Le premier ministre, M. Sifi Ghrieb, a prononcé, ce lundi à Niamey, un discours lors de l’ouverture des travaux de la Grande Commission mixte algéro-nigérienne dont voici la traduction :
« Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
– Excellence M. Ali Mahamane Lamine Zein, Premier ministre de la République du Niger, et cher frère,
– Mesdames et Messieurs les ministres, membres des délégations,
– Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, en ce début de discours, d’adresser mes sincères remerciements et ma profonde gratitude, en mon nom et au nom des membres de la délégation algérienne, à Son Excellence le général de corps d’armée Abdourahamane Tiani, président de la République du Niger, chef de l’État, ainsi qu’à Vos Excellences, au gouvernement et au peuple frère du Niger, pour l’accueil chaleureux et sincère, l’hospitalité authentique et l’organisation de haut niveau dont nous avons bénéficié depuis notre arrivée à Niamey, et qui reflètent les plus belles traditions de ce pays frère en matière d’hospitalité et d’accueil de ses frères.
C’est avec une immense fierté et une grande joie que nous nous trouvons aujourd’hui sur la terre hospitalière du Niger, cette terre que lient à l’Algérie des liens fraternels solides, une solidarité sincère et un bon voisinage ancré dans les profondeurs de l’histoire.
Des relations qui ne sont pas le fruit d’intérêts conjoncturels, mais qui ont été tissées par les liens d’une géographie commune, consolidées par les pages d’une lutte partagée, des relations nourries en permanence par une vision commune de l’avenir de notre région et du destin de nos deux peuples.
Notre réunion d’aujourd’hui à Niamey, dans le cadre de la deuxième session de la Grande Commission mixte entre nos deux pays, marque une nouvelle étape dans le parcours de la coopération algéro-nigérienne. Une tradition institutionnelle bien établie qui reflète notre volonté commune de consolider le dialogue, de renforcer la concertation et de coordonner nos efforts.
Cette session revêt toutefois, à mon sens, un caractère particulier et exceptionnel. On peut même dire qu’elle revêt une dimension historique et stratégique unique.
Elle fait suite à la visite sans précédent effectuée par Son Excellence le président Abdourahamane Tiani en Algérie les 15 et 16 février 2026, à l’aimable invitation de son homologue, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune.
Cette visite a constitué une étape décisive dans l’évolution des relations entre nos deux pays et restera sans aucun doute gravée dans la mémoire diplomatique et politique comme un tournant décisif qui a réaffirmé la volonté ferme des dirigeants de nos deux pays d’élever nos relations vers de nouveaux horizons, de surmonter les différents défis conjoncturels, de préserver le caractère exemplaire de ces relations et de relever les défis régionaux dans un esprit de solidarité renouvelée et de responsabilité partagée.
Les entretiens fraternels et approfondis qui ont réuni les dirigeants de nos deux pays ont permis de jeter les bases d’une nouvelle phase de partenariat stratégique entre l’Algérie et le Niger. Un partenariat fondé sur la confiance mutuelle, une ambition commune et une parfaite convergence de vues sur la nécessité d’élever notre coopération bilatérale au niveau des aspirations légitimes de nos peuples en matière de sécurité, de stabilité, de développement et de prospérité.
Dans ce contexte, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a réaffirmé, lors de cette visite, que « l’Algérie réitère sa volonté d’accompagner le Niger dans ses efforts visant à assurer la stabilité et le développement, dans le plein respect de sa souveraineté nationale et dans un esprit de solidarité entre pays frères ». Une position qui reflète la constance de l’engagement de l’Algérie à soutenir ses frères du Niger et à les accompagner sur la voie de la consolidation de la stabilité et de la promotion du développement.
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs,
La tenue aujourd’hui de cette Grande Commission mixte à Niamey n’est autre que la traduction concrète et immédiate de cette volonté politique clairement exprimée au plus haut niveau dans nos deux pays.
Elle s’inscrit dans le cadre d’une concertation permanente et d’une coordination constante, et nous sommes appelés aujourd’hui, plus que jamais, à en faire le point de départ d’un nouvel élan décisif dans nos relations bilatérales. Un élan irréversible vers davantage d’intégration et de rapprochement.
Nous ne sommes pas réunis ici uniquement pour réaffirmer la solidité de nos relations politiques, mais aussi pour donner à ces relations une dimension économique et humaine de développement à la hauteur de leur profondeur stratégique et de leur place privilégiée.
L’objectif fondamental qui nous réunit aujourd’hui consiste à traduire la dynamique politique, lancée par les dirigeants de nos deux pays, en réalisations concrètes, en projets réalistes et en résultats mesurables sur le terrain, au bénéfice direct de nos deux pays et de nos peuples frères, en particulier dans les zones frontalières qui constituent un espace naturel de coopération et d’intégration.
