Le 28 octobre 1962 reste une date fondatrice dans l’histoire de l’Algérie indépendante. Ce jour-là, les travailleurs algériens de la Radio et de la Télévision relevaient le défi de reprendre en main les moyens nationaux de diffusion et d’assurer la continuité du service public, malgré le départ des techniciens français. À l'occasion de la commémoration de cet événement historique, le ministre de la Communication, Mohamed Bouslimani, a rendu un vibrant hommage aux pionniers de l’audiovisuel national, tout en dévoilant les principaux chantiers engagés pour moderniser le paysage médiatique algérien.

Invité, ce mercredi, de l’émission « L’Invité du jour » de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, le ministre a notamment annoncé la finalisation prochaine des textes d’application de la loi organique relative à l’information, l’installation des autorités de régulation et la mise en œuvre d’un vaste programme de formation spécialisée destiné aux journalistes des secteurs public et privé.

Autant de chantiers qui s’inscrivent dans une stratégie visant à renforcer le professionnalisme, à accompagner la transformation numérique et à doter la presse nationale des moyens nécessaires pour relever les défis d’un environnement médiatique en pleine mutation.

Le 28 octobre 1962, une victoire historique des travailleurs de l’audiovisuel

Revenant sur la portée symbolique du 28 octobre 1962, Mohamed Bouslimani a salué « le rôle fondateur des travailleurs algériens qui ont assuré la relève au sein de la Radio et de la Télévision algériennes, alors que les experts français estimaient que le fonctionnement de ces médias serait compromis après leur départ », précisant que « malgré le manque de formation, d’expérience et de moyens, ces pionniers ont réussi à maintenir les émissions et à garantir la continuité du service ».

Pour le ministre, cette mobilisation constitue un exemple de patriotisme, de détermination et de responsabilité professionnelle dont les nouvelles générations de journalistes doivent continuer à s’inspirer.

Il a également rappelé que le secteur audiovisuel national a connu, depuis cette date, plusieurs étapes de transformation, notamment la réforme de 1986, qui a consacré une nouvelle organisation du service public avec la création de l’Entreprise publique de radiodiffusion sonore (EPRS) et de l’Entreprise publique de télévision (EPTV).

Textes d’application et autorités de régulation, les prochains chantiers du secteur

Sur le plan réglementaire, le ministre a annoncé que le processus de mise en œuvre de la nouvelle législation sur l’information allait connaître de nouvelles avancées.

« Nous allons prochainement terminer le processus avec les textes d’application concernant la loi organique et installer les autorités de régulation », a-t-il indiqué.

L’objectif est notamment de consolider les règles encadrant l’exercice du métier, de renforcer les mécanismes de régulation et d’accompagner le développement des différents supports médiatiques, qu’ils soient audiovisuels, écrits ou numériques.

Le ministre a également insisté sur la nécessité de poursuivre le dialogue avec les professionnels du secteur, rappelant que « plusieurs rencontres ont déjà été organisées, aussi bien au ministère de la Communication qu’au niveau de la présidence de la République », tout en annonçant que « d’autres rencontres sont prévues afin de maintenir une concertation régulière et de suivre les préoccupations des journalistes et des entreprises de presse. »

Formation spécialisée, un vaste programme pour les journalistes du public et du privé

Autre priorité affichée par Mohamed Bouslimani, « la formation des professionnels de l’information », qu’il considère comme « un pilier indispensable à la modernisation de la presse nationale. »

« Nous avons un vaste programme de formation pour les journalistes, qu’ils soient du secteur public ou privé, et qui touche toutes les spécialités », a-t-il annoncé, rappelant que « la formation constitue un droit pour les journalistes, mais également une responsabilité pour les entreprises de presse, appelées à assurer la mise à niveau permanente de leurs personnels. »

Il s’agit, selon lui, de contribuer « à préparer une presse plus réactive, mieux outillée et capable de faire face aux nouvelles formes de désinformation. »

Numérique et intelligence artificielle, nécessité d’un nouveau modèle économique de la presse

Évoquant les mutations du paysage médiatique, le ministre a souligné que la transition numérique n’est plus une option, mais une nécessité pour garantir l’avenir et la viabilité des entreprises de presse.

« Aujourd’hui, la presse doit avoir un nouveau modèle économique. Le digital doit s’imposer », a-t-il affirmé, rappelant « l’attention particulière accordée par le président de la République au développement du numérique ».

Selon le ministre, « le paysage médiatique algérien compte aujourd’hui plus de 200 titres de presse écrite et 142 sites web d’information, tandis que l’Entreprise publique de télévision dispose de 11 chaînes, alors que la majorité des wilayas disposent de leurs propres structures radiophoniques, en attendant l’accompagnement des onze nouvelles wilayas.

Il a notamment évoqué la nécessité de mettre en place « des instruments fiables de mesure d’audience, indispensables pour valoriser les contenus numériques »

Aides publiques et protection sociale, mettre fin au travail non déclaré

Abordant les conditions socioprofessionnelles des journalistes, le ministre a rappelé que l’accompagnement de l’État ne saurait se limiter au soutien économique des entreprises de presse.

La protection des professionnels de l’information, leur couverture sociale, leurs assurances et la régularisation de leurs situations contractuelles figurent également parmi les préoccupations du secteur.

« Le journaliste doit être déclaré », a-t-il insisté, mettant en avant « la nécessité de généraliser les contrats de travail et de mettre fin aux pratiques de travail non déclaré. »

Le ministre a souligné que les droits des journalistes doivent être respectés, tout en rappelant que l’exercice de la profession implique également des devoirs et des responsabilités.

