Algérie54: L'Algérie a joué un rôle important à la consolidation de la solidarité entre l’Algérie, le Mali et le Niger, conformément aux idéaux de la glorieuse révolution du Premier novembre 1954 . Pourriez-vous nous résumer l’impact des actions du CRA sur le rapprochement des peuples de la région, et qui constituent la profondeur stratégique de l’Algérie ?
Ahmed Mizab: Pour mieux illustrer l'importance du rôle de l'Algérie dans la région en matière de consolidation et perception de la stabilité, la préservation des liens sociaux, et les valeurs régnantes, il est indispensable d'évoquer le message de l'Algérie issu de ses valeurs, ancrées dans le manifeste du premier novembre et qui a assoit le principe de l'Etat qui croit à l'action humanitaire, à travers le contact avec les peuples, la foi en la solidarité entre les peuples. Sur ce registre, on ne peut nullement réalisé une renaissance nationale, sans la consolidation des actions participatives, dans un cadre social. L'Algérie qui avait travaillé inlassablement pour le soutien actif des mouvements de libération dans les quatre coins du monde, et le soutien des causes des peuples et leur droit à l'autodétermination, et à la stabilité, demeure le seul pays à avoir accompagné les pays limitrophes, allusion au pays du Sahel, pour le règlement des crises politiques, le soutien économique, l'action de solidarité humanitaire, via des convois humanitaires et de solidarité régulièrement acheminés dans le cadre de la solidarité avec les peuples, et du souci de la concrétisation de l'homogénéité des peuples de la région.
Algérie54: Le revirement de la position de Madrid à l’égard de la question de décolonisation du Sahara Occidental est qualifié de trahison par l’Algérie et la RASD. Quelle lecture faites-vous, en tant qu’expert sécuritaire ?
Ahmed Mizab: La dernière position exprimée par le gouvernement espagnol sur le dossier du Sahara Occidental, ne constitue pas uniquement une trahison à l'Algérie et la RASD, mais une trahison au peuple espagnol et les principes qui gouvernent la péninsule ibérique et un renoncement à la responsabilité historique de Madrid à une question de décolonisation. L'Espagne vient de commettre une erreur stratégique par excellence, comme l'illustre les déclarations opposées des responsables de l'Union Européenne, favorables à la légitimité internationale et la mise en oeuvre des résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU exigeant l'organisation d'un réfétendum d'autodétermination du Peuple Sahraoui. Par voix de conséquence l'alignement de Madrid sur la position du régime marocain, constitue une dérive, un dépassement des lignes rouges et renoncement aux responsabilités. Se référant aux décisions de la Cour Européenne, la position de Madrid constitue une violation du droit international, et une atteinte aux positions des institutions espagnoles à savoir les deux chambres du parlement espagnol, les partis politiques et la société civile espagnols. La dernière position de Madrid aura son impact, dans un contexte mondial complexe, marqué par des évolutions et mutations, et qui sera certainement négatif pour l'Espagne qui vient de perdre l'équilibre en matière du traitement de la question sahraouie. Ainsi, il est clair que l'Espagne a cédé au chantage et marchandage du régime du Makhzen qui avait utilisé la carte de l'immigration clandestine, pour se jouer de la stabilité de la péninsule ibérique. Le régime du Makhzen ne s'est pas contenté de cette carte, puisque outre l'utilisation de la carte de la drogue, vient de s'illustrer par l'usage du logiciel espion Pegasus pour espionner les responsables espagnols dont le nouvel allié Pedro Sanchez. Aujourd'hui, l'Espagne est appelée à revoir sa position à la lumière des nouvelles évolutions que connaît le monde et à la nécessité de consolider la sécurité dans la région.
Algérie54; La crise libyenne est de nouveau mise sur scène après le report des élections prévues le 24 décembre et la constitution d’un gouvernement parallèle à celui reconnu par la communauté internationale. Sommes-nous devant une impasse qui va se répercuter sur toute la région ?
Ahmed Mizab: Quand, on aborde le dossier libyen, nous sommes devant un cas complexe. Nous sommes aujourd'hui, devant la destruction d'un consensus international qui fait retourner le dossier au point zéro. Les évènements qui ont marqué la scène libyenne les derniers mois, augurent une situation plus complexe que prévu. Nous sommes aujourd'hui devant l'obligation de revenir au consensus établi par la communauté internationale, et reprise et relance du dialogue politique entre les différentes parties libyennes pour arriver à se mettre d'accord sur une approche claire.
Si on n'a pas réussi à aller vers les élections du 24 décembre dernier, pour des raisons multiples, ilest primordial de souligner, qu'on ne peut aller vers des élections libres sans l'élaboration d'un projet politique clair et transparent et une feuille de route déterminant la nature du régime politique en Libye, le rôle des institutions et le rôle des acteurs politiques dans l'action politique pour la concrétisation de la stabilité en Libye. Aujourd'hui, nous sommes convaincus que l'approche algérienne est la mieux indiquée pour arriver à un consensus allant dans le sens de la réconciliation nationale entre les libyens. On ne peut ignorer l'acteur social et tribal dans le règlement de la crise libyenne. L'approche algérienne va du détail à l'ensemble, c'est à dire, on ne peut aller vers un projet politique, instauration d'un Etat, élaboration d'un régime de gouvernance, lancement d'institutions politiques, sans se mettre d'accord sur les concepts, détermination des rôles , la nature du régime permettant aux parties en conflit de composer les futures institutions, et par voie de conséquence donner le droit au Peuple Libyen de s'exprimer librement pour élire ses institutions et dirigeants.
Nous constatons avec regret que des acteurs étrangers continuent l'usage de ses instrument pour envenimer les choses et entraver toute solution politique au conflit qui perdure . Nous sommes convaincus que la poursuite du conflit en Libye sert les intérêts des forces coloniales opposées au retour de la stabilité dans ce pays. Un retour à la stabilité en Libye signifie des pertes stratégiques à tous les niveaux. Aux libyens de surmonter leurs divergences autour de la table des négociations pour sortir avec un projet politique consensuel susceptible de mettre fin aux souffrances du Peuple Libyen frère.
Entretien réalisé par Zakaria Habibi