Dans cette optique, notre responsabilité repose, selon nous, sur quatre axes principaux :
Premièrement : consolider les acquis existants
Au fil des ans, nos deux pays ont réussi à mettre en place un système solide de mécanismes de coopération et de coordination, qu’il s’agisse des commissions frontalières mixtes, de la coopération étroite et exemplaire en matière de sécurité, ou des consultations politiques entre les diplomaties de nos deux pays. Ces mécanismes constituent un atout précieux et une base solide qu’il convient de préserver et de développer, car ils constituent le fondement sur lequel nous bâtirons les prochaines étapes de notre coopération.
Deuxièmement : accélérer le rythme de réalisation des grands projets d’infrastructure
J’entends par là les projets stratégiques qui constituent les piliers de l’intégration régionale dans notre espace commun, au premier rang desquels figurent la route transsaharienne, le gazoduc transsaharien et le réseau de fibre optique.
Ces projets ne sont pas de simples infrastructures, mais constituent en réalité les artères vitales du développement et de l’intégration, ainsi que l’épine dorsale d’un corridor économique prometteur qui reliera le bassin méditerranéen à l’arrière-pays de l’Afrique de l’Ouest, ouvrant ainsi de vastes perspectives pour les échanges commerciaux, les investissements et le développement commun.
La vision dans ce domaine est claire et les engagements politiques sont pris au plus haut niveau. Comme l’ont souligné les présidents de nos deux pays, la phase actuelle exige de nous la levée des derniers obstacles, la mobilisation de toutes les ressources disponibles et le passage, sans délai, de la phase des projets à celle de la mise en œuvre effective sur le terrain.
Troisièmement : élargir et approfondir les domaines de la coopération bilatérale
Conformément aux directives de nos chefs d’État respectifs, il nous incombe d’explorer de nouvelles perspectives de partenariat et de conclure des accords supplémentaires qui consolident cette voie. À cet égard, je me réjouis, tout comme vous, de voir les travaux de cette session couronnés par la signature d’un nombre considérable d’accords et de protocoles d’accord dans des domaines vitaux et variés, parmi lesquels la recherche géologique et minière, l’énergie sous toutes ses formes, y compris les énergies renouvelables et l’interconnexion électrique, l’agriculture, la santé, la formation professionnelle et universitaire, la jeunesse et le sport, la culture, ainsi que les domaines des télécommunications et de la numérisation.
Nous soulignons également, dans ce cadre, l’importance de renforcer la coopération dans le secteur de l’énergie, tant dans le domaine des hydrocarbures que dans celui des énergies renouvelables, l’Algérie étant disposée à accompagner le Niger grâce à son expertise technique dans les domaines de l’exploration et de l’exploitation pétrolières ainsi que du développement des ressources énergétiques, tout en soutenant les efforts visant à raccorder les zones rurales et frontalières au réseau électrique, ce qui contribuera à améliorer les conditions de vie des populations et à renforcer le développement local.
Quatrièmement : dynamiser le partenariat économique et commercial entre nos deux pays
La forte volonté politique qui anime les dirigeants de nos deux pays doit trouver son expression naturelle dans l’élargissement des échanges économiques et la promotion des initiatives d’investissement.
Dans cette optique, le Forum économique algéro-nigérien, qui se tient en marge de cette session, revêt une importance particulière en tant qu’espace de dialogue direct entre les acteurs économiques et les hommes d’affaires de nos deux pays, et pour la construction d’un partenariat économique solide fondé sur une approche solidaire et intégrée.
Je saisis cette occasion pour lancer un appel sincère aux investisseurs, aux entrepreneurs et aux acteurs économiques d’Algérie et du Niger afin qu’ils saisissent ce moment politique propice, explorent les opportunités commerciales et d’investissement qui s’offrent entre nos deux pays, et contribuent efficacement à la concrétisation de projets de partenariat communs.
Le Conseil des hommes d’affaires algéro-nigériens est également appelé à jouer un rôle central pour faire progresser ce partenariat vers de nouveaux horizons, notamment compte tenu des perspectives prometteuses qu’offrent les économies de nos deux pays dans de nombreux secteurs tels que l’agriculture, l’énergie, les mines, les infrastructures et les technologies de l’information et de la communication, sans oublier le domaine des start-ups.
Dans ce même contexte, nous devons œuvrer à faciliter les échanges commerciaux en simplifiant les procédures douanières et en encourageant la création de marchés frontaliers organisés, susceptibles de dynamiser l’activité économique et de renforcer les échanges commerciaux au bénéfice direct des populations des zones frontalières.
