Par Rasha Selmi
 
L’Algérie confirme sa position de premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne, dans un contexte énergétique international marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes sur les approvisionnements. Selon les dernières données rapportées par l’agence de presse espagnole EFE, le gaz algérien a représenté 41,7 % des importations espagnoles au mois de juillet, loin devant plusieurs autres fournisseurs.
 
Sur les sept premiers mois de l’année 2026, les livraisons algériennes ont atteint près de 75 000 gigawattheures, soit 34,8 % de l’ensemble du gaz importé par l’Espagne. Ces chiffres confirment la place centrale occupée par l’Algérie dans le système énergétique espagnol et, plus largement, son importance pour la sécurité énergétique du sud de l’Europe.
 
Une position qui ne relève pas seulement de la conjoncture. En 2025 déjà, selon les données d’Enagás, l’opérateur espagnol du système gazier, l’Algérie était le premier fournisseur du marché espagnol, avec environ 35 % des approvisionnements. La tendance se poursuit donc en 2026, avec une part algérienne qui demeure particulièrement élevée.
 
Cette progression intervient surtout à un moment où le marché gazier international est soumis à de fortes pressions. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les perturbations des routes maritimes et la volatilité des prix du gaz naturel liquéfié poussent les pays européens à sécuriser davantage leurs sources d’approvisionnement.
 
Pour l’Espagne, l’Algérie présente un avantage stratégique évident : une partie importante du gaz arrive directement par gazoduc, via le Medgaz, qui relie les installations algériennes à Almería. Cette connexion permet à Madrid de disposer d’un approvisionnement direct depuis l’autre rive de la Méditerranée, sans dépendre exclusivement du transport maritime.
 
Et ce rôle pourrait encore s’accroître. En juillet dernier, l’Espagne et l’Algérie ont conclu un accord politique visant à augmenter les importations de gaz algérien. Selon EFE, le gouvernement espagnol espère notamment accroître d’environ 10 % les volumes acheminés par le gazoduc Medgaz, tout en envisageant une augmentation des importations de gaz naturel liquéfié transporté par méthaniers.
 
Cette décision intervient dans le cadre de la nouvelle étape engagée dans les relations entre Alger et Madrid. Après plusieurs années de tensions diplomatiques, les deux pays ont progressivement renoué le dialogue. La question énergétique apparaît désormais comme l’un des principaux moteurs de cette normalisation.
 
La visite du président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, à Alger en juillet, a ainsi permis d’acter cette nouvelle dynamique. Aux côtés des questions politiques et économiques, l’énergie a occupé une place majeure dans les discussions. Les représentants de plusieurs grands groupes espagnols du secteur, notamment Repsol, Naturgy, Moeve et Enagás, étaient présents à Alger.
 
Pour Madrid, l’enjeu est clair : garantir des approvisionnements suffisamment importants, réguliers et compétitifs dans un environnement énergétique devenu beaucoup plus incertain. Pour Alger, cette demande confirme la fiabilité de ses infrastructures et la capacité de son industrie gazière à répondre aux besoins de ses partenaires européens.
 
Mais au-delà des volumes et des contrats, le gaz constitue désormais un levier stratégique dans la relation algéro-espagnole. L’énergie contribue à donner une nouvelle profondeur au partenariat entre les deux pays, après la crise diplomatique déclenchée en 2022 par le changement de position de Madrid sur la question du Sahara occidental.
 
La reprise du dialogue politique s’est accompagnée d’un dégel progressif des relations économiques. En mars 2026, Alger avait annoncé la réactivation du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec l’Espagne, suspendu depuis 2022. Cette évolution a ouvert la voie à une reprise plus large de la coopération bilatérale.
 
Le gaz apparaît donc aujourd’hui comme l’un des piliers de cette nouvelle phase. D’autant que l’Espagne dispose d’un système gazier particulièrement développé, avec d’importantes capacités de réception et de regazéification du GNL. Selon Enagás, le système espagnol peut diversifier ses approvisionnements grâce à des infrastructures qui permettent de recevoir du gaz provenant de nombreux pays.
 
Cette diversification ne réduit toutefois pas l’importance de l’Algérie. Bien au contraire : dans le contexte actuel, la proximité géographique, les infrastructures existantes et la régularité des flux algériens donnent au gaz venu d’Algérie une valeur stratégique particulière.
 
L’Algérie dispose ainsi d’un atout majeur sur le marché européen : sa proximité avec l’Europe et sa capacité à acheminer directement une partie de ses exportations par gazoduc. Un avantage qui prend davantage de poids lorsque les marchés mondiaux du GNL sont soumis aux tensions géopolitiques et aux variations des coûts du transport maritime.
 
Pour l’Espagne, le partenariat énergétique avec Alger répond donc à une logique de sécurité d’approvisionnement. Pour l’Algérie, il constitue également une opportunité de consolider sa position de fournisseur fiable du marché européen et de renforcer ses relations économiques avec les pays du sud de l’Europe.
 
Et cette coopération pourrait ne pas se limiter au gaz. Lors de la visite de Pedro Sánchez à Alger, les deux pays ont également affiché leur volonté d’élargir leur partenariat aux énergies renouvelables, ainsi qu’aux domaines économique, scientifique, technologique et commercial. Le président Abdelmadjid Tebboune a notamment insisté sur les perspectives de coopération dans les énergies renouvelables, en s’appuyant sur les ressources dont dispose l’Algérie.
 
Ainsi, derrière les chiffres des importations gazières se dessine une réalité plus large : l’Algérie est devenue un acteur incontournable de la sécurité énergétique espagnole, tandis que Madrid cherche à sécuriser davantage ses relations avec son voisin du sud.
 
Avec près de 35 % des importations espagnoles de gaz sur les sept premiers mois de 2026 et plus de 40 % sur le seul mois de juillet, le poids de l’Algérie est désormais difficile à ignorer.
 
Le gaz ne constitue donc pas seulement une marchandise dans les relations entre Alger et Madrid : il devient l’un des principaux piliers d’un partenariat appelé à prendre une nouvelle dimension, au moment même où l’Europe cherche à sécuriser et à diversifier ses approvisionnements énergétiques.