B. Bacha
La deuxième journée de la 14e édition du NAPEC, organisée au Centre des conventions d’Oran Mohamed-Benahmed, a davantage éclairé les ressorts de la transformation du modèle énergétique algérien. Au-delà des annonces et des rencontres bilatérales, les débats ont fait apparaître une même logique : celle d’une transition qui ne repose pas sur une rupture avec les hydrocarbures, mais sur une meilleure valorisation des ressources existantes, l’extension des infrastructures, l’intégration de nouvelles technologies et l’ouverture à de nouveaux partenariats.
Cette orientation s’est notamment exprimée à travers la présence inédite de l’Union européenne en tant que bloc au NAPEC. Pour son ambassadeur en Algérie, Diego Mellado, « notre partenariat énergétique avec l’Algérie est très solide et nous voulons le diversifier ». Le gaz reste le socle de cette relation, mais Bruxelles entend désormais l’élargir aux énergies renouvelables et à l’hydrogène vert.
L’enjeu est notamment de tirer parti des infrastructures énergétiques déjà existantes pour accompagner le développement de nouvelles filières. Le projet South H2 Corridor s’inscrit dans cette perspective, avec l’ambition de relier les capacités de production d’hydrogène vert d’Afrique du Nord aux marchés européens. Une évolution qui pourrait donner aux infrastructures gazières une fonction nouvelle dans le processus de transition.
Valoriser davantage les ressources
La transformation énergétique passe également par une exploitation plus efficace des ressources hydrocarbures. Deux conventions d’études ont ainsi été conclues entre ALNAFT et la compagnie vietnamienne PVEP pour les gisements matures de Rhourde El Baguel et de Bir El Aïssa, dans la région de Berkine.
D’une durée de douze mois, ces études porteront sur l’analyse des données techniques et la modélisation du comportement des réservoirs, avec pour objectif d’optimiser les taux de récupération. Une démarche qui illustre une approche consistant à accroître la valeur tirée des ressources déjà disponibles, tout en réduisant progressivement leur empreinte environnementale.
Cette dernière dimension a occupé une place importante dans les panels consacrés à la décarbonation. La baisse de 25 % du torchage de gaz enregistrée par Sonatrach et les investissements annoncés pour éliminer les émissions de méthane à l’horizon 2030 traduisent cette volonté de faire évoluer les pratiques de l’amont pétrolier. Les technologies de captage et de stockage du carbone (CCUS) et l’hydrogène vert ont également été au centre des discussions sur les conditions nécessaires à l’émergence de nouvelles chaînes énergétiques.
La donnée, l’eau et les compétences
La transformation concerne aussi les outils de gestion du secteur. L’Autorité de régulation des hydrocarbures prépare la mise en service d’un nouveau Data Center, prévue en novembre prochain. Selon son président, Amine Remini, cette infrastructure permettra de « franchir un nouveau palier dans l’exploitation des données ».
La centralisation, le traitement et l’analyse des informations doivent ainsi renforcer le suivi des activités réglementées, dans le prolongement de la plateforme « Mahroukat », dont le déploiement progressif doit couvrir plusieurs segments de la chaîne des hydrocarbures d’ici au premier semestre 2027.
Autre levier devenu stratégique : l’eau. La montée en puissance du dessalement accompagne désormais non seulement la sécurité de l’alimentation en eau potable, mais aussi les besoins de l’appareil industriel. À Arzew, plus de la moitié de la production de la station Kahrama est destinée à la zone pétrochimique. Depuis leur mise en exploitation, les cinq grandes stations nationales ont produit plus de 500 millions de mètres cubes d’eau potable, tandis que trois nouvelles unités sont en cours de réalisation à Tlemcen, Mostaganem et Chlef.
Enfin, la transformation énergétique ne peut être dissociée de la question des compétences. Pour Farid Ghezali, président de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), « l’Algérie a une expertise à mettre au service de l’Afrique ». Formation, transfert de savoir-faire et création d’un catalogue africain des métiers des hydrocarbures constituent, à ses yeux, des instruments de coopération appelés à renforcer l’intégration énergétique du continent.
De la production à la donnée, des infrastructures gazières au dessalement, de la décarbonation à l’hydrogène et de l’expertise nationale aux partenariats internationaux, les échanges de cette deuxième journée montrent ainsi que la transformation énergétique se joue sur plusieurs fronts à la fois. L’enjeu pour l’Algérie n’est donc plus seulement de disposer de ressources, mais d’en accroître la valeur, de moderniser les outils qui les accompagnent et de construire progressivement de nouvelles chaînes de valeur.