La participation algérienne aux festivités du Salon international des médias d'Afrique (SIMA), organisé à Dakar (Sénégal), a été marquée par une présence distinguée dans les différents espaces de débat tenus en marge des expositions, avec un accent particulier sur la nécessité d'élaborer un narratif africain avec des plumes africaines.
L'atelier a été consacré à l'examen de plusieurs problématiques liées aux moyens d'imposer la présence des cultures africaines dans le paysage médiatique mondial, de protéger les industries créatives, notamment artistiques, et d'assurer leur pérennité économique, outre l'examen du modèle le plus approprié pour la production d'un narratif et de contenus propres au continent africain.
Dans ce contexte, la question des défis auxquels l'Afrique est confrontée pour s'imposer dans le paysage médiatique mondial a été soulevée, en dépit de la richesse de son histoire, de la diversité de ses cultures, de son patrimoine, de ses ressources, ainsi que des compétences et des talents dont elle regorge dans différents domaines.
Cette marginalisation s'explique, selon les analyses présentées lors des débats, par des raisons historiques liés à la persistance de l'hégémonie médiatique et morale de l'ancien colonisateur, mais également par des raisons endogènes, notamment la passivité de certaines élites et leur éloignement des réalités africaines, tant à l'échelle nationale que continentale, ainsi que le recours au regard de l'autre dans l'élaboration du narratif africain et de ses contenus.
Les débats, marqués par la profondeur, ont également porté sur les difficultés auxquelles sont confrontées les élites médiatiques africaines, à la lumière des disparités en matière de moyens matériels, qui limitent leur capacité à dépasser la situation de marginalisation et à contribuer à l'élaboration d'un narratif africain indépendant, reflétant l'identité des peuples du continent et leur imaginaire collectif.
L'accent a également été mis sur l'importance de permettre aux écrivains, aux créateurs et aux citoyens africains de construire eux-mêmes ce narratif, à travers leurs productions intellectuelles, artistiques et esthétiques, dans un cadre de liberté et de souveraineté, notamment au regard du rôle croissant de l'intelligence artificielle dans la structuration des différents aspects de la vie.
L'analyste et expert en politiques médiatiques, Dr Ahmed Ben Saada, représentant de la Télévision algérienne, a pris part à un atelier de discussion ouverte, avec des experts et des responsables de médias du Cameroun, du Sénégal et de la Côte d'Ivoire, où il a évoqué, à cette occasion, ce qu'il a qualifié de traitement largement négatif des questions africaines par les médias occidentaux, lesquels continuent, selon lui, d'adopter une mentalité de l'ancien colonialisme, qu'il s'agisse des pays africains ou du continent dans son ensemble.
Il a souligné, dans ce sens, que ce traitement tend à présenter l'Afrique comme un espace marqué par la pauvreté, le sous-développement, les crises, les conflits, les guerres et les tensions, tout en occultant les aspects liés à la beauté, à la créativité, aux réalisations et au développement que connaît le continent.
M. Ben Saada a affirmé que le fait, pour les Africains, de prendre eux-mêmes en charge l'élaboration de leur propre narratif contribuerait à faire connaître les pays africains et le continent dans son ensemble sous un jour plus fidèle à la réalité, estimant que cette démarche revêt une importance capitale, compte tenu de son rôle dans le renforcement de la cohésion entre les peuples et les sociétés et, par conséquent, dans la consolidation de la stabilité des Etats africains. Il a souligné, à ce titre, la nécessité pour les élites politiques du continent de prendre pleinement conscience de l'importance de cette démarche