Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a adressé, samedi, un discours aux participants au Sommet des Etats fondateurs de l'initiative du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), qui se tient à El Alamein, en République arabe d'Egypte, lu par le président du Conseil de la nation, M. Azouz Nasri. En voici la traduction APS :

 "Au nom de Dieu, Clément et Miséricordieux,

Prière et paix sur le plus noble des Messagers,

Excellence M. Abdel Fattah Al-Sissi, président de la République arabe d'Egypte, pays frère, 

- Excellence M. Joao Lourenço, président de la République d'Angola, pays frère, et président du Comité d'orientation de l'Agence de développement de l'Union africaine,

- Excellence M. Evariste Ndayishimiye, président de la République du Burundi et président de l'Union africaine,

- Excellence M. Cyril Ramaphosa, président de la République d'Afrique du Sud, pays frère,

- M. Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l'Union africaine,

- Mme Nardos Bekele-Thomas, directrice exécutive de l'Agence de développement de l'Union africaine, Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 Je tiens, tout d'abord, en prenant part aux travaux de ce Sommet en qualité de représentant du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, de vous transmettre ses salutations et ses vœux de plein succès et de réussite à nos travaux.

Je tiens également à adresser mes vifs remerciements à la République arabe d'Egypte, pays frère, dirigeants et peuple, pour l'accueil de ce Sommet ainsi que pour leur hospitalité et leur bonne organisation.

Je me réjouis de participer à ce Sommet historique, à travers lequel nous célébrons le vingt-cinquième (25e) anniversaire du lancement de l'initiative du NEPAD, une étape qui nous invite à dresser le bilan d'un quart de siècle d'action africaine commune et à envisager une nouvelle phase du processus de développement et d'intégration dans notre continent.

Excellences, Evoquer la prochaine étape du processus du NEPAD ne saurait se faire sans aborder l'un des principaux obstacles au développement dans notre continent : le déficit de financement.

Il est désormais indispensable de renforcer la capacité de l'Afrique à mobiliser ses propres ressources, d'orienter les capitaux et l'épargne africains vers ses priorités de développement et de consolider le rôle des institutions financières continentales, tout en poursuivant les efforts en faveur d'un système financier international plus équitable et davantage représentatif des intérêts du continent.

Dans ce cadre, le secteur privé demeure un partenaire clé en matière d'investissement, de production, d'innovation, de création d'emplois et de développement des chaînes de valeur régionales et continentales, d'où la nécessité de poursuivre l'amélioration du climat des affaires, de renforcer la bancabilité des projets, de développer les partenariats public-privé et de recourir davantage aux mécanismes de financement innovants, au financement mixte et aux instruments de partage des risques.

Dans ce sillage, nous soulignons l'importance de traduire cette vision en mécanismes opérationnels à même de mobiliser l'investissement, d'élaborer des portefeuilles de projets bancables, de soutenir les Petites et moyennes entreprises (PME) et les chaînes de valeur africaines, tout en développant des instruments africains innovants de financement mixte et de partage des risques.

Cela étant, le succès de ces mécanismes restera tributaire de leur capacité à aboutir à des projets effectifs, selon des échéanciers clairs et des indicateurs mesurables, de sorte que l'impact tangible sur la vie du citoyen africain constitue le véritable critère de réussite de notre action commune.

A ce titre, l'Algérie réaffirme la nécessité de renforcer les ressources financières, techniques et humaines destinées à la mise en œuvre des projets phares de l'Agenda 2063, d'accélérer la concrétisation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et de réunir les conditions à même de la transformer en un véritable levier d'intégration, de production et de commerce intra-africain.

De même, le soutien de l'Algérie à la création de l'Agence africaine de notation de crédit (AfCRA) s'inscrit dans le cadre de cette orientation visant à renforcer la souveraineté financière du continent, à améliorer l'évaluation de ses économies et à offrir des conditions plus équitables d'accès au financement.

En parallèle, l'Algérie continue de plaider dans les fora internationaux pour un traitement plus juste et durable de la question de la dette des pays en développement et en faveur d'une réforme en profondeur des institutions financières internationales afin de garantir une meilleure représentation de l'Afrique et de renforcer sa capacité à financer ses priorités de développement.

Partant des valeurs de solidarité africaine, l'Algérie a également renforcé sa coopération avec les pays frères par l'intermédiaire de l'Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement, qui accompagne et finance des projets de développement dans plusieurs pays africains, notamment dans les domaines des infrastructures, de la santé, de l'éducation, de l'énergie et des ressources en eau. 

