Organisation de la Coupe d’Afrique des Nations tousles quatre ans? Les 54 fédérations de la CAF, ont-t-elle été consultées au préalable?
Non,selon le média britannique The Guardian, qui dans un article, intitulé ( Les dirigeants du football africain accusés de ne pas avoir pleinement consulté au sujet de la réforme controversée de la CAN), publié ce vendredi 16 janvier, affirme que cette annonce émanant du président de l’instance continentale le 20 décembre dernier le sud-africain Patrice Motsepe, à la veille de l’entame de la 35ème édition de la CAN 2025, qui se déroule au Maroc,a été une surprise pour les responsables des fédérations constituant la composante de cette CAF, prise en otage par une mafia du football.
Selon The Guardian citant des présidentts de fédérations de football africaines, Patrice Motsepe, a violé les statuts de la CAF en omettant de solliciter l’approbation d’une assemblée générale.
Cette décision repose sur l’idée que toute modification majeure du format de la compétition doit être ratifiée par les 54 associations membres, une affirmation contestée par des sources haut placées au sein de la CAF. Les discussions se sont d’abord limitées à un petit groupe au sein de son comité exécutif, puis aux 24 membres de ce comité, avant que le passage à une organisation tous les deux ans ne soit confirmé à la veille de l’édition marocaine qui s’achève dimanche.
« La décision était déjà prise », a déclaré un président de fédération sous couvert d’anonymat. « On nous avait promis des discussions au Maroc, mais finalement, il n’y a pas eu de débat. On se tire une balle dans le pied. S’il y avait eu une assemblée générale et que tous les présidents avaient pu voter, la loi n’aurait jamais été adoptée. », souligne le média britannique.
Selon The Guardian, le passage à un cycle de quatre ans a été évoqué pour la première fois lors d’une réunion impliquant certains membres du comité exécutif de la CAF environ un mois avant l’annonce de Motsepe, bien qu’un porte-parole de la CAF ait nié qu’une telle réunion ait eu lieu.
Une réunion plénière du Comité exécutif s’est tenue au Maroc le mois dernier, la veille de la confirmation du changement par Motsepe. Elle rassemblait des représentants de 23 fédérations, dont la République démocratique du Congo, représentée par deux membres. Le corrompu président de la FRMF Fouzi Lekjaa, également vice-président de la CAF, le président de la Fecafoot Samuel Eto’o et le président de la fédération djiboutienne Souleiman Hassan Waberi auraient fortement plaidé en faveur de cette mesure, qui entrera en vigueur en 2028.
Plusieurs présidents de fédérations ont déclaré avoir eu connaissance de la proposition uniquement par le biais de rumeurs et de conversations informelles. L’un d’eux a affirmé : « Personne ne nous a contactés officiellement. » Un autre a qualifié le comité exécutif de la CAF de « marionnettes », alléguant que les décisions clés étaient dictées par Veron Mosengo-Omba, le secrétaire général détenteur aussi de la nationalité suisse,accusé d’avoir instauré un climat de peur au sein de la confédération, sous la pression de la FIFA et de son président, Gianni Infantino.
Un porte-parole de la CAF a déclaré que les membres du Comité exécutif avaient voté à l’unanimité en faveur de ce changement. « Après la réunion du Comité exécutif, le président de la CAF a rencontré les présidents des 54 associations membres et les a informés des décisions prises. Une séance de questions-réponses a également eu lieu », a-t-il précisé.
La CAF a insisté sur le fait que l’article 23.10 de ses statuts, qui stipule que le Comité exécutif « est l’autorité suprême pour toutes les questions relatives aux compétitions de la CAF », l’autorisait à prendre cette décision. Cependant, cette interprétation est contestée par des experts juridiques et de gouvernance ayant travaillé pour la CAF. Ces derniers ont affirmé que son assemblée générale demeure l’autorité suprême et aurait dû être consultée pour une décision d’une telle importance.
« Le comité exécutif de la CAF (en tant qu’organe exécutif subordonné) est strictement limité à l’exercice des pouvoirs qui lui sont explicitement délégués et ne peut légalement décider, modifier ou mettre en œuvre des décisions relevant de la compétence exclusive de l’assemblée générale de la CAF, même en cas d’unanimité », ont-ils déclaré. « Tout acte adopté ultra vires par le comité exécutif de la CAF est juridiquement nul. »
On affirme que toute tentative de la FIFA de modifier la fréquence de la Coupe du Monde, actuellement tous les quatre ans, pour la ramener à tous les deux ans, nécessiterait la ratification de son congrès, qui possède la même autorité juridique que l’assemblée générale de la CAF. Il est entendu que toute infraction aux statuts peut faire l’objet d’une enquête par les instances juridiques et de conformité de la CAF, et qu’une association membre peut contester la légalité d’une décision devant le Tribunal arbitral du sport ou déposer une plainte auprès de la FIFA.
Plusieurs joueurs et entraîneurs participant à la CAN en cours ont exprimé leurs inquiétudes concernant cette décision, mais les présidents des fédérations ont déclaré au Guardian qu’ils hésitaient à s’exprimer publiquement par crainte de représailles de la part de la CAF.
Constant Omari, ancien vice-président de la CAF, estime que les conséquences pour le football africain seront graves. « Tout d’abord, la CAN est la principale source de revenus de la CAF », a-t-il déclaré. « Ensuite, l’organisation de la CAN tous les deux ans permettait aux pays hôtes de développer de véritables infrastructures, favorisant ainsi l’essor du football. Concrètement, cette formule bisannuelle permettait aux joueurs locaux de rester compétitifs. Avec une CAN tous les quatre ans, ce sera beaucoup plus difficile pour eux, et nous perdrons également notre principale source de revenus. »
Omari a déclaré que le projet d’organiser la CAN tous les quatre ans avait été évoqué publiquement pour la première fois par Infantino lors d’un séminaire de la CAF au Maroc en 2020. « Gianni a pris la parole devant tous les présidents des fédérations africaines. Il a annoncé officiellement que la CAN devrait désormais se dérouler tous les quatre ans. Mais le processus était déjà enclenché. Nous nous y opposions. »
Omari a également affirmé qu’Infantino était intervenu avant la CAN actuelle pour raccourcir la période de mise à disposition obligatoire des joueurs de deux semaines avant le début du tournoi, suite à une demande de l’EFC (European Football Clubs Association). La FIFA et l’EFC n’ont pas répondu à notre demande de commentaires.
Il s’avère également que le Championnat d’Afrique des Nations, réservé aux joueurs évoluant dans les championnats nationaux africains, devrait être supprimé du calendrier international et remplacé par une Ligue africaine des Nations. « Ce sera une catastrophe pour nos joueurs locaux », a déclaré Omari.