Dans son nouvel ouvrage intitulé "Juba II...Les épouses de Césarée", publié aux éditions Dar El Oumma, la romancière Fadela Melhak propose une relecture romanesque de l'histoire de la Numidie à travers le personnage du roi Juba II, dans une œuvre qui mêle faits historiques et fiction littéraire, tout en revisitant les rapports complexes entre le pouvoir, l'identité et l'appartenance.
L'écrivaine adopte une approche qui rompt avec les récits historiques classiques. Elle ne fait pas des rois le centre de son récit, mais déplace la narration vers "le bas de l'échelle", selon sa propre expression, où vivent les esclaves et les marginalisés, dont les voix ont été absentes des ouvrages d'histoire. Elle estime que ces derniers détenaient "l'essence de la vérité" sur les parcours des peuples, des palais et des rois.
Au début du roman, l'auteure dépeint la nature à travers des tableaux où alternent la douceur du printemps et un ciel assombri, déchiré par les éclairs, les vents et le tonnerre, une mise en scène qui constitue une métaphore des ravages des guerres et des souffrances qu'elles engendrent, avant d'ouvrir la voie au parcours de Juba II, arraché à sa terre natale alors qu'il n'était encore qu'un enfant, après la chute de la Numidie.
Le roman revient également sur la transformation qu'a connue le roi numide après avoir porté le nom de Gaius Julius Juba, nom que lui attribua Octavien après qu'il eut obtenu la citoyenneté romaine à l'âge de douze ans, en référence à son passage de son monde originel à l'univers romain et au conflit entre l'identité et l'appartenance qui accompagna cette transition.
Le roman rend compte également de la vision de classe qui régissait la société romaine, soulignant que Juba, en dépit de sa proximité avec Octavien et de l'étendue de sa culture, ne bénéficia d'aucun statut officiel au sein de la hiérarchie du pouvoir, ce qui le conduisit à se tourner vers le savoir et la recherche scientifique, l'auteure mettant ainsi en exergue son attachement aux livres et ses tentatives d'exploration des sources du Nil, tout en évoquant son union avec Cléopâtre Séléné.
La romancière consacre également une partie de son œuvre à la vie sociale en Numidie, notamment dans le quatrième chapitre, intitulé "L'appel de la Touiza", où elle dépeint le quotidien de la tribu de "Tazirt", en décrivant le tressage des paniers, les travaux sur les versants escarpés et la moisson des épis, évoquant ainsi les valeurs de la Touiza, fondées sur la solidarité, l'entraide, et le travail collectif, qui caractérisaient la société numide.
A travers ses différents chapitres, le roman présente Juba II comme un personnage ayant vécu entre deux mondes : celui de la guerre et de la captivité, d'une part, et celui de l'éducation et du savoir, d'autre part. Il propose une relecture d'une période charnière de l'histoire ancienne de l'Algérie, en offrant un récit littéraire qui ravive la mémoire et l'identité et redonne une voix à ceux que l'histoire a relégués dans l'ombre.