La cheffe de service d’endocrinologie à l’hôpital Lamine Debaghine, le professeur Soumia Fedhala, a estimé que l’obésité n’est ni une question d’esthétique ni un manque de volonté, mais une maladie chronique grave qui constitue aujourd’hui une véritable urgence sanitaire.
Intervenant ce mercredi à l’émission « Inebgui Nesbah » (L’invité du matin) sur la chaîne 2 de la Radio algérienne, à l’occasion de la Journée mondiale de l’obésité, le professeur Fedhala a tenu à lever toute ambiguïté autour de cette pathologie.
Une maladie chronique trop souvent banalisée
« L’obésité n’est pas une fatalité, mais c’est une maladie chronique, évolutive et grave », a-t-elle affirmé, soulignant qu’elle est officiellement reconnue comme telle par l’Organisation mondiale de la santé depuis 1997. Loin d’un simple excès de poids, l’obésité est pourvoyeuse de nombreuses complications qui touchent l’ensemble de l’organisme.
Selon la spécialiste, l’Algérie n’échappe pas à cette tendance mondiale inquiétante. « Les derniers chiffres publiés en 2022 montrent que près de la moitié de la population est en situation de surpoids, et qu’un quart est déjà en obésité », a-t-elle expliqué, avertissant que sans actions concrètes, la moitié de la population pourrait être obèse d’ici 2030.
Femmes et enfants en première ligne
L’un des aspects les plus préoccupants évoqués lors de l’émission concerne l’augmentation rapide de l’obésité chez les femmes et les enfants. « Deux tiers des femmes sont aujourd’hui en situation de surpoids ou d’obésité, un taux nettement supérieur à celui observé chez les hommes », a précisé le professeur Fedhala. Mais c’est surtout la situation des enfants qui alarme les professionnels de santé.
« Les chiffres chez l’enfant avoisinent les 13 %, et atteignent même 25 % dans certaines villes. Cela signifie qu’un enfant sur quatre est en surpoids ou obèse », a-t-elle alerté. Une réalité visible au quotidien, dans les écoles et les quartiers, et dont les conséquences à long terme sont lourdes. « Un enfant obèse aujourd’hui sera un adulte malade demain, avec des complications beaucoup plus précoces », a-t-elle insisté.
Causes multiples, mais une obésité surtout « commune »
Interrogée sur le lien entre obésité et maladies endocriniennes, la cheffe de service a tenu à clarifier les idées reçues. « Les causes endocriniennes ne représentent que 3 % des obésités », a-t-elle indiqué, précisant que la majorité des cas relèvent de ce qu’on appelle l’obésité commune. Celle-ci est principalement liée à un déséquilibre entre apports alimentaires excessifs et insuffisance d’activité physique.
« Nous sommes de plus en plus orientés vers une alimentation riche en sucres, en graisses, en fast-food et en produits industriels, avec en parallèle une sédentarité croissante », a expliqué le professeur Fedhala. Smartphones, jeux vidéo et écrans occupent une place centrale dans le quotidien des enfants, au détriment du mouvement et du sommeil de qualité, deux éléments essentiels à une croissance saine.
Prévention et sensibilisation, un combat collectif
Face à cette épidémie silencieuse, la prévention reste l’arme la plus efficace. « Il vaut mieux prévenir que guérir », a martelé la spécialiste, appelant à une mobilisation à plusieurs niveaux. Au sein de la famille d’abord, où les parents, et particulièrement les mères, jouent un rôle clé. « Il faut limiter la consommation de sucre, de sodas, de fritures et de malbouffe, et revenir à une alimentation simple, riche en légumes et en fruits », a-t-elle conseillé.
L’école constitue également un levier essentiel. « L’activité physique doit être obligatoire en milieu scolaire, et l’éducation nutritionnelle intégrée dès le plus jeune âge », a-t-elle plaidé, tout en soulignant le rôle crucial des médias dans l’information et la sensibilisation du grand public.
L’obésité est responsable d’environ 13 types de cancers
Enfin, le professeur Fedhala a rappelé la gravité des complications associées à l’obésité, comme le diabète, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, la stéatose hépatique, les troubles rhumatologiques, mais aussi les cancers. « L’obésité est responsable d’environ 13 types de cancers, notamment hormonodépendants chez la femme », a-t-elle averti, insistant sur l’importance du dépistage précoce et du suivi médical régulier.
Un message fort, concluant sur une note d’alerte : « L’obésité est une urgence sanitaire. Si nous n’agissons pas maintenant, les générations futures paieront un lourd tribut. »
Source: Radio Algérienne