Marina Vlady, de son vrai nom Catherine de Poliakoff, disparue le 24 septembre 2026, figurait parmi les figures majeures du milieu artistique français engagées au service de la Révolution algérienne.

Actrice, écrivaine et chanteuse, elle a mené une carrière d’une grande richesse, portée par sa forte présence à l’écran et ses convictions profondes au sein de la gauche anticolonialiste des années 1950 et 1960.

Cet engagement constant, partagé avec Jacques Charby -un animateur clé du réseau Jeanson-–, l’a conduite à mettre son talent artistique au service de la lutte du peuple algérien contre le colonialisme.

C’est dans ce contexte qu’elle participe en 1961, aux côtés de ses sœurs OdiVersois et Olga Poliakoff, à la production du film J’ai huit ans, tourné à Tunis sous la direction de Yann Le Masson. Ce long-métrage s’inspirait de dessins réalisés par des enfants algériens orphelins de guerre, alors pris en charge par le célèbre psychiatre et théoricien Frantz Fanon.

Très active dans son soutien à la cause algérienne, Marina Vlady n’a pas hésité à abriter le responsable du réseau Jeanson. Elle a également milité pour recruter de nouveaux membres au sein de cette organisation clandestine, qui a joué un rôle déterminant : transport de fonds pour la Fédération de France du FLN, hébergement de militants et de combattants, et mobilisation de l’opinion publique française en faveur de l’indépendance de l’Algérie.

Cet activisme l’amène à participer aux manifestations de février 1962 à Paris. Elle y sera blessée lors de la violente répression policière au métro Charonne.

Artiste complète, Marina Vlady a brillé dans toutes les disciplines qu’elle a embrassées. Sa filmographie impressionnante se double d’une solide carrière à la télévision et d’une œuvre littéraire reconnue.

Parmi ses distinctions notables, on retient le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 1963 pour Le Lit conjugal, ainsi que le prix de la meilleure actrice aux Étoiles de cristal en 1970 pour Le Temps de vivre.

En tant qu’écrivaine, elle a publié plusieurs romans majeurs, dont Le Collectionneur de Venise (1990), Le Voyage de Sergueï Ivanovitch (1993), Ma Cerise (2001) et Sur la plage, un homme en noir (2006), sans oublier ses mémoires, 24 images/seconde (2005).

Sa discographie dévoile une autre facette de son immense talent, illustrée notamment par des disques enregistrés avec ses sœurs, à l’image de l’album de 1967 (Les Sœurs Poliakoff : Le Poirier, Le Sorbier, Dounia, Chanson orange…), ou encore ses collaborations marquantes avec Vladimir Vyssotski.

Avec la disparition de Marina Vlady, c’est une figure de proue de la solidarité envers la Révolution algérienne qui s’éteint au cœur même de la capitale française.

Son départ laisse derrière lui de nombreuses questions sans réponse sur l’identité de tous ces porteurs de valises et animateurs de l’ombre, partis dans l’anonymat de l’Histoire.

Mustapha Ait Mouhoub