La première version de la carte nationale numérique des sites affectés par les crimes environnementaux coloniaux a été lancée mardi à Alger.

La cérémonie de lancement a été coprésidée par la ministre de l'Environnement et de la Qualité de la vie, Kaouter Krikou, et le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift, en présence du coordonnateur de la Commission nationale Histoire et Mémoire, Mohamed Lahcen Zeghidi, des membres de la commission interministérielle sur la mémoire environnementale, de représentants de la famille révolutionnaire, de la Direction générale des Archives nationales, ainsi que de représentants d'organismes nationaux et internationaux et de membres du corps diplomatique accrédité en Algérie. 

Cela est intervenu dans le cadre de la tenue de la première session des travaux de la commission interministérielle sur la mémoire environnementale. 

Dans son allocution prononcée à cette occasion, Mme Krikou a indiqué que cette carte numérique recense les sites du territoire national ayant subi des dommages environnementaux à la suite des crimes coloniaux, qu'il s'agisse des bombardements au napalm, de l'utilisation de gaz toxiques interdits par les conventions internationales ou encore des retombées des essais nucléaires.

Selon la ministre, cette initiative permettra de mesurer l'ampleur des dommages et leurs conséquences sur la faune et la flore, en s'appuyant sur des preuves scientifiques, des recherches et des études approfondies, complétées par des témoignages historiques attestant de la gravité de ces pratiques et de leur violation des normes et conventions internationales.

Le lancement de cette carte, qui coïncide avec les célébrations du 64e anniversaire de la Fête de l'Indépendance et du recouvrement de la souveraineté nationale, est le fruit des travaux, lancés en novembre dernier, par la commission nationale chargée de la documentation des crimes environnementaux commis par le colonialisme français en Algérie ainsi que leurs conséquences.

La première version de cette carte répertorie plusieurs sites ayant été ciblés par des bombes incendiaires au napalm, ainsi que par l'usage de gaz toxiques, à l'instar du phosphore, à l'intérieur des grottes et des cavernes, selon les déclarations de la ministre, qui a précisé que cette cartographie sera enrichie par d'autres sites, parallèlement à l'avancement des travaux de documentation des dommages environnementaux scientifiquement prouvés (analyses d'échantillons de sol, analyse de l'indice de végétation NDVI, entre autres) sur le reste des sites.

De son côté, M. Tacherift a souligné, dans son allocution, l'importance de la démarche commune entre les secteurs de l'Environnement et des Moudjahidine, incarnant "la vision du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, et ses orientations relatives à la préservation de la Mémoire nationale, et reflétant l'engagement à bâtir une intégration institutionnelle au service d'une Algérie victorieuse, et à traiter la question mémorielle nationale et son héritage historique selon la logique de compétence et d'interaction avec les défis de l'époque actuelle".

Après avoir mis en avant l'importance de l'action conjointe avec le ministère de l'Environnement et de la Qualité de vie, qui s'inscrit comme une composante essentielle de la mémoire nationale, le ministre a affirmé que cette étape pourrait jeter les bases d'une phase de réflexion sur les modalités de traitement de ces crimes coloniaux contre notre environnement et contre l'être humain, en s'appuyant sur la documentation scientifique et l'enregistrement des témoignages qui démontrent l'horreur de cette criminalité.

A son tour, M. Zeghidi a souligné l'importance majeure des travaux en cours dans le domaine de la mémoire environnementale, au vu des répercussions des crimes coloniaux sur la santé humaine et animale, en sus de leurs impacts sur le couvert végétal à travers les différentes régions du pays, dont les effets se sont aggravés au fil du temps pour se transformer en déséquilibres écologiques d'une extrême gravité.

Pour sa part, le directeur du Centre national d'études et de recherche sur la Résistance populaire, le mouvement national et la Révolution du 1er Novembre 1954 (CNERMN54), Hocine Abdessatar, a estimé que la relecture des crimes du colonialisme français ayant affecté les écosystèmes, notamment les explosions nucléaires, l'utilisation d'armes chimiques, les bombardements au napalm, la pose de mines, ainsi que les pratiques menées dans le cadre du pillage des richesses minières, entre autres, "représente une étape nécessaire pour comprendre l'étendue temporelle du préjudice colonial et pour fonder une approche scientifique conciliant la préservation de la mémoire, la protection de l'environnement et la réalisation de la justice environnementale". "La documentation de ces sites et leur intégration dans la mémoire nationale et africaine contribuent à l'élaboration de politiques environnementales durables, au renforcement de la recherche scientifique et à la consécration du droit des générations actuelles et futures à un environnement sain et sûr", a-t-il ajouté.

Dans son intervention, le directeur général de l'Observatoire national de l'environnement et du développement durable (ONEDD), Karim Arab, a expliqué que cette carte constitue une plateforme interactive pouvant être mise à jour et enrichie en permanence.

D'autres sites y seront progressivement intégrés, accompagnés des résultats des études, des analyses de laboratoire et des missions de terrain, parallèlement à l'avancement des travaux de la commission, afin de fournir une référence scientifique dans le domaine de la mémoire environnementale. 

La première session des travaux de la Commission interministérielle sur la mémoire environnementale a été couronnée par plusieurs recommandations, dans lesquelles les participants ont souligné la nécessité d'adopter cette carte comme document national de référence, en l'actualisant et en l'enrichissant périodiquement selon les résultats des études et des enquêtes de terrain.

Les participants ont également recommandé d'enrichir le guide scientifique numérique intitulé "Témoin oculaire" par les dernières avancées scientifiques, les résultats des recherches et les analyses environnementales relatives aux séquelles du colonialisme, ainsi que de consacrer un espace à la mémoire environnementale dans le cadre du projet du Musée national environnemental de la biodiversité, réalisé sous la supervision du ministère de l'Environnement et de la Qualité de la vie. 

Les recommandations ont, en outre, mis l'accent sur l'élaboration et la mise en œuvre d'un programme national visant à achever les opérations d'inventaire, de suivi et les études environnementales des sites concernés, selon des priorités scientifiques et techniques, ainsi que sur la création d'une base de données nationale de la mémoire environnementale regroupant les cartes, les documents historiques, les images satellitaires, les résultats des analyses en laboratoire et l'ensemble des données scientifiques y afférentes.

Elles préconisent aussi le développement de programmes de sensibilisation, de conscientisation et d'éducation à l'environnement qui mettent en valeur le concept de mémoire environnementale et son importance dans la préservation du patrimoine national, notamment auprès des jeunes. 

Cette session a été marquée par la distinction de plusieurs moudjahidine, ainsi que par l'organisation d'une exposition consacrée à la mémoire environnementale présentant des photographies sur les dégâts environnementaux causés par le colonialisme français, en plus d'une autre exposition dédiée aux timbres-poste en lien avec le domaine de l'environnement.