L'expert et analyste américain spécialiste des questions pétrolières et gazières en Afrique du Nord, Geoff D. Porter, a relevé que le modèle économique porté par la proposition marocaine de projet de gazoduc Afrique-Atlantique, visant à relier le Nigeria à la façade atlantique jusqu'au Maroc, ne garantit ni la rentabilité du projet ni un retour sur investissement, soulignant que ce projet "ne sera jamais réalisé".
Dans une publication sur son compte sur la plateforme "X", l'expert a expliqué que le nombre élevé de pays qui seront traversés par le gazoduc (11 pays) constituait l'un des facteurs qui compromettent ce projet, notamment au regard de la problématique économique liée au prélèvement par chacun des onze pays de transit de 5% du gaz acheminé, en guise de redevance, ce qui, selon lui, remet fondamentalement en question le projet.
Il a estimé que la multiplicité des accords de paiement de droits de transit en nature repousse tout retour sur investissements au-delà de l'horizon de n'importe quel investisseur.
Les pays produisent du gaz pour le vendre et les projets de gazoducs ont besoin de clients qui s'acquittent de redevances en contrepartie de l'utilisation des infrastructures, pour récupérer leurs investissements, a-t-il expliqué, soulignant que le projet de gazoduc Afrique-Atlantique ne réunit pas les conditions économiques suffisantes pour atteindre cet objectif.
Le projet passe à côté de deux points fondamentaux : permettre aux pays producteurs de vendre leur gaz pour en tirer des recettes et assurer des revenus suffisants pour garantir un retour sur investissement, a-t-il poursuivi.
Revenant sur l'évocation de ce projet par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, lors de sa dernière entrevue avec des représentants de la presse nationale, l'expert américain a précisé que la position exprimée par le président de la République est que l'équation économique liée à ce gazoduc "n'a aucun sens", au regard du volume de gaz qui serait prélevé par chaque pays par rapport aux revenus attendus du projet.
En revanche, le projet de gazoduc transsaharien (TSGP) reliant le Nigeria, le Niger et l'Algérie, sur près de 4.000 km, est entré, depuis juin dernier, dans sa phase de concrétisation, avec le lancement des travaux sur le tronçon algérien dans la région d'Aoulef, en juin dernier, tandis que les relevés topographiques sur le tronçon nigérien devraient débuter au cours de ce mois d'octobre.
D'une capacité de transport prévisionnelle comprise entre 20 et 30 milliards de m3 de gaz par an, le projet de gazoduc transsaharien ne se limite pas au transport de gaz naturel. Il est considéré comme un projet d'intégration énergétique et économique en Afrique, à travers l'ouverture d'un nouvel accès aux ressources gazières nigérianes et le renforcement du rôle du Niger en tant que pays de transit, tout en consolidant la position de l'Algérie en tant que pôle énergétique reliant les ressources du continent aux marchés internationaux, notamment européens.
Les institutions et organisations internationales et régionales spécialisées s'accordent sur l'importance du TSGP, considéré comme un projet structurant à même de renforcer la position du continent en tant qu'acteur central dans l'équilibre du marché mondial et de constituer un corridor énergétique majeur au service de la sécurité énergétique, de l'intégration économique régionale et de la coopération continentale.