Saad Eddin Ibrahim[/caption]
L’étude du cas Saad Eddine Ibrahim est très intéressante dans la mesure où elle illustre bien cette contribution à la mission principale de la NED, à savoir « aider les groupes de la société civile à l'étranger dans leurs efforts pour favoriser et renforcer la démocratie en reliant la communauté universitaire avec des militants du monde entier ».
Tout d’abord, signalons que Saad Eddin Ibrahim a été très impliqué dans le « printemps » égyptien [16]. Il a été en contact étroit avec les cyberactivistes ONGistes égyptiens, qui ont été formés par les différents organismes d’« exportation » de la démocratie et qui ont été le fer de lance de la contestation de la place Tahrir [17].
Voici quelques photographies illustrant ces connivences
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Saad Eddin Ibrahim et les jeunes activistes égyptiens[/caption]
1- Bassem Samir; 2- Sherif Mansour; 3- Saad Eddin Ibrahim; 4- Dalia Ziada; 5- Israa Abdel Fattah
1- Bassem Samir, membre de l’« Egyptian Democratic Academy » (EDA) [18], une ONG largement subventionnée par la NED.
2- Sherif Mansour, responsable des programmes de Freedom House de la région MENA (Middle East and North Africa). Il a été en contact étroit avec Ahmed Maher et Mohamed Adel, deux leaders du « Mouvement du 6 avril » égyptien [19].
3- Saad Eddin Ibrahim, le « collègue » cité par Lahouari Addi.
4- Dalia Ziada, cyberactiviste, membre de l’« Ibn Khaldoun Center for Development Studies » dirigé par Saad Eddin Ibrahim
5- Israa Abdel Fattah, surnommée la « Facebook Girl », cofondatrice avec Ahmed Maher du Mouvement du 6 avril. Avec Bassem Samir, elle est membre de l’ « Egyptian Democratic Academy » (EDA)[20]. Tout comme Saad Eddin Ibrahim, elle a été honorée par Freedom House qui lui a octroyé, en juin 2010, le prix « New Generation » [21].
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Israa Abdel Fattah posant avec son prix décerné par Freedom House[/caption]
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1- Sherif Mansour (Freedom House); 2- Mohamed Adel (Mouvement du 6 avril). Mohamed Adel a reconnu avoir été formé par CANVAS (Serbie) en 2009 en compagnie d’un groupe d’Égyptiens et d’Algériens.[/caption]
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Sherif Mansour (Freedom House) en discussion avec Hillary Clinton[/caption]
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Dalia Ziada et Bill Clinton[/caption]
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Hillary Clinton et Bassem Samir[/caption]
Les relations entre Saad Eddin Ibrahim, membre de l’International Forum for Democratic Studies Research Council, et les jeunes activistes ONGistes égyptiens donne une idée précise sur le modus operandi de la NED et de ses structures.
En y prêtant attention, on remarque une similitude avec la scène algérienne. Une participation à l’International Forum for Democratic Studies Research Council, des ONG algériennes financées par la NED et des activistes algériens formés par les organismes américains d’«exportation » de la démocratie.
« J’ai été sollicité en raison de mes travaux académiques en compagnie de noms prestigieux » a déclaré Lahouari Addi. J’y ajouterai une petite précision : « des noms prestigieux qui sont rémunérés pour contribuer à la politique américaine d’exportation de la démocratie dans leurs propres pays ».
Avez-vous compris de rôle de la NED, monsieur le professeur?
D- L’histoire du CV de Lahouari Addi
Lahouari Addi : « Ahmed Bensaada n’a jamais lu mon CV et il ne sait pas de quoi il parle. Il ne sait pas comment fonctionnent les institutions de recherche et l’université en Occident. »
Non, M. Addi. J’ai bien lu et étudié vos différents CV. Ceux qui sont publiés sur les sites des institutions où vous avez œuvré. En plus, je les ai téléchargés et archivés, comme j’ai coutume de faire pour tout ouvrage que j’écris au cas où les documents seraient modifiés entre-temps.
Voici un extrait de votre CV institutionnel publié sur le site du laboratoire Triangle (UMR 5206) de l’ENS de Lyon :
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Lire en ligne le CV institutionnel complet de Lahouari Addi[/caption]
Comme on peut le constater, tous les séjours académiques de Lahouari Addi aux États-Unis y sont mentionnés. Mais il n’y a aucune trace de son appartenance à l’International Forum for Democratic Studies Research Council, le think tank de la NED, où il a été membre de 1997 à 2008.
Alors, M. le grand professeur, vous qui savez parler et qui connaissez le fonctionnement des institutions de recherche et de l’université en Occident, pouvez-vous nous expliquer ce « petit oubli »?