Il convient également de lancer une réflexion commune sur la création d’une zone de coopération frontalière intégrée qui soit un espace de développement local et d’intégration économique, tout en constituant un rempart contre les différentes manifestations de fragilité et d’instabilité. Dans ce cadre, nous nous emploierons à accélérer la concrétisation du corridor commercial souhaité entre nos deux pays et à renforcer le rôle des zones frontalières en tant que véritables ponts vers l’intégration économique.
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs,
Nous ne pouvons ignorer le contexte sécuritaire délicat dans lequel se tiennent nos réunions aujourd’hui, compte tenu des défis croissants auxquels est confrontée la région du Sahelo-sahélienne, qui se traduisent par une escalade des risques terroristes, une recrudescence des activités criminelles transfrontalières organisées, ainsi que par la prolifération de diverses formes de trafics illicites.
Il ne fait aucun doute que ces défis constituent une menace directe pour la sécurité et la stabilité des États de la région, et qu’ils sapent les efforts visant à assurer un développement économique et social durables. Dans ce contexte, l’Algérie réaffirme son engagement constant à renforcer la coopération en matière de sécurité avec la République du Niger, notamment face au danger du terrorisme et aux menaces transfrontalières qui continuent de peser sur la stabilité de notre espace régional.
En effet, l’Algérie et le Niger ne partagent pas seulement des frontières géographiques s’étendant sur des centaines de kilomètres, mais sont également unis par un destin commun et une responsabilité historique face à ces défis. Comme l’ont souligné les dirigeants de nos deux pays à maintes reprises, la sécurité de l’Algérie est celle du Niger, et la sécurité du Niger est celle de l’Algérie.
Forts de cette conviction profonde, la relance et le renforcement des mécanismes de coordination en matière de sécurité entre nos deux pays revêtent une importance capitale, notre approche dans ce domaine restant globale et équilibrée, elle repose à la fois sur la vigilance et la fermeté en matière de sécurité, d’une part, et sur la promotion du développement économique et social dans les zones frontalières, d’autre part, afin de les protéger durablement contre l’influence des réseaux terroristes et criminels.
Nous continuerons également à œuvrer au renforcement de notre coopération dans ce domaine, tant au niveau bilatéral que dans le cadre des mécanismes régionaux, tout en intensifiant nos efforts communs pour lutter contre l’immigration clandestine et faire face aux réseaux criminels qui y sont liés.
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs,
Notre coopération bilatérale s’inscrit dans le contexte régional et continental plus large. L’Algérie et le Niger partagent en effet la conviction profonde que l’avenir du Sahel et de l’Afrique doit être façonné par ses propres acteurs, à travers des solutions locales globales et souveraines, fondées sur le dialogue, la solidarité et le rejet des ingérences étrangères.
Les crises que connaît la région ont des répercussions directes sur notre stabilité collective, ce qui nous impose de redoubler d’efforts diplomatiques et de renforcer la coordination entre nos deux pays afin de promouvoir des solutions politiques pacifiques qui préservent l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale des États.
Nous continuerons à œuvrer main dans la main pour consolider la paix et la sécurité dans la région, conditions essentielles à la réalisation du développement, de l’intégration économique et du développement durable sur notre continent, en soutien aux initiatives africaines prometteuses, au premier rang desquelles la Zone de libre-échange continentale africaine, dont la capitale de votre pays frère, Niamey, un symbole fort de son lancement institutionnel.
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs,
Je suis convaincu que les travaux de cette session, qui se tient sous l’égide de nos deux chefs d’État, dans un esprit de fraternité sincère, de responsabilité commune et d’ambition légitime, aboutiront à des résultats concrets à la hauteur de ce moment historique.
Il est de notre devoir de sortir de ces réunions avec un plan d’action clairement défini, comprenant des objectifs précis et un mécanisme de suivi rigoureux, afin de garantir la mise en œuvre effective de ce dont nous conviendrons.
Les décisions que nous prendrons ici à Niamey, les accords que nous signerons et les partenariats que le Forum économique lancera doivent se traduire rapidement sur le terrain, afin de renforcer la confiance et de concrétiser les aspirations de nos deux peuples.
Avant de conclure mon intervention, je tiens à réitérer mes sincères remerciements et ma profonde gratitude à Son Excellence le Président Abdourahmane Tiani, en saluant sa vision éclairée de l’avenir de son pays et de notre région, ainsi que la confiance renouvelée qu’il accorde à l’Algérie. Je vous réitère également, cher frère, la volonté du gouvernement de mon pays de travailler à vos côtés pour un avenir encore plus radieux et plus noble pour les relations et les liens solides qui unissent nos deux pays et nos deux peuples frères.
J’espère sincèrement que les travaux de cette session seront couronnés d’un succès total, à la hauteur de nos aspirations communes, au service des intérêts de nos deux peuples frères, et qu’ils contribueront à renforcer la sécurité, la stabilité et la prospérité dans notre région », a conclu le Premier-ministre.