B Bacha
La première journée de la 14e édition du NAPEC, ouverte lundi au Centre des conventions d’Oran, aura surtout permis de clarifier une orientation : l’Algérie ne conçoit plus son avenir énergétique dans une logique de remplacement des hydrocarbures par les énergies renouvelables, mais dans celle d’un élargissement progressif du mix énergétique. Derrière le concept d’« addition énergétique », largement repris par les responsables intervenus à l’ouverture, se dessine une stratégie qui cherche à concilier trois impératifs : sécuriser l’approvisionnement, préserver la compétitivité de l’énergie et préparer la décarbonation.
Cette première journée aura ainsi davantage ressemblé à une démonstration de méthode qu’à une simple succession d’annonces. Du ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, au PDG de Sonatrach, Noureddine Daoudi, en passant par le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, le président de l’ARH, Amine Remini, et le président d’ALNAFT, Abdelkader Cherfaoui, un même fil conducteur s’est dégagé : conserver les atouts du modèle énergétique actuel tout en préparant activement ses prochaines évolutions.
Les hydrocarbures restent le socle, mais le modèle change
Le premier enseignement du NAPEC est sans ambiguïté : l’Algérie n’entend pas tourner le dos au pétrole et au gaz. Le contexte international, la croissance de la demande et les impératifs de sécurité énergétique plaident, selon les responsables algériens, pour le maintien des investissements dans l’exploration, la production et la valorisation des hydrocarbures.
Mais le discours a changé. Il ne s’agit plus seulement de produire davantage, mais de produire mieux, de valoriser davantage les ressources et d’intégrer progressivement les technologies permettant de réduire leur empreinte environnementale.
Les annonces faites autour d’ALNAFT sont révélatrices de cette orientation. La prolongation de deux mois du délai de soumission de l’Algeria Bid Round 2024, alors que près de 60 compagnies ont manifesté leur intérêt pour les sept périmètres proposés, traduit la volonté de maintenir l’exploration au cœur de la stratégie. Dans le même temps, l’accent mis sur la donnée, l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies montre que la recherche de nouvelles réserves s’inscrit désormais dans une industrie beaucoup plus numérisée.
La même logique apparaît chez Sonatrach. Réduction du torchage, limitation des émissions de méthane, récupération du gaz associé, maintenance prédictive, intelligence artificielle et efficacité énergétique : le groupe cherche à conjuguer développement des hydrocarbures et amélioration de leur performance environnementale.
L’« addition » devient une stratégie industrielle
L’autre signal fort de cette première journée concerne les énergies renouvelables. Le solaire photovoltaïque, avec une première phase de 3 200 MW en cours de mise en service, constitue désormais une composante concrète de la diversification énergétique. Les études annoncées dans l’éolien, l’hydroélectricité, la géothermie et la biomasse témoignent, elles, d’une volonté d’élargir progressivement le portefeuille énergétique.
Mais là encore, l’enjeu dépasse la seule production d’électricité verte. L’Algérie cherche à construire autour de ces filières des chaînes de valeur, des compétences et des capacités industrielles nationales.
C’est particulièrement visible dans le dossier de l’hydrogène vert. La stratégie présentée à Oran vise à ne pas limiter le pays à la production de cette nouvelle ressource, mais à développer progressivement l’ensemble de la chaîne : équipements, électrolyse, production, transport, stockage et utilisation. Le projet SoutH2 Corridor donne à cette ambition une dimension européenne, tandis que la coopération africaine lui confère une portée régionale.
L’« addition énergétique » apparaît donc moins comme une simple formule que comme une tentative de faire évoluer le système énergétique sans fragiliser ses fondations.
Des annonces aux premiers engagements
C’est probablement sur le terrain des partenariats que la première journée du NAPEC aura fourni le signal le plus concret. Plusieurs accords et mémorandums d’entente ont été signés sous l’égide du ministre d’État, ministre des Hydrocarbures.
L’ARH et Eni Algeria Exploration B.V. ont ainsi conclu un protocole destiné à renforcer la coopération technique et l’échange d’expertise réglementaire, notamment en matière de conformité et de sécurité. ALNAFT a, de son côté, signé un mémorandum avec le groupe thaïlandais PTTEP afin d’ouvrir un cadre de coopération autour de nouvelles opportunités d’investissement dans le domaine minier des hydrocarbures. Un autre accord entre Sonatrach et PTTEP porte sur le développement de la coopération et l’identification de projets communs.
Ces signatures donnent une traduction concrète au message répété tout au long de la journée : l’Algérie veut désormais transformer les opportunités identifiées en investissements, en technologies et en projets.
L’enjeu africain derrière le rendez-vous d’Oran
La présence de l’APPO et l’insistance de ses responsables sur la nécessité pour l’Afrique de transformer ses ressources ajoutent une dimension stratégique au débat. Pour Farid Ghezali, la transition énergétique du continent ne peut être dissociée de l’accès à l’énergie, de l’industrialisation et du développement des capacités locales.
Cette vision rejoint, sur plusieurs points, le discours algérien. L’enjeu n’est pas seulement d’exporter des molécules ou de nouvelles formes d’énergie, mais de développer les infrastructures, les compétences et les chaînes de valeur permettant de conserver davantage de richesse sur le continent.
Le TSGP, le développement de l’électricité, les renouvelables, l’hydrogène et les interconnexions régionales s’inscrivent dans cette même perspective. L’Algérie cherche ainsi à consolider sa position de carrefour entre les ressources africaines, les marchés méditerranéens et la demande européenne.
Le véritable test : passer du potentiel à l’investissement
Au terme de cette première journée, le NAPEC 2026 laisse donc apparaître une équation énergétique plus complexe, mais aussi plus pragmatique. Les hydrocarbures restent indispensables à court et moyen terme ; les renouvelables doivent prendre progressivement davantage de place ; l’hydrogène ouvre une nouvelle frontière ; le numérique et l’intelligence artificielle deviennent des outils de compétitivité ; et les partenariats internationaux sont appelés à accélérer cette transformation.
Reste désormais la question la plus importante : celle de l’exécution.
Car le principal défi de cette nouvelle approche ne sera pas de définir un mix énergétique théorique, mais de financer les projets, attirer les technologies, former les compétences, développer
C’est précisément là que se joue la portée réelle du concept d’« addition énergétique ». Après les discours de la première journée, le NAPEC devra désormais montrer que l’addition des sources peut aussi produire une addition de valeur, d’investissements, d’emplois et de souveraineté énergéti l’industrie locale et transformer les nombreux protocoles annoncés en réalisations mesurables.que.