L’Algérie est “historiquement et moralement qualifiée” pour conduire les efforts visant à criminaliser la colonisation en Afrique, au regard de son passé de résistance à la colonisation et de son rôle pivot dans le soutien aux causes de libération à travers le continent, ont affirmé des experts des affaires africaines.
Dans ce cadre, l’expert éthiopien en affaires africaines, Moussa Shiko, a indiqué dans une déclaration à l’APS que la question de la criminalisation de la colonisation “n’est plus une simple thématique récurrente abordée lors des sommets de l’Union africaine (UA), mais s’est transformée ces dernières années en un véritable agenda débattu avec davantage de sérieux, sous l’impulsion de pays influents, au premier rang desquels l’Algérie”.
L’orientation actuelle vise à “imputer au colonialisme la responsabilité historique des souffrances endurées par le continent et à revendiquer des réparations matérielles et morales”, a-t-il ajouté.
Compte tenu de son poids continental et des épreuves qu’elle a subies sous le joug colonial, l’Algérie “dispose de la légitimité historique et morale pour mener ce processus”, a soutenu l’expert citant notamment l’initiative d’organiser une conférence internationale sur la criminalisation de la colonisation, une démarche qui reflète son engagement concret à traduire cette orientation sur le terrain.
Il a également souligné que l’Algérie jouit d’une grande confiance au sein des instances de l’UA, ce qui renforce sa capacité à promouvoir l’adoption d’une position africaine unifiée, notamment dans un contexte marqué par la persistance d’ingérences extérieures entravant la mise en œuvre de nombreuses décisions et agendas stratégiques du continent.
De son côté, l’expert soudanais Mekki Elmograbi estime que l’Algérie est “historiquement et moralement qualifiée pour mener les efforts de criminalisation du colonialisme”, au regard de son expérience de lutte et des lourds sacrifices consentis pour l’indépendance”, soulignant que l’unification des rangs africains en faveur de cette initiative est à même de garantir son succès en dépit des défis.
Les deux experts ont été unanimes à considérer que la dynamique portée par l’Algérie au sein de l’UA traduit une volonté politique croissante visant à réhabiliter la mémoire historique du continent à adresser un message clair: l’avenir de l’Afrique passe par l’effacement des séquelles du colonialisme et la lutte contre ses nouvelles formes.
L’UA a adopté, au dernier jour des travaux de son 39e Sommet à Addis-Abeba, la “Déclaration d’Alger” sur les crimes coloniaux en Afrique, en tant que contribution à l’effort continental visant à criminaliser le colonialisme et exiger des réparations, tout en consacrant le 30 novembre “Journée africaine” en hommage aux martyrs africains et aux victimes de la traite transatlantique des esclaves, du colonialisme et de l’apartheid.
A cet titre, l’organisation continentale a exprimé sa reconnaissance au président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, pour cette initiative.
La “Déclaration d’Alger” appelle les anciennes puissances coloniales à “assumer pleinement leurs responsabilités historiques à travers la reconnaissance publique et explicite des injustices commises” et à mettre en place une plateforme africaine pour la justice environnementale, chargée d’identifier les zones affectées, d’évaluer les dommages, d’accompagner les Etats concernés et de formuler des recommandations continentales pour la réhabilitation et l’indemnisation.