Par Hanane Ben

Le procès en diffamation intenté par Saâda Arbane contre Kamel Daoud et Le Figaro s’est ouvert hier, vendredi 5 juin, devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris. Sans surprise, le parquet a requis la relaxe pour l'écrivain et le quotidien.

«La vache sacrée des médias français», comme l’a si bien dépeint Me William Bourdon, avocat de Saâda Arbane, a toujours utilisé la carte victimaire pour se soustraire aux conséquences de ces actes. D’ailleurs, l’écrivaillon n’a pas daigné assister à l'audience, retenu, dit-on, à l'étranger pour recevoir le prix Stig Dagerman, rien que ça !

De ses entretiens dans lesquels il soutient que Saâda Arbane fait l’objet d’une instrumentalisation politique —comprendre une manipulation de l’Etat algérien, — à ces déclarations concernant les femmes arabes, particulièrement la femme algérienne qu’il dénigre la comparant constamment et de manière péjorative à son homologue européenne, cet imposteur n’a eu de cesse de souffler sur les braises de la polémique, se construisant un personnage médiatique de néo-colonisé, flattant son public occidental aux détriments des siens.

Pour ceux qui ne comprennent toujours pas pourquoi Kamel Daoud se vend au plus offrant en livrant une image misérabiliste de son pays d'origine pour s'acheter une nouvelle virginité — soutenu en cela par des cercles hostiles à l’Algérie —, il faut réaliser que cette imposture littéraire agit en véritable bourreau, faisant sept victimes bien distinctes... à savoir s'il n'y en a pas d'autres.

La première victime de cet ancien islamiste, est son ex-femme qui l’a accusé publiquement de violences physiques et psychologiques durant l'époque où ils étaient mariés en Algérie. 

Elle a affirmé que l’image qu’il donne aujourd’hui comme étant un défenseur de la cause des femmes est totalement fausse et en totale contradiction avec la réalité. La deuxième victime et sans doute la plus cruellement touchée est Saâda Arbane, survivante réelle d'un massacre de la décennie noire, qui a perdu l'usage de la parole en raison de ses blessures.

L’imposteur a calqué le personnage principal de son roman, Houris, sur sa vie privée et ses traumatismes (la canule à la gorge, l'histoire de la survie).

La troisième victime est la mère adoptive de Saâda Arbane. Tout comme Saâda, cette femme voit sa vie privée, ses sacrifices et son rôle familial exposés publiquement à travers les personnages de fiction qui s'inspirent directement d'elle.

Le roman réveille chez elle aussi les fantômes et les traumatismes de la décennie noire, tout en lui imposant la charge émotionnelle d'une polémique médiatique qu'elle n'a pas cherchée. La quatrième victime est bien son épouse actuelle et ancienne psychiatre de Saâda Arbane.

Pourquoi une victime ? Parce que le faux écrivain a exploité l'intimité du couple et la confiance de sa femme pour accéder à un matériau confidentiel, piégeant ainsi son épouse dans une violation déontologique majeure.

À cause de la publication du livre et du scandale qui a suivi, la carrière, la réputation professionnelle et l'éthique médicale de son épouse se retrouvent totalement détruites ou compromises. La cinquième victime est l'image de la femme et de la société algériennes. En insistant massivement sur les violences, le conservatisme et les traumatismes, il a réduit toute une population à un tableau misérabiliste et désespérant pour satisfaire des attentes occidentales.

La mémoire nationale se retrouve, elle aussi victime de ce néo-colonisé car il n’a cessé de manipuler l'histoire de la décennie noire, violant non seulement la loi algérienne — la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, qui interdit d'évoquer les blessures de la décennie noire —, mais donnant également une version biaisée et politisée de ce drame au public étranger.

La dernière victime de Kamel Daoud est le public français. Etant le destinataire d'une imposture, ce public est manipulé à souhait par un auteur qui lui vend une vision sombre de l’Algérie pour flatter ses propres biais ou complexes de supériorité, poussant les institutions littéraires à le couronner de prix prestigieux comme le Goncourt.

En fin de compte, si l'imposteur Daoud devait être qualifié de victime, il ne serait que la victime de ses propres méfaits.

Le scandale qui l'entoure aujourd'hui n'est pas le fruit d'une cabale, mais le retour de bâton inévitable d'une ambition démesurée qui a sacrifié l'éthique et la vérité sur l'autel d’une prétendue gloire littéraire.