Par Amar Belani
Depuis plusieurs années, les Émirats arabes unis fondent leur politique régionale sur la guerre par procuration (proxy war) .
Abou Dhabi privilégie le financement, l’armement et la formation de forces locales plutôt qu’une intervention directe. Cette méthode lui permet d’étendre son influence tout en limitant son exposition militaire et diplomatique. Elle vise notamment les ports, les détroits et les grandes routes commerciales, dont le contrôle indirect sert les intérêts économiques et logistiques émiratis.
Au Yémen, le Conseil de transition du Sud (STC) constitue depuis 2017, le principal relais d’Abou Dhabi. Les Émirats le financent, l’arment et le forment, tandis que son agenda sécessionniste rejoint leurs intérêts autour d’Aden et de la mer Rouge.
Au Soudan, le même schéma se retrouve avec le soutien aux Forces de soutien rapide (FSR) du général Hemedti, opposées aux forces du général Burhan.
Dans les deux cas, Abou Dhabi privilégie des forces locales aux institutions centrales pour sécuriser ses intérêts tout en limitant son engagement direct. Cette stratégie a toutefois fini par entrer en collision avec les intérêts saoudiens au Yémen comme au Soudan.
Au Yémen, les conséquences sont particulièrement lourdes. En janvier 2026, les forces gouvernementales soutenues par Riyad reprennent Aden, provoquant l’effondrement du STC comme relais politique émirati.
Abou Dhabi perd également sa position militaire sur l’île de Mayun, verrou stratégique de Bab-el-Mandeb, désormais contrôlé par les Houthis. Cette perte dépasse le simple revers militaire. En soutenant une force sécessionniste plutôt que l’État central, les Émirats ont contribué à affaiblir l’autorité censée garantir la sécurité du détroit. La rupture avec Riyad et le retrait émirati ont ensuite créé un vide dont les Houthis ont tiré profit.
La perte de Mayun modifie désormais l’équilibre régional autour de Bab-el-Mandeb. Pour l’Arabie saoudite, elle concerne la sécurité de ses exportations vers l’Europe. Pour l’Égypte, elle menace le trafic du canal de Suez et pourrait accroître les détours par le cap de Bonne- Espérance. Djibouti et l’Érythrée voient s’accroître la pression sécuritaire à proximité de leurs côtes.