Bakhta B
L’exploitation progressive du gisement de fer de Gara Djebilet, adossée à la mise en service de la ligne ferroviaire minière occidentale, consacre l’émergence d’un vaste complexe industriel, scientifique et logistique appelé à redessiner durablement l’économie algérienne.
Soutenu par des investissements massifs et par un important effort de recherche technologique, ce projet structurant vise à bâtir une filière sidérurgique nationale intégrée, à renforcer la souveraineté industrielle du pays et à impulser un développement économique durable dans le sud-ouest algérien.
Un gisement stratégique aux réserves colossales
Situé à près de 150 kilomètres au sud-est de Tindouf, le gisement de Gara Djebilet figure parmi les plus vastes réservoirs mondiaux de minerai de fer. Les estimations disponibles font état de réserves dépassant 3,5 milliards de tonnes, avec une teneur moyenne en fer avoisinant 57 %. À lui seul, ce site concentre près de 90 % des ressources nationales non exploitées, sur une superficie estimée à 130 km².

Découvert en 1952, le gisement a fait l’objet de plus de sept décennies d’explorations géologiques et d’études techniques menées par des institutions nationales et internationales. Ces travaux ont permis d’identifier trois principaux périmètres d’exploitation – Gara Ouest, Gara Centre et Gara Est – constitués de formations géologiques oolithiques renfermant plusieurs couches minéralisées.
Selon des données publiées notamment par l’Agence Thématique de Recherche en Sciences et Technologie, ces études ont permis de mieux cerner les potentialités du site, tout en mettant en évidence les défis technologiques liés à la nature du minerai.
Une ligne ferroviaire décisive pour lever l’isolement du site
Longtemps freiné par son éloignement des centres industriels et des infrastructures portuaires, le développement du gisement est désormais rendu possible grâce à la réalisation de la ligne ferroviaire minière ouest reliant Béchar, Tindouf et Gara Djebilet.
Longue d’environ 950 kilomètres, cette infrastructure stratégique assure le raccordement du site minier au réseau ferroviaire national et aux complexes industriels et portuaires du nord du pays. Achevée le 31 décembre 2025, soit six mois avant les délais contractuels, elle constitue l’un des plus importants projets ferroviaires réalisés en Algérie.

La ligne permet le transport du minerai de fer, mais également celui des voyageurs et des marchandises. Les trains peuvent atteindre 160 km/h pour le transport des passagers et 80 km/h pour le fret minier, avec une capacité journalière estimée à 24 convois dédiés au minerai, auxquels s’ajoutent plusieurs trains pour les marchandises et les voyageurs.
La réalisation du chantier a mobilisé plus de 11.000 travailleurs et 4.106 engins spécialisés. Les travaux ont nécessité la mise en œuvre de 54,28 millions de mètres cubes de déblais, 15,24 millions de mètres cubes de remblais et la pose de plus de 1.026 kilomètres de voies ferrées à un rythme record de 10 kilomètres par jour. L’infrastructure comprend également 45 ouvrages d’art totalisant plus de 20 kilomètres, dont le pont ferroviaire de l’oued Daoura long de 4,11 kilomètres, ainsi que plusieurs gares principales et installations techniques.
Un défi scientifique et technologique majeur
L’exploitation du gisement repose également sur un important enjeu scientifique. Le minerai de Gara Djebilet présente en effet une teneur relativement élevée en phosphore, estimée en moyenne à 0,8 %, ainsi qu’une structure oolithique complexe rendant son traitement industriel particulièrement exigeant.
Des programmes de recherche multidisciplinaires ont ainsi été engagés afin de développer des procédés innovants permettant d’améliorer la qualité du minerai. Les travaux expérimentaux ont déjà permis d’augmenter la teneur en fer jusqu’à près de 65 % et de réduire la teneur en phosphore entre 0,30 % et 0,17 %, ouvrant la voie à une exploitation conforme aux standards internationaux de la sidérurgie.
Les recherches mobilisent des compétences nationales dans plusieurs domaines, notamment la géologie, la métallurgie, la chimie, le génie des procédés et la physique industrielle. Parmi les procédés étudiés figurent la séparation magnétique, la flottation, la lixiviation chimique, la calcination réductrice ainsi que l’utilisation de technologies émergentes telles que les ultrasons ou les micro-ondes.
Une chaîne sidérurgique intégrée à l’horizon 2040
Le projet de Gara Djebilet s’inscrit dans une vision industrielle globale visant la création d’une chaîne de valeur sidérurgique nationale complète. L’objectif affiché est d’atteindre une production annuelle de 50 millions de tonnes de minerai de fer d’ici 2040, permettant la fabrication d’environ 25 millions de tonnes de produits sidérurgiques commercialisables.
La première phase, prévue entre 2025 et 2032, vise à porter progressivement la capacité d’extraction à 20 millions de tonnes par an, grâce à la mise en place d’unités de traitement primaire sur le site, de centres de concentration et de pelletisation à Toumiat, ainsi que d’unités industrielles de transformation à Harchaia.
La seconde phase, programmée entre 2033 et 2040, prévoit l’extension des capacités d’extraction et de transformation, avec le développement d’unités supplémentaires destinées à la production de boulettes et de briquettes de fer. Le pôle industriel de Bethioua, dans la wilaya d’Oran, devrait notamment jouer un rôle stratégique dans les opérations de transformation, de stockage et d’exportation.
Un levier stratégique pour la souveraineté économique
Au plan économique, ce mégaprojet devrait permettre à l’Algérie de réduire progressivement sa dépendance aux importations de produits sidérurgiques et de renforcer sa position sur les marchés internationaux. Il contribuera également à améliorer la balance commerciale et à générer de nouvelles recettes en devises.
Sur le plan social et territorial, l’exploitation du gisement devrait générer des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects et stimuler le développement économique du sud-ouest algérien. Le projet favorisera l’émergence d’un tissu industriel local dans les domaines de la logistique, de la maintenance et des services miniers, tout en renforçant la formation universitaire et la recherche scientifique, notamment à travers le développement du centre universitaire de Tindouf.
Par son envergure, ses retombées économiques et son apport technologique, le projet de Gara Djebilet s’impose désormais comme l’un des piliers de la stratégie industrielle nationale, illustrant la volonté de l’Algérie de valoriser durablement ses ressources naturelles et de consolider sa souveraineté économique.