
- Abdelmadjid Tebboune, président de l’Algérie, entouré d’Angela Merkel et Antonio Guetterres, à la conférence de Berlin sur la Libye en janvier 2020. Photo Pool.

- Fayez Al-Sarraje reçu par le président Tebboune

- Mark Esper, le Secrétaire à la Défense (ministre de la défenses américain) reçu en audience par le président algérien Abdelmadjid Tebboune. APS
- Le retour de l’Algérie sur la scène internationale a été confirmée par la récente visite du secrétaire à la Défense américain, Mark Esper, la première d’u aussi haut responsable américain depuis 2006. Elle intervenait dans le cadre d’un périple maghrébin qui l’a conduit à Tunis et à Rabat. Contrairement à ses deux déplacements en Tunisie et au Maroc où le chef du Pentagone ne s’était pas embarrassé pour exiger de ses hôtes la soumission aux intérêts sécuritaires et commerciaux américains, les mettant même en garde contre « l’influence croissante de la Russie et de la Chine (…) ces rivaux stratégiques des États-Unis » qui « continuent d’intimider les voisins et amis de l’Amérique pour étendre leur influence tyrannique dans le monde, y compris sur le continent africain », ses conversations avec le président algérien étaient teintées de respect et d’admiration. Il ne pouvait pas ignorer le lourd tribut payé par l’Algérie dans sa guerre contre le terrorisme. Il ne pouvait ne pas savoir également que la Russie et la Chine sont des « alliées naturelles de l’Algérie. Il ne pouvait pas enfin ignorer que malgré les divergences idéologiques et politiques entre les deux pays, l’Algérie, grâce à sa diplomatie, a joué un rôle capital dans la libération des 52 otages américains à Téhéran le 19 janvier 1981 et détenus depuis le 4 novembre 1979.Le visiteur américain a loué les efforts algériens dans la lutte contre le terrorisme et demandé même l’aide d’Alger dans le règlement des crises libyenne et sahélienne. Armée parmi les plus puissantes d’Afrique et du monde arabe, l’APN est considérée par Washington comme un élément essentiel dans la lutte antiterroriste, dans la stabilité de la région et la paix en Méditerranée.

- Marc Esper dépose se recueille devant le monument aux martyrs de la révolution algérienne. APS
La longue rencontre avec le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune au cours de laquelle il lui a expliqué les fondamentaux et les constantes de la politique étrangère algérienne a séduit et conquis l’hôte américain qui a reconnu le rôle majeur que joue l’Algérie sur la scène internationale.
En tant qu’homme politique qui avait servi dans la première guerre d’Irak, et qui connaît les limites du recours à la force pour régler des questions éminemment politiques es solutions militaires, Mark Esper a bien compris l’approche algérienne telle que lui avait expliquée le président. Il avait été sans doute briffé par les diplomates américains en poste à Alger. « Depuis la catastrophe de l’intervention en Libye [en 2011] nous écoutons davantage nos amis algériens qui militent pour des solutions politiques et inclusives », confiait un diplomate US en poste à Alger il y a quelques années. « Nous comprenons aisément pourquoi Alger refuse les projections temporaires comme le G5 Sahel et pourquoi seule une attitude du type ”playing the long game”, adoptée par Alger, reste la plus pertinente dans des conflits d’une telle complexité », poursuivait le diplomate. L’ex-GI de la première guerre du Golfe Mark Esper a été probablement attentif aux arguments d’Alger. »
Cette visite historique qui intervient dans une période charnière de l’histoire des États-Unis, soit près d’un mois avant l’élection présidentielle capitale prévue le 3 novembre, n’est pas du goût de certains médias américains adeptes du regime change cher aux mal nommés printemps arabes et révolutions de couleur. C’est le cas du New York Times, un média qui s’est très souvent trompé dans ses analyses, particulièrement lorsqu’il s’agit du monde arabe qu’il voit à travers ses lunettes sionistes. Plutôt que de s’acquitter de son devoir d’informer, il se perd dans les méandres du politiquement correct et du conformisme idéologique au service de l’état profond américain. Il s’est trompé sur l’Irak, l’Iran, la Syrie, la Palestine, le Venezuela, la Russie et maintenant sur l’Algérie. Pour ce journal newyorkais, un an après le début du Hirak, rien n’a changé ! Dans un reportage réducteur remplis de clichés écrit par son correspondant à Paris Adam Nossiter, qui puise ses informations des médias parisiens foncièrement anti-algériens, le NYT regrette l’évanouissement du Hirak qui n’a pas porté au pouvoir en Algérie les hommes et les femmes propulsés par les ONG spécialisées dans l’exportation de la démocratie synonyme, dans leur esprit, de l’effondrement des états et du chaos dit créateur. Or le peuple algérien, qui a déserté les rues bien avant le début de la pandémie, n’a pas suivi leurs conseils, instruits qu’il est par le précédent irakien, libyen, syrien, yéménite et bien d’autres sous d’autres cieux. Adam Nossiter ferait mieux de s’occuper de la démocratie américaine aujourd’hui en crise, où de la France en ébullition plutôt que de disserter sur l’Algérie, un pays qu’il ne connaît pas, à partir de Paris.
Philippe Tourel