Par Racha Selmi
Le retour de près de 4 millions de déplacés au Soudan constitue un signal encourageant, mais ne marque pas pour autant la fin de la crise humanitaire que traverse le pays, estime Ahmad Yacoub Dabiou, président du Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme.
Selon lui, ce mouvement de retour s’explique notamment par une accalmie relative observée dans certaines régions reprises par l’armée soudanaise, en particulier autour de Khartoum, Omdourman et dans plusieurs zones du centre du pays.
L’expert souligne toutefois que les Forces de soutien rapide (FSR) contrôlent encore une large partie du territoire soudanais, alors que de nombreuses familles tentent de retrouver leurs habitations après des mois, voire des années, d’exil forcé.
« La situation reste extrêmement fragile », avertit-il, évoquant la destruction massive des infrastructures essentielles, notamment les hôpitaux, les écoles ainsi que les réseaux d’eau et d’électricité.
Dans plusieurs localités, les services de base demeurent inexistants, tandis que les risques sécuritaires persistent en raison des combats sporadiques, des attaques de drones, des bombardements, mais aussi de la prolifération des armes et des tensions communautaires.
Pour Ahmad Yacoub Dabiou, les chiffres de plus de 9 millions de déplacés témoignent de l’ampleur dramatique du conflit opposant l’armée soudanaise aux FSR.
Il rappelle que le Soudan traverse actuellement « l’une des pires catastrophes humanitaires contemporaines », marquée par des déplacements massifs de populations, un manque de moyens pour l’aide internationale, la propagation des maladies et un effondrement économique généralisé.
Enfin, l’expert estime que, malgré les signes d’espoir liés au retour progressif de certains déplacés, une stabilisation durable du pays dépendra avant tout d’un cessez-le-feu réel, d’un processus de réconciliation, d’un accord politique inclusif et d’un vaste chantier de reconstruction nationale.