À l’occasion de la célébration du 64ᵉ anniversaire de la Fête de l’Indépendance, l’historien Noureddine Amara a affirmé, ce dimanche, que les Algériens n’ont « aucun problème de mémoire » avec la colonisation française, soulignant qu’ils l’ont combattue « de la meilleure des façons », à savoir par la lutte armée.

Invité de l’émission « L’Invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, l’historien a rappelé que les Algériens n’ont jamais considéré la colonisation française comme un fait accompli. Selon lui, le chemin ayant conduit au déclenchement de la lutte de Libération nationale s’inscrit dans une longue histoire de résistance face aux crimes d’anéantissement perpétrés contre le peuple algérien. « Nous n’avons pas un problème de mémoire avec la colonisation. Nous savons ce qu’a été la colonisation et nous y avons répondu de la meilleure des façons, c’est-à-dire par la lutte armée », a-t-il déclaré.

Revenant sur ce qu’il qualifie de nature profondément barbare de la colonisation, Noureddine Amara a évoqué les crimes contre l’humanité commis durant la conquête, tout en mettant en avant la résistance opposée par les Algériens dès les premières années de l’occupation.

« Il s’agit d’une guerre de conquête violente, à visée génocidaire, marquée par des crimes de masse commis dans une logique d’anéantissement du peuple algérien, qui s’est étendue sur plusieurs générations », a-t-il expliqué. Poursuivant son analyse, l’historien a insisté sur la nécessité d’engager un véritable travail de justice.

Selon lui, l’Algérie a une obligation morale consistant à réinscrire les Algériens dans leur dignité de justiciables, c’est-à-dire de citoyens fondés à réclamer justice pour les crimes subis. À ses yeux, la question des crimes contre l’humanité ne peut être réglée à travers des commissions mixtes ou des rencontres d’historiens se limitant à des mesures symboliques. Il estime que seule une démarche fondée sur la justice permettra de garantir la non-répétition et l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité.

« Je ne suis pas dans le registre de la passion lorsque je demande à la France de rendre des comptes en tant que puissance coloniale, coupable de crimes coloniaux et de crimes contre l’humanité. En tant qu’Algérien, indépendant et digne, je réclame des droits et je réclame justice », a-t-il plaidé, estimant que cette démarche s’inscrit dans la continuité du sacrifice des martyrs de la guerre de Libération nationale.

Évoquant enfin une partie de ses recherches consacrées au statut de l’Algérie avant et pendant la période coloniale, l’invité de la Chaîne 3 a qualifié l’attitude de la France de « trouble colonial ». Il a vivement critiqué « cette force du récit français qui prétend dire ce que nous sommes mieux que nous ne pouvons le dire nous-mêmes ».

Selon Noureddine Amara, si la France coloniale a longtemps refusé de reconnaître l’Algérie comme une nation au début de la conquête, elle a pourtant délivré, elle-même pendant cette période, des certificats de nationalité algérienne à des ressortissants algériens établis en France. Outre la reconnaissance internationale dont bénéficiait l’Algérie avant la colonisation, ce fait démontre, selon lui, que l’administration coloniale reconnaissait elle-même, dans certains actes administratifs, l’existence d’une nation algérienne.

Pour l’historien, cette contradiction révèle le caractère profondément politique de la stratégie de non-reconnaissance mise en œuvre par la puissance coloniale, destinée, selon lui, à masquer l’illégitimité de la présence française en Algérie.

« Derrière cette politique, du nom qu'on nous refuse ou qu'on nous donne, ça raconte quelque chose de fondamental, la conscience que la France n'était pas légitime en Algérie. Cela démontre également que malgré toute la force et la puissance du feu, la France était vulnérable parce qu'elle n'avait jamais le consentement des Algériens à rester en Algérie », a-t-il expliqué.

Source: radio algérienne