Par Hanane Ben
Lors de la conférence de presse, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS, organisée à New Delhi ce 15 mai 2026, Sayed Abbas Araghchi, le ministre iranien des Affaires étrangères, a réitéré, avec force, la doctrine de l’Iran : le pays ne cède jamais aux pressions, menaces ou sanctions, affirmant qu’ils n’ont aucune confiance dans les Américains.
«La négociation actuelle souffre du manque de confiance. Elle souffre également des messages contradictoires que nous recevons des Américains. Chaque jour est différent de l’autre. Un tweet aujourd’hui est différent du tweet d’hier», a-t-il fait remarquer, affirmant «douter de leur sérieux».
Interrogé sur la rencontre de Donald Trump et de Xi Jinping, et leurs déclarations sur la possession par l’Iran de l’arme nucléaire et le détroit d’Ormuz, le ministre iranien des AE a réaffirmé que le programme nucléaire de l’Iran est strictement pacifique, conformément à ses engagements de 2015. Le pays rejette toute volonté de posséder l’arme atomique et se dit prêt à instaurer la confiance sur ce point.
Pour ce qui est du détroit d’Ormuz, il a assuré que ce dernier est «ouvert» et que l’Iran garantit le passage sécurisé de tous les navires dans ce détroit, à l’exception des navires des pays en guerre avec lui qui doivent coordonner leur traversée avec ses forces militaires pour des raisons de sécurité.
Le diplomate iranien a attribué l’insécurité actuelle dans la région au blocus américain, mais a assuré que l’Iran vise un retour à la normale dès la fin des hostilités. Il a souligné que la gestion et la sécurité du détroit d’Ormuz, situé exclusivement dans leurs eaux territoriales, incombent conjointement à l’Iran et à Oman.
Abbas Araghchi a nuancé l’échec de la médiation pakistanaise, freinée par la méfiance envers les Américains, et se dit pleinement ouvert à une aide de la Chine. Il a rappelé le rôle positif de Pékin par le passé et salué ses bonnes intentions diplomatiques en tant que partenaire stratégique.
A une question portant sur les coulisses de la réunion des BRICS, cherchant à identifier l’État membre qui a émis des réserves sur le paragraphe condamnant l’action d’Israël à Gaza et en Cisjordanie et sur les raisons pour lesquelles la déclaration finale passe sous silence l’agression américano-sioniste contre l’Iran, Araghchi a renvoyé la question du journaliste à la présidence de la réunion, tout en accusant implicitement les Émirats d’avoir bloqué la condamnation de l’entité sioniste. Il a affirmé que ce même pays est directement complice de l’agression contre l’Iran pour avoir mis à disposition son espace aérien et ses bases militaires.
Déplorant qu’un «État membre des BRICS ait bloqué la déclaration finale en soutien à Israël et aux États-Unis», il a fait savoir que l’Iran n’a aucune hostilité envers ce pays, n’ayant ciblé lors de ses frappes que les bases militaires américaines situées sur son territoire. Il a exhorté, par la même occasion, ses voisins à choisir la sagesse et le partenariat avec l’Iran, soulignant leur coexistence séculaire inévitable, précisant que la présence militaire américaine et les liens avec l’entité sioniste n’ont apporté que de l’insécurité au lieu de la protection promise.
Interrogé sur la possibilité de transférer l’uranium enrichi iranien vers la Russie, le ministre iranien a confirmé avoir discuté de l’offre russe de transfert d’uranium lors de récents échanges stratégiques avec la Russie. Cependant, face à l’impasse des discussions avec les Américains, cette question complexe a été reportée à une étape ultérieure des négociations.
Concernant l’impact économique mondial du conflit, le ministre iranien a décliné toute responsabilité dans les perturbations économiques, attribuant le conflit à l’agression américano-sioniste, indiquant, tout en privilégiant la voie diplomatique, que l’Iran reste pleinement préparé aux deux scénarios : une solution négociée ou un retour à une guerre totale.
En réponse à l’impatience de Donald Trump, Abbas Araghchi a rappelé qu’une solution juste sur une question de guerre et de paix exige des négociations complexes, en avertissant que si les États-Unis choisissent de retourner à la guerre pour tester l’Iran, le résultat leur sera tout aussi défavorable. Maintenant l’espoir d’un accord, il a réaffirmé que l’Iran n’acceptera qu’un accord juste et équilibré, conforme à ses conditions.