La documentation des violations coloniales commises à l'encontre des écosystèmes nationaux a été au centre d'une rencontre nationale tenue samedi à Alger à l'occasion de la 2e session de la commission interministérielle sur la mémoire environnementale, dans une démarche nationale visant à constituer un dossier établissant ces violations ainsi que la responsabilité du colonisateur.
Cette rencontre, dont l'ouverture a été présidée par la ministre de l'Environnement et de la Qualité de la vie, Kaouter Krikou, et le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift, a permis de mettre en lumière les lourds sacrifices du peuple algérien ainsi que les séquelles environnementales laissées par la colonisation dans de nombreux sites à travers le territoire national, notamment les dommages causés à la vie biologique, animale et végétale.
Dans son allocution à cette occasion, la ministre a souligné que cette rencontre s'inscrit dans le cadre d'"une démarche nationale visant à élaborer un dossier scientifique et historique documenté, qui établit les violations coloniales commises à l'encontre de l'environnement et des écosystèmes, et met en évidence la responsabilité de la puissance coloniale à la lumière des chartes et conventions internationales liées à la protection de l'environnement".
Elle a expliqué que le projet de mémoire environnementale vise à "documenter les crimes coloniaux français commis à l'encontre de la nature et de l'homme, à travers des preuves scientifiques et des témoignages historiques qui révèlent les dommages causés par les armes chimiques, les explosions nucléaires, les mines et la politique de la terre brûlée sur les écosystèmes nationaux".
De son côté, M. Tacherift a relevé la poursuite des efforts de documentation des crimes coloniaux français contre l'environnement en Algérie, avec la participation du ministère de l'Environnement et de la Qualité de la vie et du ministère des Moudjahidine et des Ayants droit, ainsi que du ministère des Hydrocarbures, représenté par Sonatrach, et des instances relevant du ministère de la Défense nationale.
Le ministre a indiqué, dans son allocution lors de la rencontre, que de telles conférences permettront de présenter les résultats préliminaires des travaux de documentation, jusqu'à l'obtention des résultats définitifs permettant une documentation précise et fiable des crimes commis, et de réunir les preuves et arguments juridiques.
Il a salué dans ce contexte les efforts du ministère de la Défense nationale qui, en coordination avec l'Agence nationale pour la réhabilitation des anciens sites des essais et explosions nucléaires français dans le sud algérien, a récemment lancé la deuxième opération d'assainissement du site du tunnel "E2 Béryl" dans la région d'In Ekker, wilaya de Tamanrasset, coïncidant avec les célébrations du 72e anniversaire du déclenchement de la glorieuse Révolution de Novembre.
M. Tacherift a précisé que cette opération "complexe" est menée avec des compétences et des moyens exclusivement nationaux, et selon les normes les plus élevées en matière de collecte et de stockage des déchets radioactifs.
Il a par ailleurs annoncé l'organisation, en février 2027, d'un atelier sur la mémoire environnementale et le développement durable, à l'occasion de la commémoration du 67e anniversaire des explosions nucléaires coloniales de Reggane.
Pour sa part, le recteur de Djamaâ El-Djazaïr, cheikh Mohamed Maâmoun Al Kacimi El Hassani, a affirmé que cette rencontre constitue une occasion de renforcer la complémentarité entre le savoir scientifique et la conscience éthique, ainsi qu'entre la documentation historique et l'action institutionnelle.
Dans ce sens, il a insisté sur la nécessité d'intégrer la dimension environnementale dans le système éducatif, la recherche scientifique, les politiques publiques et la culture sociétale, afin que la connaissance du passé se transforme en une conscience qui oriente les comportements.
Dans son intervention, le coordinateur de la Commission nationale histoire et mémoire, Mohamed Lahcen Zeghidi, a évoqué les crimes commis par le colonisateur français sur la terre d'Algérie et son recours aux armes chimiques depuis 1852, ainsi que les explosions nucléaires dans le sud algérien, dont la puissance a dépassé de 50 fois celle de la bombe larguée sur Hiroshima et Nagasaki.