Sur le volet des aides, il a évoqué les dispositifs prévus dans le cadre de la législation relative à l’information, ainsi que les soutiens indirects accordés par l’État, notamment en matière d’impression et de coût du papier.

Guerre médiatique et désinformation: Bouslimani appelle à passer à l’action

Le ministre a consacré une partie importante de son intervention aux défis liés à la désinformation et aux campagnes médiatiques visant l’Algérie.

À ce titre, il a cité le projet minier de Gara Djebilet et les infrastructures ferroviaires qui lui sont associées, ainsi que le projet de liaison ferroviaire Alger-Tamanrasset, présenté comme « l’un des grands paris du développement national. »

Il a également cité les programmes de logements, les efforts engagés dans le domaine du médicament et de la sécurité sanitaire, ainsi que la réalisation des stations de dessalement d’eau de mer.

« Est-ce que la presse est au même niveau que l’État ? », s’est-il interrogé, appelant les journalistes à davantage d’initiatives pour informer les citoyens sur les réalisations accomplies.

« Ceux qui doutent de ces réalisations, nous les vaincrons avec l’information », a-t-il soutenu, plaidant pour une presse nationale capable d’accompagner les efforts de développement du pays, sans renoncer aux exigences de rigueur, de vérification et de professionnalisme.

Presse locale, un maillon essentiel dans la lutte contre les rumeurs

Le ministre a particulièrement insisté sur le rôle de la presse de proximité, qu’il considère comme « un trait d’union indispensable entre les citoyens et les institutions. »

Revenant sur les visites effectuées dans 41 wilayas en 2023, il a indiqué que « les journalistes locaux avaient soulevé plusieurs difficultés, notamment celles liées à l’accès aux responsables et aux sources officielles d’information. »

Pour illustrer son propos, Mohamed Bouslimani est revenu sur la période de la pandémie de Covid-19, marquée par la circulation de nombreuses informations erronées, notamment sur le nombre de décès, estimant que la mise en place d'une communication régulière et la diffusion d'informations vérifiées avaient permis de mieux maîtriser la situation.

Échéance électorale du 28 novembre, les préparatifs médiatiques engagés

À l’approche de l’échéance électorale du 28 novembre évoquée au cours de l’émission, Mohamed Bouslimani a assuré quant « à la mobilisation des moyens nécessaires pour assurer une couverture médiatique dans de bonnes conditions », affirmant que « pour le 28 novembre, la presse sera au rendez-vous ».

Il a fait état d’une coordination avec l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), rappelant « qu’une rencontre de travail avait déjà été organisée autour des préparatifs médiatiques. »

Le ministre a également annoncé la préparation prochaine, au Centre international de conférences (CIC), des dispositifs d’accueil et de travail destinés aux journalistes. Les représentants de la presse nationale et internationale devraient ainsi bénéficier des commodités nécessaires à l’accomplissement de leurs missions.

Il a, par ailleurs, souligné « l’importance de la presse locale dans la couverture de cette échéance, compte tenu de sa proximité avec les citoyens et de sa connaissance des réalités du terrain. »

« Soyez les nouveaux moudjahidine », l’appel du ministre aux journalistes

Enfin, Mohamed Bouslimani a renouvelé son hommage aux travailleurs de la Radio et de la Télévision algériennes, dont l’engagement historique a permis de préserver la souveraineté audiovisuelle du pays au lendemain de l’indépendance, rappelant l’attention accordée par le président de la République à la presse nationale, tout en soulignant les attentes placées dans les professionnels du secteur en matière d’information, de proximité et de responsabilité.

« Vous avez un président de la République qui aide la presse et qui attend un retour sur l’information et le travail de proximité », a-t-il déclaré, appelant les journalistes à s’inspirer de l’engagement de leurs aînés, en faisant de la défense de l’information crédible, de la souveraineté nationale et de l’intérêt du citoyen une priorité. « Mon souhait est que vous soyez les nouveaux moudjahidine », a-t-il conclu.

Dans un contexte international marqué par le développement des guerres hybrides, il a appelé les médias nationaux « à faire preuve de vigilance, de professionnalisme et de mobilisation. »

« Nous sommes en guerre médiatique. Nous devons être mobilisés », a-t-il déclaré, soulignant que les attaques informationnelles exigent désormais « une approche plus proactive », fondée sur l’anticipation, la vérification des faits et la diffusion rapide d’une information crédible. « L’ère de la réaction est révolue. Maintenant, il faut agir », a-t-il lancé.

Le ministre a également dénoncé les campagnes hostiles à l’Algérie, évoquant notamment ce qu’il a qualifié de « nouveaux harkis », qu’il estime toujours actifs dans les opérations de déstabilisation médiatique.

Il a fait référence, dans ce contexte, aux polémiques suscitées par les questions sécuritaires régionales, notamment celles liées au Niger, pour illustrer les enjeux de la circulation de l’information et les risques de manipulation.

Face à ces défis, il a insisté sur « la nécessité de renforcer le front interne », rappelant que l’unité nationale constitue un rempart essentiel contre les tentatives de déstabilisation.

Réalisations nationales, la presse appelée à être davantage présente sur le terrain

Mohamed Bouslimani a également interpellé les médias nationaux sur leur rôle dans « la valorisation des grands projets structurants engagés par l’État », estimant que beaucoup de réalisations économiques et sociales majeures ne bénéficient pas toujours de la couverture médiatique adéquate.

Source: Radio Algérienne