E- À propos des « figures » du Hirak
Lahouari Addi : « Une grande partie des Algériens, pas tous évidemment, s’est reconnue dans l’offre politique de Karim Tabou, Mustapha Bouchachi, Assoul Zoubida, Mohcene Belabbès, Kaddour Chouicha, Fodil Boumala et d’autres encore. »
Que veut dire « Une grande partie des Algériens, pas tous évidemment »? Avez-vous réalisé des sondages pour connaître l’avis des Algériens? Comment se fait-il qu’un professeur aussi « brillant » que vous puisse proférer de telles énormités et décider à la place du peuple algérien?
En plus, je vois que la liste de vos élus s’est allongée par rapport à celle que vous avez décrétée en mars 2019. Et à voir certains nouveaux noms, vous confirmez admirablement bien tout ce que j’ai développé dans mon livre.
Vous prétendez que le Hirak n’a pas de leader, mais vous vous comportez en Grand Manitou de ce mouvement populaire. C’est vous qui décidez de la proportion de la population qui est d’accord avec vous, du type de voie à choisir et des personnes qui doivent conduire le peuple vers la « lumière ». Et tous ceux qui osent vous contredire sont des « doubabs », n’est-ce pas? Et vous prétendez que le Hirak n’a pas de ténors?
Et puis qui sont ces personnes que vous sortez de votre chapeau de magicien à chaque fois? Vous n’avez pas encore compris que ce n’est pas à vous de dire qui doit être quoi ou qui doit faire quoi? Le Hirak vous aurait-il désigné « guide suprême » et on n’est pas au courant?
F- À propos des pour et des anti Hirak
Lahouari Addi : « Ahmed Bensaada montre qu’il est hostile au Hirak et qu’il soutient le régime. »
Le grand Manitou s’est prononcé. C’est lui qui décide qui est pour et qui est contre le Hirak. Par n’importe quel Hirak, son Hirak! L’inquisition, l’excommunication et le takfirisme tous réunis dans les propos de l’immense sociologue.
Mais qui vous a donné le droit de juger les gens? Êtes-vous le gardien d’un temple que vous avez édifié autour de vos ambitions et de vos lubies? C’est vous qui distribuez et tamponnez les cartes d’adhésion au Hirak?
« Soutenir le régime »! Quel argument M. le grand professeur! La reductio ad Hitlerum dans toute sa splendeur!
Mais dites-moi, si je travaille avec le « régime », avec quel régime travaillez-vous lorsque vous vous réunissez pendant douze ans dans les bureaux de la NED? Vous avez une petite idée ou faut-il qu’on vous aide à trouver la réponse?
Lorsque vos travaux [22] sont cités par la RAND corporation [23], avec quel régime travaillez-vous?
Lorsque vous publiez un article intitulé « Algeria's Army, Algeria's Agony » [24] (L’armée de l’Algérie, l’agonie de l’Algérie) dans « Foreign Affairs » [25], un des magazines américains les plus influents de la politique étrangère des États-Unis, pour quel régime travaillez-vous?
G- La liberté d’expression selon Lahouari Addi
Lahouari Addi : « Dès que les conditions politiques s’éclairciront dans notre pays, je déposerais plainte contre l’auteur et contre la maison d’édition. »
En plus de la sociologie, Lahouari Addi semble être un spécialiste de la météo politique en Algérie. Lui qui se targue de plaider pour la libération de tous les détenus d’opinion, il veut en mettre d’autres sous les barreaux dès que les éclaircies arriveront. Des tribunaux populaires seront alors organisés pour juger ceux qui n’auront pas la carte d’adhésion au Hirak spécialement tamponnée par le Grand Manitou en personne.
Sachez, M. le sociologue, que l’Algérie nouvelle n’a pas besoin de personnes hautaines, imbues d’elles-mêmes et qui usent de l’insulte au lieu de l’argument. Notre jeunesse s’est révoltée pour que les citoyens se respectent et respectent les idées d’autrui sans les disqualifier lorsqu’ils ne partagent pas leurs opinions. En vous comportant de la sorte, vous n’êtes pas différent de la 3issaba (bande mafieuse) qui a été emportée par le tsunami populaire. Le Hirak est une vraie bénédiction pour notre pays, mais il ne faut pas qu’il soit souillé par les « exportateurs » de la démocratie dont l’agenda n’œuvrent ni pour l’intérêt de notre pays ni pour celui de notre peuple.
Alors, M. Addi, qui de nous deux ne sait pas de quoi il parle ?