Le lancement de cette initiative a marqué l'une des étapes majeures du processus d'action africaine commune et un tournant décisif dans l'élaboration d'une vision africaine du développement, traduisant l'aspiration de notre continent à prendre en main son propre processus de développement et à consacrer le principe d’appropriation africaine de ses priorités, de ses politiques et de ses programmes.

La célébration de cet anniversaire nous invite à rappeler les contributions des dirigeants africains dont les noms sont associés à la fondation de cette initiative, et qui ont contribué à l’élaboration d’une vision fondée sur la conviction profonde que le développement est un droit des peuples, et que l’Afrique est en droit de définir elle-même ses choix et ses priorités.

Dans ce contexte, l’Algérie rappelle avec fierté l’héritage intellectuel et politique du défunt président Houari Boumediene, qui a défendu le droit des peuples africains à la souveraineté sur leurs ressources et leurs richesses naturelles et appelé à l’instauration d’un ordre économique international plus juste et plus équitable et à la construction d’une coopération africaine fondée sur la solidarité et les intérêts communs.

Excellences, Le NEPAD est né d'une conviction fondamentale : la libération politique ne saurait être complète sans émancipation économique et l'Afrique ne peut construire son avenir qu'en s'appuyant sur ses propres capacités et en renforçant la solidarité et l'intégration entre ses Etats et ses peuples.

C'est dans cet esprit que cette initiative a vu le jour, expression d'une vision authentiquement africaine fondée sur l'appropriation par l'Afrique de son processus de développement et sur la responsabilité partagée dans la réalisation de ses objectifs.

Depuis le Plan d'action de Lagos de 1980, qui a posé les bases de l'intégration économique et du développement autocentré, en passant par les différentes étapes qui ont accompagné la mise en œuvre de l'initiative du NEPAD et le renforcement de sa place au sein de l'architecture de l'Union africaine, jusqu'à sa transformation en Agence de développement de l'Union africaine, notre continent a franchi des étapes importantes dans la mise en place de ses instruments et mécanismes de développement.

Vingt-cinq (25) ans après le lancement de l'initiative, nous pouvons à juste titre nous enorgueillir des réalisations accomplies dans les domaines des infrastructures, du développement humain, de la gouvernance et de l'intégration économique.

Nous devons, toutefois, reconnaître objectivement le fossé qui subsiste entre les grandes ambitions que nous nous sommes fixées et les résultats obtenus sur le terrain.

Dès lors, la question qui doit nous préoccuper aujourd'hui ne saurait se limiter à ce que nous avons accompli au cours des vingt-cinq (25) dernières années, mais doit surtout porter sur les moyens de faire de la prochaine étape une phase d'accélération de la réalisation et de concrétisation de la transformation escomptée.

Le défi qui se pose à nous aujourd'hui consiste à passer de la planification à la mise en œuvre, des approches fragmentées à des projets et programmes structurants à large impact, et de l'annonce des engagements à la concrétisation de résultats tangibles et mesurables, ayant une incidence directe sur la vie du citoyen africain.

En effet, l'appropriation africaine du développement ne saurait se limiter à la définition d'une vision et à l'identification des priorités, mais exige également de disposer de moyens de plus en plus importants en matière de financement, de mise en œuvre, de suivi et d'évaluation.

Excellences, L'Algérie a fait de son appartenance africaine un choix stratégique constant et un engagement qu'elle s'est attachée à traduire à travers des initiatives et des projets concrets visant à renforcer l'intégration et la connectivité entre les pays du continent et à réunir les conditions propices à un développement commun et durable Parmi ces projets figure, en premier lieu, la route transsaharienne, qui relie l'Algérie à cinq (5) pays africains et constitue un axe stratégique pour les échanges, la mobilité et l'intégration économique, contribuant ainsi à désenclaver de vastes régions du Sahel et à ouvrir de nouvelles perspectives à la circulation des biens, des personnes et des investissements.

La route reliant Tindouf à Zouerate, en Mauritanie, et les projets d'extension du réseau ferroviaire vers le Sud s'inscrivent également dans cette même vision visant à renforcer la connectivité économique avec les pays voisins et à ouvrir de nouvelles voies aux échanges et à l'intégration.

A cela s'ajoute le projet de dorsale transsaharienne à fibre optique, qui revêt une importance particulière pour renforcer la connectivité numérique et soutenir l'économie numérique dans la région du Sahel, et le gazoduc transsaharien, en tant que projet stratégique de coopération dans les domaines de l'énergie et du développement.

