Par Hanane Ben
L'annonce par la presse ibérique de la future visite d'État du président Abdelmadjid Tebboune en Espagne, prévue pour octobre à l'invitation du roi Felipe VI et du président du gouvernement Pedro Sánchez, fait déjà l'effet d'un séisme géopolitique dans la région.
Loin de laisser indifférent le voisin de l'Ouest, ce rapprochement officiel suscite une vive fébrilité à Rabat, qui voit d'un mauvais œil la fin du gel diplomatique et la consolidation de l'Algérie comme partenaire stratégique majeur de Madrid. Fidèle à ses méthodes habituelles, le gouvernement marocain tente d'enrayer cette dynamique en activant ses relais médiatiques et ses réseaux d'influence numériques pour multiplier les attaques, chercher à discréditer les avancées bilatérales et distiller un climat de suspicion autour de ces retrouvailles diplomatiques.
Le choix de programmer cette visite d'État au mois d'octobre ne relève pas du hasard. C'est en effet au cours d'un mois d'octobre, en 2002, qu'avait été signé le Traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération entre l'Algérie et l'Espagne. En retenant cette même période pour le déplacement du président Abdelmadjid Tebboune à Madrid, les deux chancelleries entendent marquer le coup et sceller symboliquement la relance de leurs relations bilatérales après deux années de crise.
Ce choix du calendrier vient d'ailleurs parachever un processus méthodique de rapprochement, illustré par les déplacements répétés du chef du gouvernement espagnol à Alger. Pedro Sánchez s'est en effet rendu à deux reprises en Algérie, en octobre 2021 puis le 20 juillet 2026 pour amorcer ce dégel décisif. La visite du président Tebboune en octobre coïncidera ainsi avec la tenue de la Haute Commission mixte algéro-espagnole — la première depuis 2018 —, donnant une dimension très opérationnelle à ces retrouvailles diplomatiques.
Les deux pays affichent une volonté claire de tourner la page du passé et d'inscrire leurs relations dans une perspective d'avenir. Dans la conjoncture internationale actuelle, marquée par des tensions énergétiques mondiales et des défis majeurs en matière de sécurité et de gestion des flux migratoires, Alger et Madrid font le choix du pragmatisme.
Cette dynamique renouvelée vise à construire un partenariat stratégique durable, capable d'apporter des réponses concrètes aux enjeux géopolitiques qui traversent la région du Maghreb et le continent européen.
À travers ce calendrier diplomatique maintenu, Madrid envoie un signal de souveraineté très net à Rabat. L'Espagne signifie clairement qu'elle ne se laissera pas dicter sa politique étrangère par le chantage migratoire ou les pressions aux frontières de Ceuta et Melilla, où l'arrivée massive de plus de 72 000 migrants à la fin juillet n'a en rien infléchi la ligne fixée par le gouvernement espagnol.
En concrétisant cette visite d'État malgré les tensions avec la royauté du Maroc, le gouvernement espagnol réaffirme qu'il reste seul maître de ses alliances, libre de diversifier ses partenaires stratégiques ,selon ses propres intérêts nationaux et énergétiques.
D'après la presse ibérique, ce déplacement du président Tebboune se lit comme un message d'équilibre : l'Espagne entend maintenir des relations fonctionnelles avec le Maroc sans pour autant dépendre excessivement d'un seul partenaire, tout en consolidant l'Algérie comme un allié stratégique incontournable pour sa sécurité et ses approvisionnements.
Selon les informations rapportées, cette visite très attendue s'articulera autour de plusieurs dossiers cruciaux pour les deux nations. Le volet énergétique figure au premier plan. L'Algérie demeurant le principal fournisseur de gaz de l'Espagne, Madrid cherche à consolider la hausse des exportations via le gazoduc Medgaz et à accroître les livraisons de gaz naturel liquéfié par méthaniers, dans un contexte européen de quête de sécurité énergétique.
La presse espagnole souligne également que les échanges porteront sur le renforcement de la coopération en matière de gestion des flux migratoires pour lutter contre les réseaux de passeurs, ainsi que sur le partenariat sécuritaire et la lutte antiterroriste, essentiels à la stabilité du Maghreb et du sud de l'Europe.
Grisée par le soutien de ses alliés américains et sionistes, la diplomatie marocaine semble agir avec un sentiment d'impunité grandissant, multipliant les provocations pour tester la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla et faire monter la pression à l'approche de l'échéance d'octobre. Dans cette stratégie de la tension, tout indique que Rabat déploiera tous les moyens à sa disposition — entre instrumentalisation des flux migratoires, campagnes d'influence et appels à manifester à la frontière — pour tenter de gâcher ces retrouvailles diplomatiques et fragiliser un axe algéro-espagnol restauré sous le signe du pragmatisme et de la souveraineté.
Face à sa posture de retenue, adossée à son statut de partenaire énergétique et sécuritaire indispensable, l'Algérie déjouera les provocations de son voisin et réussira à consolider posément ses positions stratégiques sur la scène méditerranéenne, tandis que le royaume des songes s'enferme dans une diplomatie des mégaphones qui ne remplacera jamais la réalité des équilibres diplomatiques.