A. Bensaada
https://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=517%3Alahouari-addi-la-ned-et-les-autres&catid=46%3Aqprintemps-arabeq&Itemid=119&fbclid=IwAR0inNKKgr4bylnZICHx0oXjT4tz_zWl3nMvQW5FT0WmKbyPn_MHnpotvgY
[1] Salim Koudil, « Entretien Lahouari Addi « je déposerais plainte contre l’auteur et la maison d’édition », Reporters, 22 juin 2020, https://www.reporters.dz/entretien-lahouari-addi-je-deposerais-plainte-contre-lauteur-et-la-maison-dedition/ [2] Georges de Brulon, « Le jour où le mur est tombé: 9 novembre 1989, la nuit de Berlin », Le Figaro, 8 novembre 2019, https://www.lefigaro.fr/culture/le-jour-ou-le-mur-est-tombe-9-novembre-1989-la-nuit-de-berlin-20191109 [3] Decision, « National Endowment for Democracy », 9 septembre 1992, https://www.gao.gov/assets/510/504435.pdf [4] National Endowment for Democracy, 20th anniversary », 20 octobre 2003, https://www.govinfo.gov/content/pkg/STATUTE-117/pdf/STATUTE-117-Pg2957.pdf [5] NED, « About the National Endowment for Democracy », https://www.ned.org/about/ [6] Hernando Calvo Ospina, « Quand une respectable fondation prend le relai de la CIA », Le Monde diplomatique, juillet 2007, http://www.elcorreo.eu.org/Quand-une-respectable-fondation-prend-le-relais-de-la-CIA [7] Voir Réf. 5 [8] National Endowment for Democracy (NED), «Idea to Reality: NED at 30 », http://www.ned.org/about/history [9] Les résumés des articles de 1996 et 1997 peuvent être lus à l’adresse URL suivante : http://www.readabstracts.com/Political-science/Algerias-tragic-contradictions-The-failure-of-third-world-nationalism.html L’index du volume de l’année 1992 du « Journal of Democracy » peut être consulté à l’adresse URL suivante : https://muse.jhu.edu/article/225488/pdf [10] OLJ/AFP, « Dix ans après, les artisans de la guerre en Irak discrédités », L’Orient le Jour, 20 mars 2013, https://www.lorientlejour.com/article/amp/806026/Dix_ans_apres%2C_les_artisans_de_la_guerre_en_Irak_discredites# [11] The Arab American News, « Egypt sentences opposition activist Saad Eddin Ibrahim », 8 août 2008, https://www.arabamericannews.com/2008/08/08/Egypt-sentences-opposition-activist-Saad-Eddin-Ibrahim/ [12] Freedom House: un autre organisme américain d’« exportation » de la démocratie [13] Ahmed Bensaada, « Algérie: Youpi! Sofiane Djilali a reçu un prix! », AhmedBensaada.com, 24 octobre 2019, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=503:2019-10-25-00-09-50&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119 [14] Ibid. [15] Freedom House, « Freedom House Annual Report 2002 », https://freedomhouse.org/sites/default/files/inline_images/2002.pdf [16] Ahmed Bensaada, « Les activistes du ²printemps² arabe et le lobby pro-israélien », AhmedBensaada.com, 25 septembre 2013, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=238:les-activistes-du-l-printemps-r-arabe-et-le-lobby-pro-israelien&catid=46:qprintemps-arabeq&Itemid=119 [17] Pour plus de détails, lire Ahmed Bensaada, « Arabesque$ - Enquête sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes », Ed. Investig’Action, Bruxelles (Belgique), 2015 – Ed. ANEP, Alger (Algérie), 2016, chap.4 « Le cas de l’Égypte » [18] SourceWatch, « Egyptian Democratic Academy », http://www.sourcewatch.org/index.php/Egyptian_Democratic_Academy [19] Voir réf. 16 [20] SourceWatch, « Egyptian Democratic Academy », http://www.sourcewatch.org/index.php/Egyptian_Democratic_Academy [21] Journal of Middle Eastern Politics and Policy, « A Conversation with Esraa Abdelfattah and Bassel Adel », 15 avril 2015, https://jmepp.hkspublications.org/2013/04/15/a-conversation-with-esraa-abdelfattah-and-bassel-adel/ [22] Voir, à titre d’exemple : Dalia Dassa Kaye, Frederic Wehrey, Audra K. Grant, Dale Stahl, « More Freedom, Less Terror? Liberalization and Political Violence in the Arab World », RAND Corporation, 2008, https://www.rand.org/content/dam/rand/pubs/monographs/2008/RAND_MG772.pdf [23] La RAND Corporation est considérée comme le think tank le plus influent des États-Unis. Financée en majorité par le gouvernement américain (essentiellement par le secteur militaire), elle produit des rapports d’analyse politique et de renseignement pour l’armée et les décideurs américains. [24] https://www.foreignaffairs.com/articles/algeria/1998-07-01/algerias-army-algerias-agony [25] « Foreign Affairs » est publié par le CFR (Council on Foreign Relations) un des think tanks les plus importants des États-Unis, spécialisé dans la politique étrangère et les affaires internationales. Fondé en 1921, le CFR a compté parmi ses membres des politiciens de premier plan comme Henry Kissinger, Madeleine Albright ou Colin Powell (en tout une douzaine de Ministres des Affaires étrangères), ainsi que des directeurs de la CIA, des banquiers, des juristes, des journalistes et des professeurs.
