Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, a appelé de nouveau, lundi à New York, à l’octroi d’un siège permanent à l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU, affirmant que le maintien du continent en dehors de la représentation permanente, 80 ans après la création des Nations unies, constitue “une injustice” à son égard.
Dans une allocution prononcée lors du débat public de haut niveau du Conseil de sécurité sur le thème “Réaffirmer l’Etat de droit international : voies pour revitaliser la paix, la justice et le multilatéralisme”, M. Youssouf a souligné que l’Afrique demeure exclue de la représentation permanente au Conseil de sécurité malgré ses 1,4 milliard d’habitants.
“Comment concevoir qu’un continent qui compte 1,4 milliard de personnes n’ait pas de voix dans les décisions qui déterminent son destin ?”, s’est-il interrogé, qualifiant cette situation “d’injuste” pour l’Afrique et de problème de crédibilité et d’efficacité pour le Conseil de sécurité lui-même.
Le responsable africain a rappelé, à ce propos, la position unie et claire du continent en faveur de l’obtention d’un siège permanent doté de l’ensemble des prérogatives, y compris le droit de veto, au nom de l’équité et de la justice internationales.
Il a, en outre, appelé au renforcement de la coopération entre l’ONU et les organisations régionales, en particulier l’Union africaine, conformément au chapitre VIII de la Charte des Nations unies, à travers des partenariats fondés sur le respect mutuel, la complémentarité et le partage des responsabilités.
“Nous nous réunissons aujourd’hui à un moment charnière pour le multilatéralisme. Le système international a permis, pendant huit décennies, d’atteindre une stabilité relative, mais il fait désormais face à une situation de fragilité, marquée notamment par la banalisation des mesures unilatérales et l’érosion de la confiance dans les organisations internationales”, a-t-il relevé.
Face à cette conjoncture, M. Youssouf a affirmé que “la position de l’Afrique est claire et constante en faveur du multilatéralisme”, soulignant qu'”aucun Etat, quelle que soit sa puissance, ne peut, à lui seul, faire face aux défis actuels tels que le terrorisme, le changement climatique, les pandémies, la pauvreté ou l’insécurité, qui ne connaissent pas de frontières et exigent une réponse collective fondée sur le droit international et une coopération authentique”.
S’appuyant sur cette expérience concrète, il a précisé que lorsque l’Afrique évoque l’Etat de droit au niveau international, “il ne s’agit pas d’un concept théorique, mais du fondement même de la souveraineté, de la dignité, de la stabilité et du développement durable”.
L’engagement de l’Afrique en faveur de la paix se traduit, a-t-il ajouté, par des mesures concrètes, citant notamment la résolution 19-27, qualifiée “d’avancée historique pour le partenariat entre l’ONU et l’Union africaine”.
Il a également réaffirmé la poursuite de la contribution des Etats africains, notamment à travers le déploiement de contingents, en particulier en Somalie, ainsi que la volonté du continent d’assumer des responsabilités accrues en coopération avec la communauté internationale, y compris par le biais du Fonds pour la paix de l’UA.
Dans le même esprit, M. Youssouf a relevé que le recours croissant des Etats africains aux mécanismes judiciaires pour le règlement pacifique des différends, notamment devant la Cour internationale de Justice et les juridictions régionales, “reflète la confiance accordée à la primauté du droit sur l’usage de la force”.
Il a conclu en affirmant que “pour l’Afrique, l’Etat de droit n’est ni optionnel ni négociable, car il constitue une condition essentielle de la paix”.