Par Hanane Ben
Sous la direction éclairée du président Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie impulse des réformes économiques majeures et structurelles, visant à libérer les initiatives privées, à relancer dynamiquement la production nationale – notamment via la diversification hors hydrocarbures –, à consolider les fondements de la justice sociale et à bâtir une économie résiliente et compétitive à l’échelle internationale.
Dans cette dynamique, la numérisation représente un pilier stratégique majeur. Elle organise le marché, renforce la transparence, trace les produits essentiels et lutte contre la spéculation. Parallèlement, la modernisation numérique des pratiques, des infrastructures aux standards internationaux et l’intégration économique mondiale constituent les leviers clés pour booster les exportations hors hydrocarbures.
Historiquement, l’Algérie a été fortement dépendante des hydrocarbures, qui représentent 90% de ses recettes d’exportation, exposant l’économie aux fluctuations des prix pétroliers. Cette vulnérabilité stratégique motive aujourd’hui la diversification vers des secteurs non pétroliers résilients.
«Notre action depuis 6 ans est d’aller vers une économie qui se libère des hydrocarbures», c’est une parmi les déclarations clés, du président Abdelmadjid Tebboune au sujet de la diversification économique dans laquelle il a insisté sur la transition urgente pour ne plus lier le sort du pays aux prix pétroliers, avec un focus sur les secteurs productifs tels que l’agriculture et l’industrie.
Sous la direction du chef de l’Etat, l’Algérie s’est fixée des objectifs chiffrés ambitieux pour sa diversification économique : porter le PIB à 400 milliards USD d’ici fin 2027, hisser l’industrie à 10% du PIB, et multiplier les exportations hors hydrocarbures à 29 milliards USD d’ici 2029. Ces volumes ont déjà triplé depuis 2017 pour atteindre 5,1 milliards USD en 2023, selon les données de la Banque mondiale.
Comme l’a martelé le président Tebboune en 2025 devant les opérateurs économiques : «nous devons tous nous mobiliser, que vous soyez présents ici ou à l’étranger, pour réaliser un PIB de 400 milliards de dollars au plus tard fin 2027 et accéder au statut de pays émergent».
La dynamique se confirme avec une hausse de 11,8% au 1er semestre 2025, selon les données de l’Office National des Statistiques (ONS), portée par les engrais, la sidérurgie et le ciment, dans un contexte de réformes numériques et logistiques.
Performances par secteur : exportations hors hydrocarbures (2025-2026)
Les engrais azotés restent le fer de lance. Au 1er semestre 2025, ce secteur a généré 1,25 milliard USD (63 milliards DA au T1 seul), avec 3,53 millions de tonnes exportées. Leader incontesté, il affiche une hausse de plus de 23% sur janvier-juillet 2025, dopé par la demande africaine et latino-américaine.
Ciment et clinker confirment leur dynamique. Holcim El-Djazair, poids lourd du secteur, représente 30-35% des exportations nationales et vise 4 millions de tonnes en 2025. Le T1 2026 voit des expéditions vers le Guatemala (20 000 t depuis Annaba) et le Canada (porcelaine/céramique), avec une croissance de plus de 300% des produits finis vs 2024.
Sidérurgie et électroménager en forte progression. Les aciers et profilés vers l’Afrique/Europe progressent nettement (+23% janvier-juillet. 2025), tandis que l’électroménager enregistre un pic d’activité en juillet 2025 (+74% vs juillet 2024), avec des appareils ménagers exportés vers l’Asie du Sud-Est (Vietnam, Indonésie).
Les dattes, semoules et huiles ont rapporté 8,1 milliards DA au T1 2025, consolidant la part de l’agroalimentaire dans la diversification réussie.
Bilan global exceptionnel. Plus de 11,8% au 1er semestre 2025 (ONS), record de 490 millions USD en juillet seul, et plus de 16% au 1er trimestre 2026. Avec 1 800 exportateurs actifs, l’Algérie démontre sa capacité à tenir ses ambitions de 29 milliards USD d’ici 2029.
Poids économique des exportations hors HC : elles représentent 2% du PIB en 2023 (5,1 milliards USD sur 260 milliards USD de PIB total). Pour 2026, la projection officielle du ministère du Commerce et de la Banque mondiale vise 7,8 milliards USD, soit une hausse de 53% qui porterait leur contribution à environ 2,8% à 3% du PIB (sur un PIB projeté à 280 milliards USD).
Concrètement, l’Algérie passe de 2 milliards DA (0,2% PIB) en 2017 à 224 milliards DA (2% PIB) en 2023, avec un objectif de 330-350 milliards DA (2,8%) en 2026. Cette progression illustre la diversification réussie vers une économie moins pétro-dépendante et une trajectoire vers les 29 milliards USD (10% PIB) d’ici 2029.
Les destinations d’exportation
L’Algérie exporte vers plus de 120 pays, avec une diversification réussie vers l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, avec 788 clients, tout en maintenant ses flux européens traditionnels : 961clients et 430 autres d’Asie.
L’Europe domine toujours le Top 5 des destinations d’exportation hors hydrocarbures, malgré les tensions diplomatiques avec la France. Cette dernière importe pour 112 milliards DA de produits manufacturés, ciment, engrais, suivie des Pays-Bas (106 milliards DA), États-Unis pour 77 milliards DA d’engrais agricoles en plus des produits chimiques. L’Algérie exporte, également vers la Belgique pour 64 milliards DA. La Belgique joue un double rôle stratégique : hub logistique de réexportation vers l’Allemagne, les Pays-Bas et la France et un marché direct d’engrais azotés et ciment. Les échanges totaux Algérie-Belgique dépassent 2,7 milliards EUR en 2023, dont une part croissante hors hydrocarbures. Vers l’Italie, l’Algérie exporte pour 63 milliards DA d’acier, engrais chimiques et ciment.