Convaincue que l'investissement dans le capital humain demeure au cœur de tout processus de développement durable, l'Algérie a contribué, depuis son indépendance, à la formation de dizaines de milliers de cadres africains dans différents domaines et continue, chaque année, à offrir des possibilités de formation et des bourses d'études aux étudiants africains, dans le cadre de sa contribution au développement du capital humain africain.

L'Algérie ne perçoit pas ces projets et initiatives comme de simples réalisations nationales, mais comme des jalons dans l'édification d'un espace africain mieux interconnecté et intégré et davantage en mesure de réaliser un développement partagé.

Excellences,

L'Agence de développement de l'Union africaine (AUDA-NEPAD) a réussi à consolider sa position en tant qu'instrument central pour la mise en œuvre des priorités de développement du continent et partenaire de confiance pour les Etats membres et les différents partenaires.

Toutefois, la préservation et le renforcement de cet acquis exigent aujourd'hui de passer à une nouvelle étape.

En effet, nous avons besoin d'une agence plus forte, plus souple, plus efficace et plus réactive aux priorités des Etats membres, disposant de capacités opérationnelles et de ressources financières suffisantes pour lui permettre d'assumer pleinement ses missions.

Il convient également de renforcer la complémentarité entre l'Agence, la Commission de l'Union africaine et les Communautés économiques régionales, d'éviter le chevauchement des rôles et des compétences, et de consolider sa capacité d'élaboration de projets bancables, de mobilisation des ressources, de renforcement des capacités, de suivi de la mise en œuvre et d'évaluation de l'impact.

L'enjeu ne réside pas dans la création de structures supplémentaires, mais plutôt dans la capacité à donner à nos institutions déjà en place les moyens de transformer nos décisions politiques en projets et résultats concrets.

Dans cette perspective, il convient de souligner l’importance du rôle que peuvent jouer les Etats fondateurs du NEPAD, non pas en tant que privilège historique, mais comme une responsabilité renouvelée pour préserver l’esprit de cette initiative et contribuer à son adaptation aux nouveaux défis et mutations.

Le développement et la stabilité demeurent également deux processus indissociables. Il ne saurait y avoir de développement durable sans sécurité et stabilité, ni de paix durable sans un développement inclusif permettant de réduire les facteurs de vulnérabilité et de répondre aux aspirations des peuples.

Face aux défis sanitaires auxquels le continent est confronté, l’Algérie réaffirme sa solidarité avec les Etats africains touchés et appelle à renforcer la capacité de l’Afrique à faire face collectivement aux épidémies et aux urgences sanitaires, à travers la solidarité, l’échange d’expertises et le renforcement des systèmes nationaux et continentaux de surveillance, de prévention et de riposte.

Excellences, Notre réunion d’aujourd’hui, au-delà de la célébration d'un quart de siècle d’existence du NEPAD, constitue une occasion pour évaluer les acquis, en tirer des enseignements et définir les priorités devant orienter notre action au cours de la prochaine étape.

Il est désormais grand temps de passer de la phase de consolidation de la vision et des programmes continentaux à une étape où la mise en œuvre, la mobilisation des financements et l'évaluation des résultats et de l'impact constituent les priorités de l’action de l’Agence de développement de l'Union africaine. Partant, l’Algérie souhaite que notre Sommet marque le début d'une nouvelle étape d’action et de réalisation africaines, où les projets seront plus à même d'être mis en œuvre et financés, les institutions plus efficaces, les ressources africaines davantage mobilisées, les partenariats plus équilibrés et les résultats plus clairs et mesurables.

Aujourd’hui comme hier, l'initiative du NEPAD conserve toute sa pertinence et son importance stratégique.

Aussi, il nous appartient de continuer à soutenir l’Agence de développement de l’Union africaine et de lui permettre de jouer pleinement son rôle dans la mobilisation des efforts collectifs, l’accélération de la mise en œuvre des grands projets structurants, le renforcement de l’intégration continentale et la réponse aux aspirations de nos peuples à un développement inclusif et durable, porté par l’Afrique, par sa volonté et par ses capacités.

Faisons de cet anniversaire le point de départ d’une nouvelle étape de l’action africaine commune, fondée sur la confiance dans les capacités de notre continent, la valorisation judicieuse de ses ressources et la concrétisation de ses ambitions en réalisations tangibles, convaincus que l’avenir de l’Afrique doit être façonné par une volonté africaine et au service des peuples du continent.

Je vous remercie de votre aimable attention".