale de la région.

Comment l'Algérie se positionne par rapport au dispositif actuel du GCRP (PRG) et à l'institution ?

L’Algérie s’intègre de manière hautement stratégique dans ce dispositif d'Afreximbank, dont elle est officiellement le 52ème État membre et un actionnaire majeur de « Classe A ». En tant que géant des hydrocarbures, le pays correspond exactement au profil des exportateurs d'énergie ciblés par le GCRP : les mécanismes de financement de la banque offrent à des acteurs comme Sonatrach l’opportunité d'augmenter leurs capacités de production pour capter les nouveaux flux commerciaux mondiaux. De plus, l'Algérie joue un rôle moteur dans la réponse régionale coordonnée par Afreximbank à travers la ZLECAf ; son adhésion récente au Système panafricain de règlement des paiements (PAPSS) renforce la résilience commerciale du continent en facilitant l'exportation de ressources stratégiques algériennes, comme les engrais ou l'énergie, vers le reste de l'Afrique.

Fervent défenseur de l'Accord de libre-échange continental africain (ZLECAf), Afreximbank a lancé un Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), adopté par l'Union africaine (UA) comme plateforme de paiement et de règlement pour la mise en œuvre de la ZLECAf. En collaboration avec le Secrétariat de la ZLECAf et l'UA, la Banque a créé un Fonds d'ajustement de 10 milliards de dollars américains pour soutenir les pays participant activement à la ZLECAf. Fin décembre 2024, le total des actifs et des provisions d'Afreximbank s'élevait à plus de 40,1 milliards de dollars américains, et ses fonds propres à 7,2 milliards de dollars américains. 

Hanane Ben