Mme Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie, a appelé, mardi à Alger, à une nouvelle ère de coopération algéro-française, fondée sur la vérité historique, la restitution des archives et a insisté sur le respect mutuel d'”égal à égal”.
“Je suis venue (en Algérie) écouter et apprendre dans deux domaines : la créativité économique et la culture. Car l’Association pour l’amitié entre la France et l’Algérie que je préside travaille depuis plus de 60 ans au développement du dialogue, de l’amitié, de l’échange, de la compréhension mutuelle et de la recherche de perspectives communes”, a-t-elle dit dans une déclaration à la presse à l’issue d’une audience que lui a accordée le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune.
Elle a estimé que “l’histoire entre la France et l’Algérie est une histoire blessée, faite de domination, de violences indignes, mais aussi de luttes, de résistance, de destins mêlés, de familles construites entre les deux rives, de projets économiques et culturels communs, de partenariats et de potentiels trop souvent occultés ou méconnus que nous devons mettre en valeur”.
“Il faut faire reculer les postures politiciennes, les provocations, les discours qui déchirent, de la part de ceux qui ne veulent pas que l’Algérie avance et qui ne veulent pas encore admettre la souveraineté nationale de l’Algérie, son rôle diplomatique dans le monde, sa décision de non-alignement, sa liberté totale de choisir ses alliances et ses causes”, a-t-elle affirmé, ajoutant “moi je respecte profondément cela et j’espère que les autorités françaises finiront aussi par respecter cette souveraineté nationale de l’Algérie”.
Pour Mme Royal, “l’amitié réparée entre nos pays et nos peuples doit se réaliser, je le souhaite de tout mon cœur pour construire des passerelles de savoir et de respect par le dialogue”, a-t-elle relevé.
Selon elle, “le premier geste que doit faire la France, qui aurait dû être fait depuis longtemps, c’est la restitution des biens culturels et des archives, et j’y mettrai toute ma force. D’abord les objets de l’Emir Abdelkader et des autres personnalités algériennes”. Il s’agit aussi de “restituer les ossements de tous les Chouhada conservés au Musée de l’Homme pour qu’ils soient honorablement inhumés comme l’a dit le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune”.
“Toutes les archives ensuite, qui sont conservées à Aix-en-Provence et qui ont été en partie numérisées et donc qui peuvent être rendues très rapidement. Le canon d’Alger qui se trouve à Brest. Tout cela c’est d’ailleurs la commission mixte Histoire et Mémoire qui l’a confirmé dans son rapport du 22 novembre 2023”, a-t-elle poursuivi.
Il faut ajouter à cela, “les archives et le dossier complet sur les essais nucléaires dans le Sahara afin de mesurer l’ampleur en effet des dégâts et les réparer”, a-t-elle martelé.
Evoquant les propos de l’Emir Abdelkader : “L’homme est grand par ce qu’il sait, et noble par ce qu’il fait”, elle a plaidé en faveur de la restitution au peuple algérien “des objets qui lui appartiennent”.
“C’est ce que je dirai au président (français) Emmanuel Macron à mon retour pour l’inciter à agir en ce sens, comme d’ailleurs il l’avait dit au début de son quinquennat”, a-t-elle ajouté.
“Je voudrais terminer par cette belle pensée de l’Algérien Saint Augustin, né à Tagaste, qui a écrit ceci : +La vérité est comme un lion, laisse-la libre, elle se défendra elle-même+”, appelant “à libérer la vérité de nos passés et construire une nouvelle alliance par des projets communs, d’égal à égal”.
Elle a souligné que “la reconstruction de l’amitié entre la France et l’Algérie est un devoir que nous avons d’abord envers les jeunes générations des deux rives qui ne demandent qu’à développer ensemble leurs projets”.