Par Hanane Ben
Plusieurs projets en partenariat avec des firmes internationales sont en cours de réalisation afin de soutenir directement les efforts de l'Algérie pour accroître sa capacité globale de production et d'exportation d'hydrocarbures.
Dans ce cadre, le groupe de services énergétiques Expro (d'origine britannique et coté à la Bourse de New York, NYSE: XPRO) a démarré un contrat de 380 millions de dollars sur quatre ans. L'objectif est de fournir des services d'optimisation de la production et de gestion des puits pétroliers et gaziers (well management) afin d'augmenter le rendement des gisements, de maximiser le temps de fonctionnement des équipements et de réduire les coûts opérationnels.
Bien qu'Expro évoque officiellement un « majeur opérateur nord-africain », il s'agit d'un partenaire historique opérant dans le cadre des activités de la compagnie nationale Sonatrach ou de ses joint-ventures.
Alistair Geddes, directeur des opérations d'Expro, a commenté ce lancement :
« Cette plateforme s'appuie sur plus d'une décennie de collaboration avec notre client et témoigne de la solidité de notre partenariat pour fournir des solutions de production sûres et efficaces. Nous sommes fiers de continuer à soutenir les ambitions énergétiques de l'Algérie grâce à des systèmes conçus pour maintenir la production, maximiser le temps de fonctionnement et réduire les coûts d'exploitation. Cela renforce également notre capacité à réagir rapidement à un marché en évolution, en stimulant la performance et l'innovation dans l'une des régions énergétiques les plus importantes d'Afrique du Nord. »
Englobant plusieurs sous- projets à travers différents gisements algériens, ce contrat requiert une mobilisation rapide d'équipements spécialisés. Il prévoit le déploiement de technologies d'interventions sur puits (well intervention), d'activation artificielle (artificial lift) et de surveillance en temps réel.
Dans la continuité de cette dynamique, l'Algérie intensifie ses discussions avec l'Allemagne, qui cherche à négocier des contrats à terme pour sécuriser son approvisionnement en gaz naturel algérien.
À cet effet, le ministre fédéral allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, s'est rendu à Alger le 1ᵉʳ septembre à la tête d'une importante délégation d'acteurs industriels et énergétiques majeurs, parmi lesquels Bosch Energy, Thyssenkrupp Uhde, VNG, Siemens Energy et la VDA (Fédération allemande de l'industrie automobile). Ce déplacement vise à renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays, non seulement autour des hydrocarbures traditionnels, mais également sur les projets d'hydrogène vert et de transition énergétique.
Lors d’un entretien, Mohamed Arkab et Johann Wadephul ont réaffirmé leur volonté de consolider un partenariat stratégique bilatéral fondé sur un échange direct : la sécurité énergétique de l'Allemagne contre la montée en gamme technologique et industrielle de l'Algérie.
Concrètement, ce partenariat se définit par l'intégration des géants industriels allemands dans le tissu productif local. Il dépasse le simple cadre de l'approvisionnement en gaz naturel et GNL pour imposer un transfert de technologie structurant, notamment via la fabrication sur place d'équipements de pointe comme les électrolyseurs pour l'hydrogène vert et les systèmes de dessalement d'eau de mer.
Sur le plan technique et environnemental, l'accord prévoit le déploiement de solutions bas carbone axées sur la capture et la récupération des émissions de méthane dans l'industrie pétrogazière. L'Allemagne concrétise cet engagement en ciblant le projet SoutH2 Corridor pour le transport de l'hydrogène et en incitant ses entreprises à participer à l'appel d'offres Algeria Bid Round 2026, afin de soutenir le développement de la pétrochimie algérienne, le contenu local et la formation spécialisée.
L'ancrage de cette dynamique s'est renforcé avec la réception à Alger d'une délégation du géant américain de l'ingénierie Kellogg Brown & Root (KBR) par Mohamed Arkab. Acteur historique du secteur présent depuis plusieurs décennies en Algérie, KBR ambitionne d'écrire un nouveau chapitre en faisant du pays un marché prioritaire en Afrique du Nord.
La vraie valeur ajoutée de ce rapprochement repose sur la volonté de KBR de déployer en Algérie une structure dédiée à l'ingénierie avancée et à la gestion de grands projets complexes. Concrètement, la firme américaine met à disposition de Sonatrach ses technologies de pointe pour maximiser les capacités d'extraction gazière et pétrolière, tout en soutenant la modernisation des complexes de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) et des unités de transformation pétrochimique.
Cet accompagnement technique s'aligne directement sur les exigences algériennes de transfert de savoir-faire. La nouvelle entité de KBR s'appuiera sur des compétences locales pour former des ingénieurs algériens, consolidant ainsi l'autonomie industrielle du pays sur l'ensemble de la chaîne de valeur énergétique.
Au-delà des contrats commerciaux et des partenariats stratégiques, la trajectoire est désormais claire ; l'Algérie ne cherche pas seulement à s'imposer comme un hub énergétique incontournable pour l'Europe, mais ambitionne avant tout de construire une industrie solide, souveraine et durable, dans les hydrocarbures comme dans les énergies d'avenir, portée par des compétences et une main-d'œuvre locales hautement qualifiées.
En conditionnant l'accès à ses ressources à des transferts de technologie structurants — qu'il s'agisse de l'optimisation gazières, de la pétrochimie, de la gestion de projets complexes ou de l'hydrogène vert —, le pays transforme ses alliances internationales en un véritable levier d'industrialisation et d'autonomie technique.