À quelques jours de la remise du Grand Prix Assia Djebar, prévue le 8 octobre, ce rendez-vous littéraire met une nouvelle fois en lumière la diversité et le dynamisme de la création littéraire algérienne. Auteure de quatre ouvrages, Fella Andaloussia suit de près l’évolution de la scène littéraire nationale. Active également dans le domaine culturel, elle anime des ateliers d’écriture, modère des rencontres littéraires et participe régulièrement à des émissions consacrées à la culture.
Dans cet entretien, elle revient sur la place du Grand Prix Assia Djebar dans le paysage littéraire algérien, la diversité linguistique, l’héritage de la grande écrivaine et la visibilité que ce prix peut apporter aux auteurs récompensés.
Algérie 54: À l’approche de la remise du Grand Prix Assia Djebar, prévue le 8 octobre, quel regard portez-vous sur la place qu’occupe aujourd’hui ce prix dans le paysage littéraire algérien ?
Fella Andaloussia: Comme vous le savez, le Prix Assia Djebar du roman a été créé en 2015, en hommage au parcours exceptionnel de la défunte et afin de promouvoir la création littéraire algérienne. Pour cette 8e édition, le 8 octobre, les trois meilleurs romans seront récompensés, en langues arabe, tamazight et française. Ce prix occupe une place d’honneur sur la scène littéraire algérienne et outre-mer, qui n’est plus à prouver. Pour ma part, c’est toujours une grande fierté et beaucoup de plaisir de voir des confrères ou consœurs gagner ce prix. Cela crée une compétitivité positive et motive d’autres talents à produire des œuvres originales.
Algérie 54: Cette édition met en lumière des œuvres issues de différentes expressions linguistiques. Que représente, selon vous, cette diversité pour la littérature algérienne contemporaine ?
Fella Andaloussia: La diversité linguistique algérienne est une grande bénédiction, aussi bien pour les auteurs que pour les lecteurs. Elle permet à chaque écrivain d’écrire dans la langue qui l’inspire et dont il maîtrise le vocabulaire, la grammaire et les tournures de phrases. L’Algérie est riche en dialectes. Chaque région a sa propre darija, ce qui constitue un patrimoine précieux que pourraient utiliser de jeunes talents pour écrire leurs ouvrages ou les traduire.
Algérie 54: Assia Djebar reste une figure majeure de la littérature algérienne. Comment son œuvre et son parcours continuent-ils, selon vous, à inspirer les écrivains d’aujourd’hui ?
Fella Andaloussia: Assia Djebar est une écrivaine qui a dénoncé beaucoup de tabous, de rituels archaïques, de non-dits et de fausses croyances. Elle a aussi défendu avec force la condition de la femme algérienne. C’est une grande dame dont la plume sincère et aiguisée ne laisse personne indifférent. Lire Assia Djebar, c’est découvrir les maux profonds de la société algérienne. Ses ouvrages sont intemporels, ils inspirent, ils nous percutent et nous poussent à nous remettre en question.
Algérie 54: Au-delà de la distinction, qu’apporte concrètement un prix comme le Grand Prix Assia Djebar à un écrivain et à la visibilité de son œuvre ?
Fella Andaloussia: Au-delà de la distinction honorifique, le Prix Assia Djebar représente pour un écrivain un véritable tremplin. Il apporte une visibilité accrue à son œuvre, aussi bien auprès du lectorat algérien qu’à l’étranger, et contribue à élargir considérablement son audience. Une telle reconnaissance peut également ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles, notamment dans le domaine de l’édition, de la traduction et de la diffusion internationale.
Être lauréat du Prix Assia Djebar, c’est aussi bénéficier d’une reconnaissance qui peut donner une nouvelle vie à une œuvre et susciter l’intérêt de lecteurs qui ne la connaissaient pas auparavant. Le prix contribue ainsi à faire circuler la littérature algérienne au-delà de ses frontières et à favoriser les échanges avec d’autres espaces littéraires et culturels. À travers la traduction notamment, nos écrivains peuvent faire découvrir au monde la richesse, la diversité et les réalités de la société algérienne.
Entretien réalisé par Rasha Selmi