Pour ce qui est de la tendances 2025-2026, la France recule globalement (-17% échanges totaux) au profit de nouveaux marchés comme le Guatemala (ciment), le Canada (céramique) et l’Afrique via la ZLECAF, illustrant une stratégie de souveraineté commerciale affirmée vers de nouveaux marchés mondiaux.
Stratégie gouvernementale : les leviers clés
Pour atteindre les 29 milliards USD des exportations d’ici 2029, Alger active plusieurs leviers stratégiques qui représentent des incitations chocs pour les exportateurs :
Les réformes structurelles : loi export 2025 (exonération TVA 5 ans, remboursement crédit d’impôt en 45 jours), simplification administrative.
La numérisation SNTN-2030 : guichet unique digital pour réduire les formalités de 21 à 5 jours, et la plateforme Asyab, dédiée aux PME exportatrices pour simplifier douanes, certificats d’origine et tracking en temps réel.
Les infrastructures logistiques : nouveaux ports profonds comme El Hamdania (6,5 millions de conteneurs et 25 millions de tonnes/an), Annaba (extension phosphatier, achèvement fin 2026 pour 10 millions de tonnes/an), Djen Djen (Jijel, terminal navires moyens ; extension en eau profonde à l’étude), et Alger (quais 18-21 réaménagés en 2025, avec plus de un millions de conteneurs via régime 24/7).
L’autoroute Est-Ouest, chef-d’œuvre de 1 216 km reliant Annaba à Tlemcen, a été achevée en 2023 après 17 ans d’efforts titanesques. Sa modernisation, lancée en 2025, inclut réhabilitation, élargissement des tronçons critiques (Oran-Tiaret, Alger-Tipaza) et connexions directes aux ports comme El Hamdania via une pénétrante de 37 km. Capable d’absorber plus de 50 000 véhicules par jour, elle forme le cœur d’un corridor logistique intégré boostant fret national et export.
Le nouvel aéroport international de Boughezoul (Médéa, 2e plus grand du pays en projet), plus la modernisation et/ou des extensions aux aéroports de Tamanrasset, d’Adrar, de Djanet et d’Illizi.
Diplomatie économique offensive : intégration à la ZLECAF (44 pays africains), accords stratégiques Turquie/Chine, et présence remarquée aux foires mondiales.
Soutien financier massif de l’État : l’État algérien déploie un arsenal financier décisif. La Caisse nationale d’exportation (CNE) injecte 1,2 milliard USD, l’Agence algérienne de garantie des exportations (AGAEX) mobilise 800 millions USD, et la BADR complète par des crédits export à taux zéro.
Défis persistants
Malgré ces avancées fulgurantes, l’Algérie fait face à des défis structurels qu’elle attaque avec détermination. La diversification reste faible : 80% des exportations hors hydrocarbures se concentrent sur les engrais, le ciment et la sidérurgie, tandis que les produits à haute valeur ajoutée (pharma, automobile) ne pèsent que 3-4% – mais les PME innovantes émergent rapidement. Le déficit courant recule depuis 2024, porté par une facture d’importation maîtrisée et la hausse des hors hydrocarbures qui compense efficacement les hydrocarbures.
Les réformes redynamisent les entreprises publiques, tandis que les investissements privés s’accélèrent dans les zones industrielles. La logistique se modernise avec les nouveaux ports et le plan SNTN-2030. La dépendance aux hydrocarbures chute à 92% des rentrées (contre 97% en 2023). L’Algérie convertit ses faiblesses en opportunités par l’innovation et une discipline budgétaire exemplaire.
Perspectives et recommandations
L’Algérie doit élargir son panier de produits (pharma, automobile, numérique) et diversifier ses marchés (Afrique 50%, Asie 30%). Pour y parvenir, la productivité et la compétitivité des entreprises exportatrices doivent être renforcées, tandis que le climat des affaires doit être simplifié pour attirer davantage d’IDE industriels.
Par ailleurs, le partenariat État-opérateurs doit être consolidé avec une justice sociale au cœur des priorités : redistribution des gains d’exportation vers les régions, formation massive des jeunes aux filières émergentes, et création d’emplois décents dans les zones industrielles pour que la croissance profite à tous.
L’Algérie s’oriente progressivement vers la construction d’une économie autocentrée, en rupture avec un modèle largement dépendant des hydrocarbures, dans lequel le grand capital tend à cantonner aussi bien le pays que l’ensemble des économies riches en ressources énergétiques.
Depuis l’arrivée du président Abdelmadjid Teboune au pouvoir en 2019, le pays a amorcé une transition profonde de son modèle économique : rompant avec la dépendance à la rente pétrolière et aux importations de produits finis, elle s’oriente vers un système diversifié, résilient et créateur de valeur, porté par la production nationale.
Des secteurs stratégiques clés – hydrocarbures et mines, agriculture, industrie, BTP, ainsi que les services (tourisme, commerce, TIC, banque et assurance) – ont été identifiés et redynamisés pour propulser la croissance économique et le développement humain.
A l’horizon 2030, l’Algérie transformera sa richesse hors-hydrocarbures en plateforme industrielle, passant de producteur de matières premières à hub manufacturier maghrébin. «L’ambition export fait le socle de notre nouvelle économie indépendante», martèlera encore le président Abdelmadjid Tebboune.
H. B.