Par Hanane Ben 

Sans surprise, de ce côté-ci de la Méditerranée, la justice française vient de relaxer l’écrivaillon Kamel Daoud. Poursuivi par Saâda Arbane — qui l'accuse d'avoir utilisé son histoire personnelle pour son roman Houris, prix Goncourt 2024 —, l'auteur a été relaxé ce mardi par le tribunal correctionnel de Paris à la suite d'une plainte déposée après une interview publiée dans Le Figaro.

Plus lourd encore pour Saâda Arbane, si la justice estime que ses propos relevaient de la simple « expression d’une opinion », elle la condamne à verser des dommages et intérêts à l'écrivain ainsi qu'au directeur du journal. Poursuivi pour diffamation après avoir affirmé dans Le Figaro qu’« Alger [pouvait] déposer plainte contre [lui] en France », Kamel Daoud a bénéficié d'une relaxe sur un strict détail juridique : l'absence de citation directe du nom de Saâda Arbane.

Pour cette dernière, cette déclaration visait pourtant clairement à politiser le litige pour effacer le véritable enjeu : la réappropriation non consentie de son drame personnel. Cette relaxe pour diffamation ne clôt nullement le dossier et le cœur de l'accusation reste intact. Les procédures judiciaires engagées tant en Algérie qu'en France contre Kamel Daoud pour l'utilisation illégitime de l'histoire de Saâda Arbane suivent toujours leur cours. 

Le véritable procès sur le vol de sa vie reste donc à venir. Dans un article publié dans notre journal, intitulé : « De Saâda Arbane à la société algérienne : qui sont les véritables victimes de Kamel Daoud ? », nous avons dressé une liste de victimes du néo colonisé Kamel Daoud qui est loin d’être un écrivain persécuté, mais un prédateur moral et social dont le succès se nourrit de la souffrance d'autrui.

La première victime de cet imposteur est son ex-épouse, qui l'accuse de violences physiques et psychologiques subies lors de leur mariage en Algérie. Une contradiction flagrante entre son image publique de défenseur des femmes et ses actes passés.

La deuxième est Saâda Arbane, la victime la plus cruellement touchée, une survivante du terrorisme muette que l'auteur a pillé son histoire, ses traumatismes et ses séquelles physiques sans vergogne pour construire son personnage principal sans son accord.

Ensuite vient la mère adoptive de cette dernière, dont les sacrifices et la vie privée se retrouvent étalés sur la scène publique, ravivant les blessures de la décennie noire.

La quatrième victime est l'épouse actuelle de l'écrivain, une ancienne psychiatre qui se retrouverait piégée et dont la carrière et l'éthique médicale sont compromises par la violation du secret professionnel liée à l'utilisation de données confidentielles.

La liste est élargie à la femme et la société algériennes, réduites à un tableau misérabiliste pour satisfaire les attentes occidentales, ainsi qu'à la mémoire nationale algérienne, bafouée par une version politisée et manipulée de l'histoire récente du pays.

Enfin, le public français, dernière victime de cette imposture littéraire, trompé par un récit biaisé qui flatte ses préjugés et l'a conduit à attribuer à l'auteur le prix Goncourt.

Quant au journaliste et grand critique de la politique étrangère occidentale et du sionisme, Jacques-Marie Bourget, il a affirmé dans une interview au vitriol accordée à notre journal que Kamel Daoud bénéficie d'une impunité totale au sein du paysage médiatique français, protégé par un véritable « négationnisme » qui passe sous silence ses condamnations passées pour violences, ses dérives et les accusations d'appropriation du drame personnel de Saâda Arbane par le biais d'une violation du secret médical. 

Selon lui, cette clémence s'explique par le statut de « vache sacrée » d'un auteur instrumentalisé comme arme politique par ses soutiens occidentaux et proches du pouvoir français — à l'instar d'Emmanuel Macron — pour attaquer le monde arabe et l'islam.

Face à la plainte déposée à Oran, qu'il juge confuse et absurdement retenue pour ne pas entraver le Goncourt, Bourget estime que l'affaire a été freinée par ceux qui devaient la porter et exigeait des actions judiciaires directes à Paris contre Daoud, son épouse et les éditions Gallimard. 

Il rapproche ce cas de celui de Boualem Sansal, qualifiant les deux écrivains de figures au service d'un logiciel neo-colonialiste, tout en soulignant le deux poids, deux mesures du système français, qui s'offusque de l'arrestation de Sansal pour des motifs politiques alors qu'il a lui-même incarcéré un auteur extrémiste pour ses écrits et étouffé la tentative d'assassinat subie par Bourget en Palestine au nom d'un soutien inconditionnel à l’entité sioniste. 

Crier à la victoire définitive de Kamel Daoud est trompeur. Le verdict rendu aujourd’hui ne tranche qu’un volet secondaire et très ciblé de l'affaire : le cœur du litige reste intact et les poursuites se poursuivent.